L'ALLIANCE, LA LOI ET LA TERRE
Jos 23, 1-8
(20 juillet 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Plaine d'Esdrelon
|
D |
ans notre lecture du livre de Josué qui va bientôt toucher à sa fin, nous avons franchi plusieurs chapitres, après l'épisode des gabaonites et du soleil arrêté, en effet, pendant une bonne dizaine de chapitres, c'est un traité de géographie qui n'est pas très intéressant, c'est la répartition géographique du territoire imparti à chaque tribu. Dans la Bible, c'est toujours très scrupuleux, on récolte des textes, des traditions, on les note, on les consigne, et pendant des pages entières, on décrit par le menu, la géographie de chaque tribu, ce n'est pas très passionnant et c'est sans doute pour cette raison que les liturges nous en font grâce. Nous arrivons vers la fin du livre, et ce n'est pas sans un certain humour que nous voyons Josué comme un vieux général en retraite, une sorte de Moshé Dayan, ou de Général de Gaule, qui considère qu'il a fait son œuvre et qu'il a mené à bien ce qu'il avait à faire de la part de Dieu, et qui fait une sorte de petite conférence de presse à tous les responsables des tribus.
Ce texte est intéressant, car en fait, on y voit la réflexion du peuple d'Israël sur sa propre histoire et sur sa propre tradition, on pourrait imaginer que Josué dise au peuple : "Voilà, nous avons eu la Loi de Moïse au désert, je vous ai installés et maintenant, je me choisis un dauphin, et je vais structurer le gouvernement de telle et telle façon". Or, il n'en est rien. Vous avez remarqué qu'ici, Josué convoque les chefs des tribus, non pas pour leur dire qu'il est de temps de s'organiser politiquement. En fait, dans l'histoire d'Israël, il y aura une sorte de vacance du pouvoir, il y a eu Moïse au désert qui a tiré les enfants d'Israël hors d'Égypte, il y a eu Josué qui a présidé à la conquête, mais uniquement comme un chef de guerre, et ensuite, il va y avoir comme une sorte de vacance du pouvoir politique pendant un bon siècle et demi. C'est intéressant, parce que le discours de Josué explique cette vacance du siège. C'est une compréhension, une analyse de l'histoire d'Israël.
Comment Israël s'est-il constitué ? D'abord, c'est l'appel de Dieu par la Pâque. Dieu délivre son peuple de l'Égypte. Jusque-là c'étaient des tribus dispersées, c'était la religion des pères, des tribus familiales, mais quand Dieu appelle son peuple hors de l'Égypte, il l'appelle comme peuple. Ils sont esclaves, ils ne sont rien, et Dieu par le don de son salut, les arrache à l'oppression, à l'esclavage et les constitue comme peuple. Ensuite, il les conduit au désert, et c'est là la partie de la genèse politique et religieuse du peuple d'Israël. En donnant la Loi, la Loi est constitutive de l'identité d'Israël. Ce qui fait qu'Israël est Israël, c'est la Loi comme contrat et Alliance. Dieu donne sa Loi, Israël répond à l'obéissance dans la Loi, et c'est cela qui fait qu'Israël devient désormais un peuple. Auparavant, ils étaient des hébreux, ce nom est comme un sobriquet qui devait signifier : "va-nu-pieds", ceux qui n'ont pas de patrie, ceux qui traînent leurs pieds nus partout dans la poussière, et maintenant avec la Loi, ils sont devenus un peuple, et dernière touche, Dieu donne la terre par la conquête qui est une œuvre de grâce.
Qu'est-ce qui va faire qu'Israël est Israël ? C'est le don de la Loi comme Alliance, et le don de la terre comme moyen de vivre. Le don de la Loi vient de Dieu, le don de la terre vient de Dieu, et c'est pour cela que Josué rappelle que ce n'est pas le peuple qui a conquis la terre, ni lui non plus, c'est Dieu. C'est dans ce cadre-là qu'on peut comprendre l'identité du peuple d'Israël. Elle n'est pas d'abord une identité comme on dirait aujourd'hui, politique. C'est une identité qui lui vient uniquement de Dieu, comme donateur d'Alliance de Loi et de terre. L'institution politique viendra bien après. Ce sera la royauté, mais elle n'aura pas la même importance ni la même signification. Ce qui constitue Israël comme tel, c'est le fait qu'il a une terre pour vivre sa vie de tous les jours, pour cultiver la terre, pour vivre ensemble, pour prospérer, pour avoir du bétail, des tribus prospères, des familles fécondes, mais d'autre part, la vraie identité c'est le don de la Loi et plus tard, une sorte de service qui sera l'institution de la royauté.
Cela nous apprend beaucoup de choses notamment sur l'Église. Qu'est-ce que l'Église ? Elle est comme Israël, constituée par une Alliance de grâce qui est le don de la Loi nouvelle, le don du Salut du Christ, c'est la Pâque. Ensuite cette Église est constituée par le fait qu'elle vit dans le monde, elle n'a plus un territoire donné comme l'avait Israël, mais l'Église vit dans le monde, elle a des racines dans le monde, et ses membres ont besoin de vivre avec les moyens de ce monde. Et ensuite, en troisième position, vient la structure ministérielle, mais cela vient après. Ce qui est premier, c'est le don du salut. Ce qui est second, c'est le fait de vivre sur cette terre en attendant l'accomplissement du Royaume, et au service de cela, comme la royauté viendra pour Israël pour aider et maintenir les israélites dans leur véritable identité devant Dieu, c'est le fait que l'Église est aidée et soutenue par la structure du ministère, le Pape, les évêques, le collège épiscopal, les prêtres et tous ceux qui sont au service du peuple de Dieu.
Ce livre de Josué nous aide à voir comment Dieu dans la genèse historique de son peuple a posé des jalons, mais pas n'importe comment, ce n'est pas au petit bonheur, c'est avec une sorte de rigueur, la construction même du peuple de Dieu nous apprend aujourd'hui la construction même et la structure de l'Église.
Que la lecture de tous ces textes nous aident à comprendre et à mieux ressaisir notre propre appartenance dans l'Église. Si nous sommes de l'Église c'est d'abord par la grâce du salut de notre baptême, par cette Alliance que Dieu a fait avec chacun d'entre nous et avec nous tous ensemble, ensuite c'est par le don de cette terre, par le fait que nous vivions ici sur cette terre pour chercher le Royaume de Dieu, et le troisième élément, nécessaire, bien sûr, mais c'est celui de la nécessité du ministère au service des croyants et de l'Église tout entière.
AMEN