LIVRES SAPIENTIAUX

Jb 20, 5-8+12-14+17-20

(5 mai 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

O

n pourrait tenter de résumer l'optique des Livres Sapientiaux dont le livre de Job fait partie, en disant qu'ils sont un regard posé du cœur même de la révélation biblique sur le monde qui les entoure. C'est dire que les livres sapientiaux, la Sagesse, l'Ecclésiastique, de l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, les Proverbes et le livre de Job sont ce regard posé alentour, regard dont la première conclusion est l'amertume. La difficulté de la vie, la vanité des choses dans Qohélet, et plus encore le mal qui dans le livre de Job, semble être plus grand et plus fort que l'homme lui-même, sont les questions que se posent les sages, les scribes inspirés, auteurs de ces livres sapientiaux de la Bible.

       Il faut comprendre ainsi que, du cœur même de la Révélation, comme nourris de l'intérieur, après avoir reçu "le Nom de Dieu" par ces différentes couvertures qui constituent la Bible et dont l'ultime est cette couverture historique, cette lecture permanente qu'Israël fait de sa propre histoire, et d'autres lectures préalables comme le Deutéronome ou d'autres lectures plus anciennes du Yahviste ou d'autres rédacteurs, qui sont comme autant de gens qui se sont penchés à l'intérieur même de l'histoire d'Israël pour y relire la présence de Dieu Sauveur, en découvrant un Dieu créateur et à travers même cette création, la volonté de rédemption de ce même Dieu. Et puis les livres sapientiaux, comme prenant tremplin sur les livres historiques, sur un échec pour Israël à s'assumer lui-même, s'ouvrent à l'universel, s'ouvrent au monde grec, aux mondes païens qui les entouraient, en utilisant un certain nombre de questions fondamentales que les sages grecs avaient déjà soulevées, et en essayant de trouver quelle réponse on pouvait leur donner.

       C'est ainsi qu'il faut entendre ce dialogue entre Cophar de Naamat et Job où Cophar tente une nouvelle fois de convaincre Job que le mal ne peut venir que de l'homme, annonçant par là une donnée fondamentale que Dieu n'est pas mauvais, que la création n'est pas mauvaise, mais que le mal ne peut donc venir que du troisième partenaire c'est-à-dire l'homme. Job oppose et opposera à cela une réponse dans laquelle il ne se déclare pas tout à fait innocent, mais il sent qu'il a devant lui non pas un Dieu qui juge mais un Dieu qui pourra prendre en considération la pauvreté, la demande de miséricorde et même une part de son innocence.

       L'évangile prenait un peu l'écho de cette même réflexion puisque "ce qui est impur est ce qui vient de la langue de l'homme". C'est un fait qu'une part du mal de ce monde tourne aux portes de notre bouche et ce qui vient de la langue procède du cœur. Question qui nous est donnée en ce jour pour que, lorsque nous avons à témoigner au monde qui nous entoure de cette révélation qui nous habite nous sachions ne pas l'abîmer d'un mauvais langage ou de nos propres péchés qui pourraient sortir de cette bouche, mais que nous sachions que Dieu parle par notre bouche et rende ainsi pure la parole donnée aux hommes.

       En cette eucharistie où nous allons manger, où nous allons recevoir dans cette même bouche le corps du Christ, qu'Il vienne purifier nos pensées, notre cœur, pour que nous puissions être vraiment ceux qui proclament avec amour le salut de notre Dieu.

       AMEN