FINALE DU LIVRE DE JOB
Jb 42, 7-9
(23 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous avons entendu la fin du livre de Job. Cet épilogue fait suite à un très long dialogue, mais il sert un peu de cadre à tout le livre de Job, comme une petite histoire primitive qui ferait corps avec la première partie du livre où Satan suggère à Dieu de mettre Job à l'épreuve pour voir si ce serviteur apparemment intègre ne devient pas, sous la morsure du mal, un horrible blasphémateur. Le Seigneur y consent et non seulement Job perd ses biens et sa santé, mais aussi sa femme qui commence à le renier et le pousse à renier le Seigneur. Job reste persévérant et ce prologue se termine par une phrase curieuse où l'on propose à Job de rester en silence avec ses trois amis pendant sept jours. Silence tout à fait bizarre puisque nous entrons dans le grand dialogue de Job où l'on parle pendant quarante chapitres. Celui qui a raccordé les morceaux n'a pas voulu les rendre cohérents puisque après nous avoir invités au silence, nous parlons très longuement. De fait l'épilogue reprend cette notion de silence. Job entre vraiment dans le silence et il se tait.
Cet épilogue est plein d'humour. D'abord, tout le monde revient puisque Job est restauré dans sa situation première. Les amis qui avaient fait la morale sont chassés et plus encore on leur demande de faire des sacrifices, tandis que Job va prier pour eux. Job devient "un juste" aux yeux du Seigneur. Il est capable d'intercession, tandis que les autres sont condamnés à pratiquer l'ancien rite des sacrifices pour se laver de leur péché. On leur conseille aimablement de sacrifier sept taureaux et sept béliers, ce qui est assez conséquent. Job lui, n'a qu'à prier, il rentre dans une autre relation avec le Seigneur : sa prière est plus forte que le sacrifice imposé aux trois amis qui, du haut de leur théologie, ont essayé de résoudre le problème du mal.
Ce qui est encore plus drôle dans cet épilogue, c'est qu'il y a une perfide allusion au mariage. "Chacun lui fit cadeau d'une pièce d'argent et d'un anneau d'or." Il n'est pas précisé qu'il est question de la femme de Job qui avait déjà quelques problèmes dans le prologue, mais apparemment elle a été elle aussi chassée parce que, d'après certains commentateurs chrétiens ou rabbiniques, Job s'est remarié. L'anneau d'or et la pièce d'argent sont des éléments propres au mariage. D'ailleurs cette femme est très jolie et très belle, elle lui fait plein d'enfants, il a de nombreuses filles très enviées. La première s'appelle Tourterelle, la seconde Cinnamome et la troisième Corne à fard. Ainsi, de clin d'œil en clin d'œil, le Seigneur nous dit : "Je vous ai fait beaucoup réfléchir sur le problème du mal, finalement, ce qui compte c'est que vous soyez heureux, et là je vous comble au-delà de vos souhaits."
Quelle leçon en tirer ? La première c'est cette intercession. Au-delà de la conception un peu "happy end" il y a quand même le fait que le juste est restauré dans sa dignité et qu'il peut, en raison de la persévérance dont il a fait preuve, intercéder pour les pécheurs. Deuxième leçon qui fait un peu écho à ce que nous avons entendu dans l'évangile, le péché, quand il est visible, fait reculer les autres, le Gérasénien ficelé de chaînes et hurlant comme un forcené dans les montagnes faisait reculer tout le monde. De même Job se grattant les ulcères sur son tas de cendres avait aussi fait fuir tout le monde, sauf quelques moralistes parce que ceux-là sont très solides, mais à la fin ils n'ont pas résisté non plus. Si le péché était visible, il aurait un côté monstrueux dans notre vie. Le seul qui ne recule pas devant le péché, que nous soyons coupables ou non, c'est le Seigneur, car le Seigneur connaît le fond du cœur et Lui ne recule pas devant ce péché. Nous pouvons avoir horreur de ce péché, l'avoir en aversion, mais le Seigneur, Lui, se tient en face, comme un juste. Il nous demande de nous tenir par rapport à nos péchés, par rapport à ceux des autres ou du monde, de nous tenir fidèles, justes. Cette position du Seigneur qui n'a pas peur du péché et nous demande de nous tenir confiants en la justice de Dieu malgré les apparences, nous permet de comprendre que nous sommes appelés à être des justes, comme Job l'a été, pour que notre prière accompagne celle de Dieu et nous sorte de ce péché horrible.
La troisième leçon c'est que Job a vécu 140 ans. Quand on est un peu bibliste, 140 c'est 70 x 2 c'est donc un 7 et le nombre 7 c'est le chiffre non pas magique mais plein. C'est encore un clin d'œil du Seigneur. Il nous rassasie d'une éternité. Quand on met 140 c'est pour dire, ce n'est pas 149 ni 126, mais c'est deux fois l'éternité, donc plus qu'il n'en faut pour chacun de nous. Le dessein du Seigneur est de nous combler au-delà de tout.
Et c'est sur cette note d'humour que termine Dieu disant : "Tu as tenu ! Non pas je te récompenserai, mais la porte que je t'ouvre, t'ouvre sur une plénitude dont tu n'as aucune notion pour l'instant".
Qu'en terminant ce livre de Job, après ce très long discours sur le mal, nous nous réjouissions avec Job, des chameaux ou de la famille qui tourne autour de lui pour savoir que la joie de Dieu sera toujours plus forte que ce monde.
AMEN