PASSANT PAR LA SAMARIE
Jos 24, 1-7+14-25 ; Jn 4, 5-30+39-42
(10 septembre 1981)
Pélerinage en Terre Sainte
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Douceur de la Samarie
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ans cette région de la Samarie, vous avez remarqué, vous-mêmes la douceur qui se cache dans ce paysage, la douceur des collines et, au pied de chaque montagne, une petite vallée dans laquelle pousse le blé et tout ce dont l'homme a besoin pour vivre. La Samarie, beaucoup plus que le désert de Juda ou que la région de Jérusalem, est vraiment le pays où coulent le lait et le miel. C'est vraiment ce pays que convoitait Israël, c'est là où se sont enracinées les traditions les plus anciennes sur les récits de l'histoire des Pères. L'histoire de Joseph vendu aux marchands madianites à Dôtan, et bien d'autres récits se passent à Sichem. De même cette parole que nous avons entendue, tout à l'heure de la bouche de Josué qui demande aux Israélites, désormais installés sur cette terre, de choisir et de savoir, en vérité, quel Dieu ils veulent servir.
Oui, à la différence de la Judée, la Samarie est ce lieu dans lequel règne une très grande douceur, mais aussi une très grande douceur de vivre. C'est un pays bien agréable, dans lequel on a envie de prendre ses délices et du bon temps. Ce n'est pas spécialement un pays qui éveille au sens de l'absolu de la présence de Dieu. Voyez-vous, je me dis souvent que Jérusalem a gardé plus longtemps que Samarie la ferveur de la foi dans la puissance du Dieu unique parce que le message du désert est véritablement un message d'absolu. Le désert vous "provoque" à la foi, le désert vous contraint à rencontrer cette présence absolue, indiscutable, la présence de Dieu à travers la lumière, à travers l'aridité, à travers le silence, à travers la solitude. Tandis qu'ici, il n'en est rien et c'est pourquoi Dieu est obligé d'utiliser d'autres méthodes. Et il y a des méthodes que Dieu est obligé de prendre, lorsque les hommes, lorsque nous-mêmes nous goûtons trop la saveur et la douceur de vivre sur cette terre. C'est la méthode que prend Josué lui-même, sous l'inspiration du Seigneur.
Vous avez remarqué comment Josué commence d'abord par énumérer tout ce que le Seigneur a fait. Il a pris l'ancêtre qui était au-delà du Jourdain et l'a amené ici, puis Il a veillé sur la lignée familiale selon la chair, à travers Isaac, Jacob et les Pères. Ensuite, Il a amené le peuple sur cette terre. Alors Josué conclut en disant : Maintenant, vous êtes vous-mêmes témoins de notre propre foi, témoins de votre propre engagement. La Samarie, c'est ce lieu où Dieu nous prend nous-mêmes à témoin de ce que, en vérité, Il nous a vraiment appelés à vivre pour Lui. La Samarie, c'est le pays où Dieu parle au cœur, mais d'une autre manière que lorsqu'Il parle au cœur quand Il conduit au désert. C'est ce moment de notre vie, où, sur le point d'oublier Dieu et peu inquiets de véritables préoccupations religieuses, nous sentons se réveiller, au plus profond de nous-mêmes, une voix qui nous prend à témoin de la présence de Dieu. C'est la délicatesse de Dieu que de vouloir, à ce moment-là, nous prendre encore comme témoins de cette présence, et l'on pourrait dire que la Samarie est le lieu où l'on peut vivre en parfaite contradiction avec soi-même, oublier que Dieu est là, et pourtant savoir très bien que c'est Dieu qui nous a donné tout ce qui fait le prix et la beauté de la vie.
Mais voici qu'il nous faut monter à Jérusalem !
AMEN