LES PIERRES DE GILGAL
Jos 4, 1-8
(22 mai 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Capharnaüm : L'Arche d'Alliance
|
L |
a première lecture nous relate un épisode un peu bizarre. Près du Jourdain il y avait un sanctuaire qui s'appelait Gilgal et qui était composé de douze pierres dressées, peut-être des mégalithes. On expliquait aux gens l'origine de ces pierres liée à la traversée du Jourdain. "Ces douze pierres représentent les douze tribus d'Israël. Elles ont dressées là pour vous rappeler qu'Israël avait franchi le Jourdain." Et même on précisait, d’après une traduction qui n'est pas celle que nous avons lue, "Ce sont les douze pierres sur lesquelles avaient été posés les pieds des douze prêtres qui portaient l'Arche d’Alliance."
Ce récit était une catéchèse extraordinaire car on voulait dire essentiellement ceci : comment sommes-nous entrés dans la terre promise ? Nous y sommes entrés par un prodige de Dieu, par un miracle de Dieu. Et ce miracle de Dieu rappelle celui qui avait eu lieu auparavant, celui par lequel nos pères avaient été délivrés de pharaon et de toute son armée qui les menaçait à la sortie d'Égypte en leur faisant franchir les eaux de la Mer Rouge. Ainsi, Dieu avait combattu pour son peuple en se montrant plus fort que la mer qui aurait pu noyer le peuple mais qui, en réalité, s'est entr'ouverte sous la puissance de Dieu, parce que Dieu avait été comme un combattant et comme un guerrier pour ouvrir le chemin de liberté à son peuple, tandis que Pharaon était tombé, noyé dans la mer.
Seulement, il manquait une lettre de noblesse à ce miracle. C'est que lorsque qu’Israël avait quitté l'Egypte, il n'avait pas encore la Loi, il n'avait pas encore les paroles de Dieu. Et précisément, sans la Parole de Dieu, rien ne se passe, rien se fait. C'est pourquoi, dans le miracle des eaux du Jourdain, tout converge vers cette présence de l'Arche de Dieu, des dix Paroles qui sont là pour empêcher que les eaux ne fassent obstacle à l'entrée en Israël.
Cette deuxième traversée de l'eau avait ceci de particulier qu'elle s'était accomplie par la Parole de Dieu. Donc c'était un miracle plus tangible que celui des eaux de la mer puisque, précisément, c'était l'Arche d'Alliance, la Parole de Dieu portée par les prêtres dont les pieds reposaient sur les douze pierres, qui avait arrêté les eaux du Jourdain. Ainsi ces pierres pouvaient-elles servir de mémorial. Elles étaient la mémoire gravée dans le culte israélite la puissance même de la Parole de Dieu. Si l'Arche d'Alliance avait arrêté les eaux du Jourdain, si la Parole de Dieu avait été efficace à ce point, alors on pouvait garder en mémorial cette présence des pierres qui racontaient l'efficacité de la Parole de Dieu au cœur même de l'histoire d'Israël. Et ainsi, lorsque les hébreux allaient à Gilgal pour prier ou offrir des sacrifices, chaque fois le prêtre leur racontait la puissance de la Parole de Dieu. Ainsi Israël prenait de plus en plus la mesure de la puissance de cette Parole qui avait duré de génération en génération, depuis qu'elle avait ouvert à Israël l’accès à la terre promise. Et cette puissance de la Parole de Dieu s'est manifestée avec sa plus grande efficacité lorsque la Parole de Dieu en personne a marché sur les eaux.
Ces deux passages de l’Écriture s'éclairent l'un l'autre. Le Christ est vraiment la Parole et la puissance de Dieu qui est capable d'avancer sur ces forces de l'eau et de la mer qui, avec le vent agité symbolisent la destruction. Et Jésus peut leur dire : "C'est Moi ! N'ayez pas peur !" De même que l'Arche d'Alliance et les dix Paroles avaient arrêté les flots du Jourdain, de même la Parole du Verbe éternel de Dieu venait près de la barque des disciples, allait au cœur même de la barque de l'Église, du peuple de Dieu rassemblé et lui assurait, désormais une véritable traversée pour accéder au Royaume de Dieu.
AMEN