DÉCOUVRIR DIEU PAR UN REGARD NEUF

Sg 1, 12-15

(12 juin 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, nous avons commencé ces jours-ci la lecture du livre de la Sagesse. C'est un livre très tardif de l'Ancien Testament, peut-être un siècle avant la venue du Christ et ce livre nous apporte des lumières tout à fait nouvelles et très importantes. Dans le passage que nous avons lu, une affirmation : "Dieu n'a pas fait la mort". Dieu ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Nous pensons spontanément que tout ce qui arrive dans le monde ou dans notre vie vient immédiatement de la volonté de Dieu. Quand nous perdons un être cher, nous employons quelquefois des formules telle que "Dieu l'a rappelé à lui". Or, le livre de la Sagesse nous dit que Dieu n'a pas fait la mort. Entendez qu'il n'a pas voulu la mort, la mort est une  brisure, une violence, la mort même si nous croyons à la résurrection est un passage par le néant, la ruine, et cela est terriblement difficile, c'et un peu scandaleux pour nous. Dieu voudrait-il ainsi que nous soyons condamnés à mourir ? Le livre de la Sagesse nous dit que non. Dieu a tout créé pour l'être, pour que toutes choses existent. 

       L'œuvre de Dieu est toujours positive, c'est le jaillissement de la vie, de l'être. C'est pourquoi le texte continue : "Toutes les créatures du monde sont salutaires". Nous pensons facilement que les réalités de ce monde nous attirent, nous détournent, nous font oublier Dieu et que  de ce fait, elles sont source de tentation, or le livre de la Sagesse nous dit quelles sont salutaires. "En effet, il n'est en elles aucun poison de mort". L'enfer, l'Hadès le lieu de la mort ne règne pas sur la terre. L'œuvre de Dieu est une œuvre d'amour, de vie. Dieu a créé toutes choses non pas pour les réduire au néant, mais pour qu'elles parviennent à la plénitude en entrant dans le mystère de son amour infini et éternel. 

      D'où vient la mort ? le texte de la Sagesse qui vient un peu plus loin et que nous lirons dans quelques jours nous dit : "Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité". Dieu a créé l'homme pour une vie sans fin, qu'aucune corruption ne peut grignoter, atteindre, détruire. "Il a fait de l'homme une image de sa propre nature". Nous le savons, la Genèse nous l'a appris, à la première page de la Bible, Dieu a créé l'homme à son image pour que nous vivions de sa vie et que nous entrions dans son bonheur. "Il a fait l'homme à l'image de sa propre nature, c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde".

       Voilà donc selon le livre de la Sagesse, le mystère de la mort. C'est le détournement opéré par le diable, le serpent de la Genèse, Satan le prince de ce monde qui nous détourne de la vraie vie pour nous tourner vers de faux biens symbolisés par le fruit de l'arbre du Paradis, des biens limités, insuffisants. L'œuvre de Satan, c'est la tentation de nous attacher à des choses qui ne le méritent pas pour nous détourner de Dieu. En soi, toutes ces choses de la nature, du monde, de l'univers, reçues des mains de Dieu comme un cadeau, de son amour qui en est le fondement, sont salutaires. C'est la déformation de notre regard produit en nous par la tentation qui vient de Satan, c'est cela qui nous fait mourir. Nous mourons quand nous nous détournons de la vie, et nous nous détournons de la vie si nous ne savons pas reconnaître en toutes choses, en chaque réalité, en chaque être, le reflet de la vie, de l'amour, de la gloire, du bonheur de Dieu. Chaque chose nous apporte un message de paix et de vie, chaque être est pour nous l'occasion de découvrir en lui la source de la vie. Ces créatures ne sont pas faites pour nous détourner de Dieu mais pour nous conduire à lui. C'est nous, en cédant à la tentation du mensonge du diable qui, au lieu de reconnaître en chaque créature le reflet de Dieu, rompons la relation, le lien, cessons de rapporter chaque chose à sa source, et ainsi, en faisons une fausse image de la vie, un faux bonheur. C'est cela la mort, non pas seulement la mort corporelle, mais la mort du cœur qui est la plus importante et celle qui nous coupe de la source. 

       Frères et sœurs, n'ayons pas sur le monde un regard pessimiste, comme si les choses étaient des dangers qui nous entourent, comme si les êtres qui nous entourent risquaient toujours de nous détourner. Non, toutes les choses du monde, tous les êtres qui nous entourent sont des chemins vers Dieu. C'est nous qui devons corriger notre regard, nous permettre d'avoir un regard assez pénétrant pour découvrir en chaque être le reflet de Dieu. Ainsi, en aimant toutes les réalités de ce monde, nous découvrons qu'à travers tout cela c'est Dieu que nous apercevons. Il n'y a plus alors aucun danger. Ne vivons pas dans une sorte de crainte mais dans une sorte de conversion de notre regard pour que nous sachions découvrir toutes choses dans la volonté de Dieu, c'est-à-dire dans l'harmonie et la paix, dans le chemin qui de toutes choses nous conduit vers l'unique nécessaire qui donne sens à tout. 

 

AMEN