OÙ IL EST QUESTION DES RENARDS
Ct 2, 8-17 ; Mt 22, 34-36
(19 septembre 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Où sont cachés les petits renards ? (Tour de vigne en Samarie)
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rères et sœurs, le Cantique des Cantiques regorge d'images animalières. Aujourd'hui, je vais m'attacher aux petits renards. Le renard est capable de voler la poule sans se faire attraper ! Il reste caché dans son terrier, il attend que le soir tombe pour se mettre en chasse. Un éminent professeur spécialiste de littérature médiévale, m'a un jour envoyé un petit lien Internet, une petite vidéo où l'on voit une renarde en train de voler des boules de pétanque ! L'agriculteur ne comprenant pas pourquoi les boules de pétanque disparaissaient régulièrement les a remplacées par des balles tennis. Il a installé une caméra infrarouge, et c'est là qu'on observe les deux petits yeux de la renarde qui vient voler les boules de pétanque, mais les balles de tennis ne l'intéressaient pas !
Mais laissons de côté cette petite anecdote, et cependant, elle révèle quelque chose de très profond du comportement de la fiancée dans le Cantique des Cantiques. Le renard révèle aussi la manière dont nous, nous envisageons notre relation avec Dieu. Nous sommes avec notre conjoint et avec Dieu comme les petits renards. Dans la lecture de ce jour, le souhait du bien-aimé, c'est que la bien-aimée sorte et arrête de se cacher, arrête de mettre dans l'ombre son visage, qu'elle sorte pour se laisser voir par son fiancé. Or, c'est comme le renard qui joue au poker. Nous voulons bien faire alliance avec l'autre, nous voulons bien faire alliance avec Dieu, mais il faut reconnaître que nous sommes comme le petit renard qui aime jouer au poker : avant de montrer notre jeu, nous aimerions que le partenaire montre le sien.
C'est tout le problème de ce texte. Il ne pourra avoir alliance entre la fiancée et le fiancé, il ne pourra avoir alliance entre Dieu et moi, que le jour où j'arrêterai de me cacher dans mon terrier pour laisser l'autre s'exposer. C'est là tout l'enjeu de l'alliance en terme spirituel, qui est aussi l'enjeu au cœur même de la vie conjugale. Dieu est celui qui a pris le risque de nous épouser au point de s'exposer sur la croix. C'est ce que nous venons de célébrer le 14 septembre avec la fête de la croix glorieuse. Dieu est celui qui n'a pas attendu que l'homme s'expose pour s'exposer lui-même, il en a pris le risque et il l'a payé de sa vie.
En réalité, le Cantique des Cantiques fonctionne exactement de la même manière. Le souhait de ce fiancé c'est que la fiancée cesse de se cacher, qu'elle se lève et se montre. Elle est cachée au creux des rochers, en des retraites escarpées, et même si et c'est tout à l'honneur de la fiancée, elle dit plus loin : "Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui", on y voit une réciprocité. C'est ce qui est prononcé au cœur même de la célébration du mariage quand les deux époux se donnent l'un à l'autre. Mais il faut convenir qu'il y a quand même un écart entre ce que nous prononçons et ce que nous faisons. Quand bien même la fiancée ici reconnaît la réciprocité dans le don, il n'empêche que le problème c'est qu'elle est toujours cachée. Le chapitre troisième que nous commencerons demain est fondamental pour comprendre comment l'Alliance avec Dieu et aussi l'alliance conjugale ne peut être vécue que si nous acceptons de sortir de notre terrier et de nous mettre à chercher Dieu, c'est-à-dire à nous exposer devant le regard des autres et devant le regard de Dieu.
Dans cette célébration eucharistique qui nous rappelle que Dieu s'est exposé pour nous, que ce soit l'occasion de nous rappeler non seulement cette parole mais aussi ce comportement que nous avons à adopter. Comme chrétiens, acceptons de vivre exposés sous le regard de Dieu et des autres.
AMEN