FRUITS ANCIENS ET FRUITS NOUVEAUX
Ct 7, 12 – 8,4
(10 octobre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Grenades
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eux petites réflexions à propos du texte du Cantique des Cantiques puisque c'est cela que nous lisons depuis déjà un certain temps et que nous avons entendu des commentaires sur le sujet, deux petites réflexions, presque des notes en bas de pages pour essayer de comprendre quelques détails de cet univers évoqué par le Cantique des Cantiques.
Tout le monde sait que ce sont des poèmes de cour, des poèmes d'amour, des poèmes à forte connotation érotique, mais en même temps, il y a des observations qui, sur le comportement amoureux sont extrêmement importantes et qui donneront ensuite un certain nombre de réflexions au plan spirituel.
La première connotation c'est que le Bien-Aimé et la Bien-Aimée sentent au plus profond d'eux-mêmes la tension qui existe entre l'intimité de leur relation et le désir qu'elle soit reconnue publiquement. C'est bien connu en Orient et dans pratiquement toutes les civilisations, le fait qu'un homme aime une femme doit être reconnu par la société et là, manifestement dans le poème, il n'y a pas encore d'épousailles, il n'y a pas encore ce qu'on appellerait aujourd'hui, de la cohabitation juvénile. En fait, les deux jeunes gens ont d'un côté la perception très forte de l'intimité de leur relation et en même temps, ils voudraient qu'elle soit reconnue. C'est une des premières notations qu'on ait sur ce sujet-là. Ensuite cela deviendra tout l'attirail des chansons qu'on entend à la radio, mais au départ, c'est le fait que les deux jeunes gens trouvent la grandeur et la beauté de leur amour dans leur intimité, ce que l'on appelle "les amoureux sont seuls au monde", mais en même temps, ils ont envie de courir à la campagne, de se promener dans les villages, ils ont envie que cet amour soit reconnu et célébré pas simplement par eux, mais aussi par les gens autour d'eux.
C'est très important, parce qu'il en va de même dans la dynamique profonde de la vie spirituelle chrétienne. La vie spirituelle du chrétien est une réalité qui relève d'abord de l'intimité, de la relation de l'homme avec Dieu dans le Christ. En même temps, cette intimité ne peut pas rester dans l'intériorité pure. Il faut qu'elle aille sur la place publique. C'est la dimension missionnaire de l'Église qui n'est pas simplement le fait de vouloir répandre la doctrine officielle, mais si la vie missionnaire n'est pas enracinée dans l'intime même de la vie spirituelle et la recherche de Dieu, ce n'est pas une vraie vie missionnaire et apostolique. Tout ce qui conditionne l'existence même de la vie missionnaire de l'Église c'est cet enracinement dans le cœur du croyant, dans sa relation intime et personnelle avec Dieu, comme le Bien-Aimé et la Bien-Aimée ensemble.
La deuxième remarque assez belle, vous avez entendu que la Bien-Aimée dit à son Bien-Aimé qu'elle a réservé pour lui les meilleurs fruits de l'automne passé et les meilleurs fruits nouveaux qui commencent à germer déjà ou à apparaître vers la fin du printemps. L'amour a toujours été assimilé au processus de la germination dans la nature, les fleurs, les fruits, etc … la fécondité, mais ici dans ce petit détail, la Bien-Aimée a conservé les meilleurs fruits nouveaux comme les anciens, elle le dit. Qu'est-ce que cela veut dire ? Évidemment, dans le poème, cela veut dire que la Bien-Aimée a envie d'offrir à son Bien-Aimé ce qu'il y a de meilleur dans sa propre maison. C'est un vieux thème que la femme est gardienne de toutes les réserves, de toutes les richesses alimentaires pour toute la maisonnée. Donc ici, la jeune fille veut montrer qu'elle est déjà une excellente maîtresse de maison parce qu'elle a déjà pour son Bien-Aimé gardé les meilleurs fruits de l'automne, et déjà commencé à grappiller les meilleurs fruits du printemps.
Mais c'est aussi une note assez intéressante sur la nature de l'amour aussi bien humain que de la charité parce qu'effectivement, l'amour a des fruits anciens et des fruits nouveaux. Ils résultent du passé et ils ne cessent de grandir et de donner du fruit. Ce n'est pas l'amour "extase", dans une sorte de présent intemporel, tout d'un coup les deux fascinés se regardant dans le blanc des yeux. C'est au contraire une conception dynamique de l'amour dans laquelle il faut les fruits anciens et les fruits nouveaux. Il faut l'enracinement dans une histoire, l'histoire personnelle des deux Bien-Aimés, symbolisée ici par les fruits anciens, et une ouverture qui est symbolisée par les fruits de la nouvelle année, ceux dont précisément on va voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers sont en fleurs, c'est-à-dire si l'amour est toujours dans la tension de ce qui a déjà été donné, offert et qui scelle la profondeur de l'amour, l'ouverture vers un avenir. On ne se contente pas des fruits qui ont déjà été recueillis, mais on cherche une ouverture fondamentale. C'est la première fois que c'est dit dans l'histoire biblique elle-même, c'est la première fois que l'on décrit la nature profonde de l'amour humain qui est dans cette tension entre les fruits du passé, c'est-à-dire l'histoire de chacun, et l'ouverture vers un avenir.
Que ces quelques petites notes sur le Cantique nous aident petit à petit à réaliser que dans notre vie spirituelle, c'est un peu la même chose, en tout cas, ça devrait l'être.
AMEN