UN DÉBUT DE RÉPONSE ? 

Jb, 39, 1-6 + 19-25 et 40, 1-5 ; Mt 22, 1-14

(11 septembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pourquoi le mal devant tant de beauté ?

 

F

rères et sœurs, en écoutant tout à l'heure le livre de Job, je pensais plus spécialement à celui pour lequel nous prions aujourd'hui, je veux parler de Jean-Michel qui est décédé tragiquement dans un accident de montagne il y a un an, à sa famille qui est avec nous aujourd'hui.

Je me disais, au fond, ce livre de Job nous remet devant cette réalité dramatique de la vie. Job interroge, s'interroge, ou fait parler Dieu en lui dans son cœur, et toutes ces questions sont : est-ce que tu sais comment vivent les animaux ? est-ce que tu connais leur sagesse ? est-ce que tu comprends comment vivent les bouquetins, les biches, etc … ? Comment vivent les chevaux, qui ont tellement de courage à la bataille car à cette époque-là cela les étonnait ? Effectivement, Dieu à travers tout cela, je pense que c'était aussi quelque chose que Jean-Michel avait dans le regard, veut que nous soyons émerveillés devant la nature, la montagne, les paysages magnifiques, et que nous soyons comme éblouis par cette sagesse extraordinaire qu'il y a au cœur de ce monde dans lequel nous vivons.

C'est vrai que tout le livre de Job respire cette admiration profonde de l'homme pour la terre où il a été mis, pour la terre où il se sent heureux, où il est toujours heureux de découvrir sans arrêt des nouvelles choses, que ce soit par le tourisme, que ce soit par la joie de vivre ensemble, en famille, de partager des moments heureux, que ce soit aussi par la recherche technique et technologique. Tout cela est source d'admiration. Et pourtant, Job, sait aussi qu'au cœur même de cette admiration, on est confronté au problème de la souffrance, du mal et de la mort.

Le monde ne va pas de soi, l'homme ne va pas de soi. Au milieu des plus belles choses, peut surgir tout à coup sans qu'on s'y attende, sans même qu'on ait pu voir venir, le drame de notre face à face avec les moments les plus difficiles et les plus lourds de notre vie. Au fond, tout ce que nous avons lu de ce livre de Job, c'est pour nous amener sans cesse à cette gravité du regard devant la vie, devant notre manière d'être. Nous sommes à la fois éblouis, portés, par la beauté du monde, de la famille, les relations, les amis, et en même temps, nous sommes tellement vulnérables, tellement fragiles. Des moments des coups du destin comme on dit, peuvent nous frapper à tout moment.

Evidemment, on a envie de se dire, ce n'est pas normal, ce n'est pas possible que dans un monde qui a tellement de beautés, qu'on va admirer, la montagne qu'on va fréquenter, comment se fait-il que tout à coup il puisse y avoir des choses pareilles ? Le livre de Job dit : on ne sait pas ! On ne sait pas parce que la manière dont le monde vit, évolue, dont nous y vivons, dont notre histoire est construite, nous n'en sommes pas les maîtres. Nous ne pouvons pas nous bâtir une fausse sagesse qui consiste à dire, ce sera comme ci, comme çà, etc … et puis j'arriverai au bout. Non. Nous sommes démunis, nous sommes pauvres, nous sommes humbles.

En contrepoint, il y a ce magnifique passage de l'évangile que nous venons d'entendre où effectivement Dieu dit : je vois bien que ce monde ne va pas aussi bien qu'on pourrait le souhaiter, et cependant, moi je propose un festin pour rassembler tout le monde. Je pense que d'une certaine manière, c'est un début de réponse. C'est sûr qu'elle ne nous satisfait pas quand on est dans le deuil et dans les larmes, mais elle nous ramène quand même au centre du centre, c'est-à-dire que quelle que soit notre histoire, quels que soient les moments très difficiles où nous sommes subitement plongés, tel que nous l'entendions de la part du roi qui organise les noces de son fils, cette invitation, elle dure toujours.

Je crois que lorsqu'on célèbre l'eucharistie pour prier pour ceux qui nous sont chers, c'est notre manière à nous de répondre à l'invitation. Nous sommes tous non pas des mendiants ou des gens marginaux, mais nous sommes tous des pauvres devant Dieu, des pauvres devant la vie, des pauvres devant le monde, des pauvres devant notre destinée. Et nous faisons partie de tous ces gens que Dieu ramasse au coin des rues de leur destin, au coin des rues de leur vie et il nous dit : ça ne fait rien, je vous invite.

Frères et sœurs, qu'en priant aujourd'hui à la fois pour nos défunts, pour toutes les intentions qui nous sont confiées, que nous gardions cette double dimension, à la fois l'interrogation de Job, pourquoi dans un monde si beau il peut arriver des choses si terribles, et en même temps, la parabole de Jésus.

Oui, cela peut arriver, mais cela n'empêche que Dieu ne cède jamais et que toujours il relance l'invitation à chacun d'entre nous.

 

 

AMEN