DE JOB AU CENTURION

Jb 7, 1-11+16-21

(18 septembre 1982)

Homélie du Frère Serge JAUNET

E

ntre ces textes de la Parole de Dieu entendus au début de cette eucharistie, il y a tout le chemin que parcourt dans sa vie, un homme qui devient chrétien car on ne naît pas chrétien mais on le devient, au fil des jours.

Job n'est pas seulement un personnage de légende comme certains le prétendent, ou du moins un personnage d'hier, dans un temps reculé et très loin de nous. Job, nous l'avons tous rencontré, nous avons tous parlé avec lui un jour ou l'autre et il nous a dit, pour reprendre les mots d'aujourd'hui qu'il en avait marre de la vie, devant ce qui lui arrivait. Et même vous savez que Job, nous l'avons rencontré et nous le rencontrons presque chaque jour, au plus intime de nous-même. Il nous habite. Nous sommes ce Job. Qui n'a pas dit un jour, comme nous le lisions dans la première lecture : "en se levant le matin, vivement que vienne le soir ! Et en se couchant, le soir, vivement que vienne l'aurore ! La nuit est trop longue ! Elle est trop dure !" Si la maladie s'abat un jour sur nous, c'est une expérience à faire, comme sur Job, alors nous entrons en contestation avec Dieu. Nous nous révoltons. Si le deuil vient à nous toucher, c'est la révolte ou en tout cas la désespérance qui nous habite. Job est bien vivant au milieu de nous et en chacun d'entre nous.

       Et pourtant, devenir chrétien c'est peut-être nous mettre en chemin, parcourir cette route qui, du Job que tous nous sommes, va nous faire devenir ce Centurion à la foi absolument intrépide, à la confiance incroyable. Il a un serviteur qu'il aime bien et qui est malade. Et en chacun de nous, frères et sœurs, il y a quelqu'un de malade, quelqu'un à guérir, et, vous le savez, les maladies sont légion, et de tous ordres, atteignant nos corps et nos esprits, et aussi nos cœurs. Dans chacun de nous il y a quelqu'un de malade, un serviteur très cher. Il y a notre propre vie à guérir. Et alors, comme le centurion, nous sommes appelés à ce même acte de foi, à ce même acte d'humilité : "Je ne suis pas digne que Tu viennes chez moi, Seigneur, mais dis seulement une parole et je serai guéri !" - "Et mon serviteur sera guéri ! parce que moi-même, dans la vie, je donne des ordres à ceux qui travaillent, qui cheminent avec moi et aussitôt, ce qui est dit est accompli. Combien cela est encore plus vrai pour Toi! Toi, le Maître tout-puissant ! le Maître de l'impossible." Une foi qui ne vacille pas. Une foi d'une fermeté admirable et Jésus Lui-même a admiré cette foi. Il a dit que dans le peuple d'Israël, il n'avait pas trouvé une telle confiance.

       "Alors, rentré chez lui, il trouve son serviteur guéri !" Etre chrétien, ce n'est peut-être rien d'autre que de vivre, au jour le jour, à travers les événements qui nous touchent et qui nous atteignent et qui sont durs, et qui sont scandaleux, c'est vrai, c'est peut-être redire toujours cette parole de confiance, cette parole de foi absolument inébranlable, cette parole tout imprégnée en même temps d'humilité : "Seigneur il est vrai, je suis loin de Toi. Je ne suis pas digne que Tu viennes chez moi. Mais dis une Parole et guéris-moi. Guéris dans ma maison tout ce qui est malade".

 

       AMEN