L'IMAGE DU PÉCHÉ

Ct 5, 2-8

(28 septembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Porte fermée …  

F

rères et sœurs je voudrais pendant quelques instants réfléchir avec vous sur ce texte du Cantique des Cantiques que nous avons écouté tout à l'heure.  

Vous avez remarqué que dans la plupart des passages de ce Cantique, c'est la joie profonde de la rencontre de la Bien-Aimée avec le Bien-Aimé, c'est-à-dire de l'Église ou de l'âme avec son Bien-Aimé, le Christ ou Dieu, c'est ce bonheur qui est sans cesse décrit. Cependant le petit passage que nous avons lu aujourd'hui a une tonalité un peu différente. Je pense que c'est une présentation du péché, mais avec une nuance et une profondeur que nous n'avons pas toujours l'habitude de mettre sous ce mot de péché.  

       La Bien-Aimée dort, et dans son sommeil elle entend le Bien-Aimé qui frappe et qui lui dit : "Ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite". Les circonstances ne sont pas d'abord d'ordre moral, il ne s'agit pas de savoir si on peut faire ceci ou cela, mais c'est donc la visite que Dieu propose à l'âme ou à l'Église alors qu'elle est endormie. Pendant le sommeil, Dieu vient nous visiter. En quoi va consister le péché ? C'est la réponse de la Bien-Aimée : "J'ai ôté ma tunique, comment la remettrai-je ? J'ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ?" Voilà parce qu'elle est en tenue de nuit, parce qu'elle s'est lavée avant de se coucher, la Bien-Aimée refuse, retarde sa réponse au Bien-Aimé qui vient la visiter dans la nuit. Elle fait passer sa toilette avant le plaisir infini de recevoir le Bien-Aimé chez elle.  

       Le péché n'est pas présenté d'abord comme le choix de faire quelque chose de mal, mais comme un manque de réponse à l'appel de Dieu, à la proposition de Dieu  de venir nous visiter. Le péché est donc essentiellement dans notre vie de ne pas savoir saisir les moments où Dieu vient à notre rencontre, où Dieu vient pour remplir notre vie de sa présence. Nous pensons à autre chose, nous faisons passer des considérations tout à fait secondaires avant ce qui est seul important, et voilà que nous négligeons cette venue de Dieu dans notre vie pour nous occuper d'autre chose.  

       Avec une infinie délicatesse Dieu va essayer de franchir cette barrière que nous avons  posé entre lui et nous : "Mon  Bien-Aimé a passé la main dans la fente de la porte, pour lui, mes entrailles ont frémi". C'est la conversion. Devant cette insistance de Dieu qui passe la main à travers l'embrasure de la porte, la Bien-Aimée sent que cette visite de Dieu était très importante et qu'elle ne l'a pas comprise. Que fait la Bien-Aimée ? elle essaie de se convertir : "Je me suis levée pour ouvrir à mon Bien-Aimé, de mes mains a dégoûté la myrrhe, de mes doigts, la myrrhe vierge sur la poignée du verrou". C'est la signature du passage du Bien-Aimé, de cette visite qu'il nous a faite et que nous n'avons pas su accueillir, mais il a laissé une trace, c'est la myrrhe vierge qui coule sur la poignée du verrou. La Bien-Aimée, un peu tard veut répondre à cette visite, elle est enfin éveillée, elle découvre la seule chose nécessaire : "J'ai ouvert à mon Bien-Aimé". Seulement, Dieu ne s'impose pas et quand nous nous détournons de lui, alors, c'est son absence qui va briser notre cœur. "Tournant le dos, il avait disparu, sa fuite m'a fait rendre l'âme".  

       C'est l'effort de conversion, puisque l'âme après avoir refusé de s'ouvrir au Bien-Aimé, a enfin décidé de se lever pour aller à sa rencontre : "Je l'ai cherché mais je ne l'ai point trouvé", car si nous négligeons la rencontre il faut que nous acceptions ensuite le dur labeur de cette recherche pour retrouver celui qui nous aime et que nous aimons. "Je l'ai appelé mais il n'a pas répondu". Et voilà même que les puissances du mal vont essayer de profiter de cette expérience négative pour nous détourner : "Les gardes m'ont rencontré, eux qui font la ronde dans la nuit, ils m'ont frappé, ils m'ont blessé, ils ont enlevé mon manteau, ceux qui gardent les remparts".  

       La conclusion est ce refrain qui revient souvent dans le Cantique : "Je vous en conjure filles de Jérusalem, si vous trouvez mon Bien-Aimé, que lui déclarerez-vous ? Que je suis malade d'amour". Voilà la vraie conversion qui nous conduit à rejoindre ce Bien-Aimé que si souvent nous négligeons, ce Dieu qui vient dans notre vie et auquel nous ne prêtons pas attention parce que nous sommes préoccupés de mille autres choses. Mais il faut le chercher avec patience, même s'il n'est pas facile à trouver, il faut lui déclarer que nous sommes malades d'amour et que nous désirons passionnément sa venue.  

 

       AMEN