POURQUOI DIEU SE CACHE-T-IL ?

Jb 11, 4-11 ; Mt 10, 17-25

(24 juillet 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Et si Dieu se cachait ?

 

F

rères et sœurs, nous lisons depuis quelques temps le livre de Job et j'essaie de le commenter parce que la plupart du temps, on l'écoute, cela rentre par une oreille et ressort par l'autre !

Aujourd'hui, c'est un passage assez intéressant. Vous le savez, Job est dans la misère, sur son fumier, il lui est arrivé plein de malheurs, et ses amis défilent les uns après les autres pour lui expliquer que son malheur et sa détresse ont de bonnes raisons. Les noms sont inventés évidemment, cela parlera plus à ceux qui ont dans les oreilles les consonances sémitiques, c'est Cophar de Naamat, un personnage dont le nom est imaginaire, qui vient près de Job et qui lui dit : tu dis, toi, que ta conduite est pure et que tu es irréprochable aux yeux de Dieu. Mais si Dieu pouvait parler … Et c'est là-dessus que j'aimerais attirer votre attention : si Dieu pouvait parler !

Ici on se trouve devant un texte qui fait parler des païens, de même que Job est païen, de même Cophar de Naamat et tous ses copains ne sont pas juifs non plus. Donc, ils parlent comme des païens, mais des païens qui ont une certaine connaissance du mystère de Dieu puisqu'aucun n'est polythéiste et tout le monde parle de Dieu, du Dieu unique. La manière dont Cophar de Naamat aborde la question est extrêmement troublante. Pourquoi ? parce qu'au fond, ce qu'il veut explicitement c'est essayer de justifier le malheur de Job. Son malheur à ce pauvre Job aurait de bonnes raisons. Seulement, le discours est assez dangereux parce que Cophar dit : la vraie raison pour laquelle tu es malheureux, c'est encore Dieu. D'un air de dire : si tout va bien c'est Dieu, si tout va mal, c'est encore Dieu. Simplement, Dieu ne se dénonce pas, ne se montre pas comme celui qui est l'auteur du malheur de Job. Voilà où est la subtilité du récit. Au fond, la conception de l'ami de Job, est une conception un peu perverse. Il dit : tu es malheureux, mais Dieu se cache derrière ton malheur. Dieu ne veut pas se dénoncer. Dieu est l'auteur de ce malheur mais tu ne peux rien en savoir, moi non plus d'ailleurs. Mais je pose cette hypothèse.

Autrement dit, ce texte est très audacieux. Il est même très moderne. C'est le début du soupçon. Dieu n'est peut-être pas aussi bon qu'on ne le croit. Dieu peut être la source du malheur, parce qu'il punit, mais il punit en cachette et il ne parle pas. Il se cache derrière le malheur qu'il envoie. C'est une conception qui n'est pas du tout chrétienne. Mais le livre de Job a osé l'affronter et l'expliquer. C'est une conception que certains païens pouvaient avoir à cette époque-là. Ils pensaient effectivement que Dieu se cachait derrière chaque malheur, derrière chaque souffrance, et qu'il ne disait pas pourquoi. Pour essayer d'expliquer le malheur des hommes, on essaie d'inventer un personnage tout puissant qui, parce qu'il n'est pas content du comportement des hommes, leur envoie des malheurs.

C'est vous dire à quel point ce livre de Job nous appelle à être critique de notre manière de penser de Dieu. Il y a toujours quelque chose qui court dans notre propre pensée, dans nos propres réflexes. Pensez à cette réaction que nous avons souvent : qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour avoir cela ? C'est une réaction terrible. Elle n'est pas du tout chrétienne, elle semble supposer que Dieu peut être l'auteur caché, voilé, secret, du mal qui ne se révèle pas. Il a honte de se découvrir comme le justicier qui châtie en faisant souffrir les hommes. C'est à la limite une conception un peu sadique et assez terrible.

Je crois que quand on lit ce texte, il ne faut pas le prendre pour argent comptant. Il faut sans cesse savoir que ce texte est plein d'allusions à la dénonciation des idées fausses sur Dieu. Là, c'est le cas dans le discours de Cophar de Naamat. Il a vraiment une fausse idée de Dieu. C'est pourquoi plus tard, nous entendrons Job qui ne se laisse pas avoir par ce genre de discours, Job qui jamais ne doutera de la bonté de Dieu. Il y a une grande différence et je crois qu'il faut retenir cela, entre un homme qui se révolte contre Dieu parce qu'il croit qu'il est bon, il croit toujours qu'il est bon, et sa souffrance le révolte en face de Dieu. Mais d'autre part, il y a l'homme qui préfère de façon un peu paresseuse dire que derrière le mal, il y a le soupçon que Dieu n'est pas très bon.

Donc, ce texte nous invite, nous oblige à purifier notre cœur, à purifier notre regard sur Dieu et ce n'est pas facile. Nous purifier nous-même de tout soupçon sur Dieu et surtout nous purifier de ce soupçon terrible que Dieu se cache et agit en secret sans se dévoiler parce que quand il envoie des châtiments, il sait à quel point les hommes souffrent, mais il le fait quand même.

 

AMEN