LA ROSÉE VIVIFIANTE DE LA GRÂCE

Jg 6, 33-40

(30 juin 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Rosée du matin 

L

'histoire de Gédéon que nous entendions tout à l'heure dans le livre des Juges est un passage célèbre de la Bible qui a été souvent reproduit dans les sculptures des cloîtres et des cathédrales. En soi, cette histoire pourtant consiste simplement en ce que Gédéon demande à Dieu des signes, et Jésus dans l'évangile dira : "Vous demandez des signes et il ne vous en sera pas donné". Gédéon, par deux fois, a besoin d'un signe. Ce n'est donc pas un exemple nécessairement à suivre. 

       Ce qui est intéressant dans l'affaire de Gédéon, c'est que le signe qu'il demande, celui de la rosée sur la toison, ou de la rosée qui épargne la toison, a été interprétée symboliquement par la tradition, et c'est la raison pour laquelle, comme je vous le disais, cette scène est souvent reproduite dans les sculptures médiévales. Evidemment la rosée évoque tout de suite l'idée de la grâce de Dieu. La grâce descend sur nous comme une rosée vivifiante, comme une eau qui donne la vie, et dans cette rosée demandée par Gédéon, la tradition y voit évidemment une annonce du baptême, cette eau baptismale qui vient du ciel comme une grâce et qui vient vivifier comme la rosée du matin qui donne aux plantes la fraîcheur et la vigueur, cette rosée, c'est donc celle du baptême. On est allé quelquefois au plan de l'interprétation symbolique un peu plus loin, d'une manière qui est peut-être un peu excessive, on a dit que la toison de Gédéon était le symbole de l'humanité sur laquelle descend la grâce par la venue au monde du Christ, comme si cette humanité qui a besoin de la rosée de la grâce de Dieu pour être vivante, se concentrait en Marie qui est comparée à cette toison de Gédéon, et sur laquelle descend la grâce de Dieu qui vient façonner en elle un Sauveur, celui qui nous apportera le salut. Ca vaut ce que ça vaut comme interprétation, d'autant que cela ne marche que pour la première partie des signes de Gédéon, quand effectivement la rosée descend sur la toison, et quand ensuite, elle épargne la toison, cela devient plus compliqué. Peut-être faut-il à ce moment-là, dire que le Christ dans son humanité qui résume la nôtre au moment de sa Passion, s'est trouvé comme ayant soif et n'ayant rien pour étancher sa soif, et c'est cela que symbolise la toison qui n'est pas recouverte par la rosée. Je ne veux pas m'amuser à ce petit jeu qui pourrait nous mener très loin. On peut expliquer tout ce qu'on veut et l'on peut arriver à faire de n'importe quoi le signe de n'importe quoi d'autre. 

        Ce qui est important, je crois pour nous, c'est de comprendre qu'à travers ces images plus ou moins bien interprétées, ce qui est capital, c'est de comprendre la gratuité de la grâce de Dieu, ce mystère de la rosée vivifiante que Dieu répand à travers le Christ fondamentalement, mais à travers Lui sur l'humanité tout entière, cette rosée vivifiante qui vient pénétrer notre propre chair, notre propre vie, les moindres détails de notre nature humaine, comme la rosée qui imprègne le sol, qui le rend fécond, cette grâce de Dieu qui va venir réaliser en nous l'œuvre de Dieu, qui va venir nous rendre capables de participer à cette œuvre de Dieu, d'agir, de collaborer à la grâce de Dieu. Sans la grâce, nous ne pouvons rien faire, mais la grâce ne veut pas agir sans nous, et c'est ce mélange, cette imprégnation de notre être par la grâce qui réalise le dessein de Dieu. Le dessein de Dieu est à la fois notre œuvre et l'œuvre de Dieu, plus exactement, c'est l'œuvre de Dieu prenant en main ce que nous sommes, nous rendant capables de faire ce que nous ne saurions pas faire par nous-mêmes. La grâce ne travaille pas à notre place, mais elle nous rend capables de réaliser quelque chose qui nous dépasse, d'aller infiniment au-delà de nos capacités intérieures, comme la terre vivifiée par la rosée va faire germer toutes sortes de plantes, toutes sortes de merveilles qui vont rendre cette terre habitable. 

       A travers ces images, ces symboles, comprenons ce dessein de Dieu qui est de nous associer à Lui, de nous mettre entre ses mains pour que par son intervention en nous, nous devenions aptes à réaliser son œuvre, à réaliser son dessein, à participer à cette transformation, cette transfiguration, cette sanctification, cette consécration de notre être et du monde autour de nous. 

 

       AMEN