TU ES BELLE !

Ct 4, 1-7 ; Mt 23, 23-29

(24 septembre 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Je suis noire mais belle ! (fillette au Sinaï)

F

rères et sœurs, rien ne semble plus éloigné que la première lecture du Bien-Aimé qui s'adresse à la Bien-Aimée, et puis les paroles de malédictions de Jésus à l'encontre des pharisiens et des scribes. Or, il n'en est rien. L'opposé de l'amour ce n'est pas la haine, c'est l'indifférence. Celui qui s'exprime à travers les paroles du Cantique des Cantiques est émerveillé devant la beauté de sa Bien-Aimée, que ce soit dans la réalité quotidienne d'un couple ou que ce soit à travers la lecture mystique d'Israël ou du christianisme, en fait, c'est la même chose. Cette parole si dure de Jésus à l'encontre des pharisiens, ne fait que mesurer l'immense amour et la passion entière et totale qu'il a pour Israël et son désespoir de ce que ceux qui sont à la tête d'Israël, au lieu de guider et de mener Israël vers Dieu, ne font que détourner les juifs de la rencontre ultime et totale entre le juif et Dieu.

Dans la première lecture et dans l'évangile, il y a aussi une deuxième chose très proche qui nous fait souvenir de ce qui s'est passé avant que Salomon arrive sur sa litière, la fiancée, piquée au vif de ce que le fiancé se désintéressait d'elle, était comme obligée de sortir d'elle-même et de prendre le risque de sortir dans la ville jusqu'au moment où elle rencontre les gardes. En réalité, c'est exactement la même chose entre Jésus et Israël. Dans cette apostrophe de Jésus à Jérusalem, que dit-il à la fin : "Je vous le dis, en effet, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Pour que la fiancée soit véritablement capable de prendre la mesure de l'amour du fiancé, et que cet amour puisse se refléter dans sa beauté, il faut que le fiancé disparaisse, il faut qu'il oblige la fiancée à sortir d'elle-même et à aller à sa rencontre. Pourquoi ? parce que le drame dans notre relation amoureuse mais aussi dans notre relation avec Dieu, c'est que très souvent, nous nous cherchons nous-mêmes à notre avantage, plutôt que de chercher la relation avec le conjoint ou la conjointe ou avec Dieu.

Il faut bien convenir qu'avec le Fils de Dieu qui s'incarne en Jésus, c'était aussi trop facile pour pas mal de juifs d'envisager cette rencontre avec Jésus plus de leur côté que du côté de Jésus. Comme dans toute relation amoureuse, il est souvent plus facile d'être émerveillé de soi-même aimant l'autre que d'aimer l'autre pour ce qu'il est. Pourquoi la Bien-Aimée doit-elle être aussi belle ? surtout au moment où le Bien-Aimé la décrit ? pourquoi en même temps le Christ sait la nécessité de sa disparition et de sa mort, et pourquoi ce que nous venons d'entendre dans le Cantique des Cantiques et dans l'évangile de Matthieu se retrouve aussi dans l'épître aux Éphésiens quand Paul parle des maris et des femmes qui doivent être soumis l'un à l'autre : "Maris aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise, il s'est livré pour elle afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne". C'est ce que le Christ veut pour nous, c'est ce que nous avons à faire aussi dans toute relation conjugale, se livrer l'un à l'autre.

Et si le Bien-Aimé peut dire au moment où nous avons commencé la lecture de ce chapitre quatrième du Cantique, qu'elle est belle et tes yeux sont des colombes, c'est tout simplement parce que la fiancée s'est livrée, elle est sortie de sa chambre, elle a accepté de prendre le risque de vivre, de partir à l'aventure, de chercher son Bien-Aimé.

Frères et sœurs, qu'il en soit ainsi pour chacun d'entre nous, que notre vie soit à chaque instant une sortie de nous-même, car si nous avons à être beaux, ce n'est pas pour nous, c'est pour le Christ. Si nous avons à sortir hors de nous, c'est pour le rencontrer afin qu'un jour, au moment ultime de notre vie, juste avant que Dieu nous rencontre, nous puissions redire cette finale de l'évangile de Matthieu : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur".

 

AMEN