L'EXPLOITATION MINIÈRE

Jb 28, 1-12 ; Mt 16, 21-28

(31 août 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La Sagesse et ses trois filles

 

F

rères et sœurs, vous ne vous en êtes peut-être pas aperçu tout à l'heure en écoutant ce texte un peu étonnant de Job, mais c'est le premier texte je crois, de la littérature, qui nous parle de l'exploitation minière. En réalité, cela pourrait être le premier cours de l'École des Mines. Pourquoi ? parce que ici, le livre de Job qui arrive à un certain point de conclusion provisoire, veut célébrer la sagesse de Dieu. Ici, Job ne trouve rien de mieux pour montrer la profondeur de la sagesse de Dieu que de prendre comme référence une expérience technique qui, à l'époque, vous l'imaginez, était tout à fait incroyable, c'était l'expérience de la métallurgie, l'expérience de la recherche des métaux précieux, et des pierres précieuses.

Aujourd'hui, nous le savons, tout cela est lié à la constitution de la terre, aux proportions de fer, de nickel et de beaucoup d'autres métaux, pour nous aujourd'hui, tout cela est banal. Mais, pour les hommes de ce temps-là, vous avez vu comment Job décrit l'expérience de l'obtention du métal. Il dit : "Le fer est tiré du sol, la pierre fondu livre du cuivre". En réalité évidemment, ce qui les émerveillait, et il faut avouer que cela a été quelque chose d'extraordinaire la première fois où l'on a fait fusionner des minerais pour obtenir des métaux, pour lui, on tire de la terre quelque chose qui ressemble à de la poussière, à de l'argile, quelque chose d'oxydé, que ce soit pour l'argent, le plomb ou le fer, on fait fondre cela comme des éléments alimentaires et cela devient du métal. Non seulement cela devient du métal, mais les hommes avaient déjà inventé le mélange de deux métaux, notamment pour le bronze. Pour ces hommes, c'était déjà une énigme.

Comment se fait-il que des choses aussi vitales et aussi précieuses pour le progrès de l'humanité, car passer de l'âge de la pierre à l'âge des métaux, ce n'est pas rien, aujourd'hui on est à l'âge du plastique et de l'électronique, c'est encore un autre âge, mais c'est moins époustouflant que le passage de la pierre au métal, de passer à cela, on ne peut pas faire plus dans le domaine de la découverte humaine. Or, ces métaux, ces minerais sont cachés dans la terre. Dans le texte, on découvre la première grande description du travail des mineurs, et ce n'est pas très rassurant. On explique que des étrangers (comprenez bien, des travailleurs étrangers), percent les ravins, on commence à faire des tranchées dans la terre, en des lieux non fréquentés, et d'ailleurs pas très fréquentables parce que c'est dangereux (je ne sais pas s'ils faisaient l'étayage en pin), et ils oscillent, suspendus loin des humains. Il faut imaginer le trou de la mine à travers lequel sur des petites balancelles, on envoie les gens dedans pour creuser. Il n'y a pas si longtemps c'était encore la même technique dans certains pays en Afrique pour exploiter les mines et avec l'histoire des mineurs du Chili, cela prend une histoire et un relief tout à fait extraordinaire.

C'est cela qui émerveille Job. Il dit : on prend des risques fous pour aller chercher une des réalités de la vie humaine qui est des plus précieuses, minerais de fer, d'argent, paillettes d'or, et tout ce la est caché dans le creux de la terre. Ils font des travaux de sape à la base des montagnes. C'est là tout le descriptif de l'exploitation minière. Une autre chose est encore manifestée dans ce texte : les hommes ont commencé à se rendre compte que lorsqu'on descendait il faisait plus chaud en bas. Ils ont commencé à pressentir que dessous la terre, il y avait comme un feu. C'est ce qui sera aussi un peu à l'origine du feu qui crache à travers les volcans, et que la terre contient du feu à l'intérieur d'elle-même. Là on en tire des conclusions un peu impropres à la culture en disant que c'est cette chaleur de la terre qui fait chauffer et cuire les plantes que l'on récolte. C'est une conclusion un peu plus hâtive et pas tout à fait sûre.

Toujours est-il que ce que Job veut dire à ses amis c'est ceci : est-ce que vous comprenez que les secrets les plus profonds de notre existence, là où l'on est avancé le plus loin dans la découverte des merveilles que Dieu a fait, c'est caché au fond de la terre. Job en tire une conclusion : "La sagesse, d'où provient-elle et où se trouve-t-elle l'intelligence ?" Il faut comprendre ce texte avec toute sa force. Si des réalités comme les minerais, comme le fer, l'argent, etc … ont été cachées aussi soigneusement dans le sein de la terre, comment voulez-vous que nous découvrions les secrets de Dieu ? Aujourd'hui, on considère que tout cela fait partie des connaissances scientifiques acquises et que cela nous paraît limpide. Mais il est assez extraordinaire de voir l'itinéraire de Job dans ce cas précis. Il dit : au fond, les choses les plus précieuses, les pierres, les gemmes, les minerais, l'or, tout cela, Dieu les a enfouis au fond de la terre. Autrement dit, cela ne nous est pas immédiat, et pourtant, ce sont des réalités matérielles que l'on peut acquérir. Mais alors, la sagesse, où est-elle cachée ?

Frères et sœurs, il est évident qu'aujourd'hui, nous ne faisons plus le même raisonnement à partir des mêmes images et des mêmes bases pour essayer de comprendre ce qu'est la sagesse de Dieu. Mais cela garde quand même une certaine actualité. Aujourd'hui, nous manipulons le monde un peu comme si tout nous était connu, pour nous servir et qu'on peut faire n'importe quoi. En réalité, à travers ce texte, on nous montre au contraire non pas des hommes qui font n'importe quoi avec la terre, mais qui sont éblouis par les richesses et les trésors que recèle la planète. Ce n'est pas un idéal d'un homme qui fait ce qu'il veut de la terre et de la planète mais c'est l'idéal d'un homme qui s'émerveille devant tout ce que la terre, jusque dans les secrets de ses flancs peut lui donner, dont il se sent dépendant et dont il se sent le récepteur émerveillé. Cela peut nous aider à avoir un sens plus profond et plus vrai de la création, de notre situation d'homme liée à cette terre.

 

 

AMEN