PLONGÉE DANS LE MYSTÈRE
Jb 39, 1-6 + 19-25 + Jb40, 1-5
(21 octobre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, le livre de Job approche de sa fin, et pourtant, nous n'avons pas encore de réponse. Job a posé un problème grave, celui de la souffrance des innocents, celui du Mal dont nous ne savons pas la cause, et il a refusé la solution facile : "tu es puni parce que tu as péché". Nous verrons que Dieu donnera raison à Job sur ce point. Mais alors, pourquoi la souffrance ? Aujourd'hui, les paroles de Dieu qui nous sont rapportées nous semblent-elles au premier abord, décevantes. Dieu déploie devant Job la splendeur de la création, il nous parle de bouquetins, de biches, du cheval à la bataille, ces images nous font sourire, et en même temps elles sont empreintes d'une grande poésie, mais qu'est-ce que cela prouve ? Cette réponse de Dieu qui n'en est pas une, qui n'est pas la dernière, nous reviendrons encore sur le discours de Dieu à Job, cette première réponse de Dieu provoque déjà une réaction de Job, il y en aura une autre, ensuite, il y aura la conclusion de Dieu.
La première réaction de Job aujourd'hui, c'est d'être réduit au silence : "J'ai parlé à la légère, je vais mettre une main sur ma bouche, j'ai parlé une fois, je n'ai plus rien à ajouter". Qu'est-ce que cela veut dire? Job par-delà les raisons qu'il cherche, que nous cherchons, par-delà les explications, les démonstrations, est confronté à travers les images de la création, au mystère. Dieu déploie devant lui des choses que Job ignore, qu'il ne peut pas connaître et pénétrer, même si depuis nous avons fait des progrès en zoologie et en d'autres sciences, il reste cependant que l'immensité du monde nous dépasse et qu'elle n'est qu'un élément peut-être le moins profond du mystère, Job est confronté donc au mystère. Il veut comprendre, il n'a pas tort, mais comprendre, c'est d'abord aussi percevoir que la réalité nous dépasse, que nous ne pouvons pas tout embrasser avec nos raisons, avec nos démonstrations, et que toute chose ne trouve pas une explication, non pas parce qu'elle n'aurait pas de sens, mais parce que ce sens est si profond, si vaste, si démesuré, ce sens est si grand qu'il nous dépasse.
Je pense que dans toute recherche et interrogation ou problématique, quelle qu'elle soit ou quel qu'en soit l'objet, il y a cette dimension du mystère qu'il faut admettre, parce que les choses ont une participation à l'infini du mystère de Dieu. Il n'y a pas que Dieu qui soit mystérieux. En fait nous sommes entourés de partout par le mystère, celui de notre être, de notre vie, de notre pensée, le mystère de notre personnalité, de notre histoire, le mystère de l'autre, de tous ces êtres qui nous entourent. Même ceux que nous aimons le plus, restent infiniment obscurs pour nos yeux, le mystère de ce que c'est qu'aimer, de ce qu'est la vie, et le mystère de Dieu n'est que le point d'orgue, ou la source, la totalité, le résumé de ces mystères qui nous enserrent de toutes parts. Reconnaître le mystère est un préalable indispensable à toute recherche, à tout essai de compréhension, à toute analyse de notre vie, des évènements, du réel. Si nous n'admettons pas d'abord cette infinité de la réalité, nous ne comprendrons jamais rien, parce que la première chose à comprendre c'est que notre esprit ne peut pas étreindre la totalité du réel, à plus forte raison, il ne peut pas étreindre le mystère des mystères qui est celui de Dieu.
Cette réaction de Job est tout à fait fondamentale, il y a un moment où il faut savoir mettre la main devant sa bouche et cesser de poser des questions qui voudraient acculer le réel à nous répondre, acculer Dieu à nous répondre. Il faut savoir s'arrêter dans un silence qui est non pas un silence de démission, d'ignorance, mais un silence d'adoration. L'adoration est fondamentale si nous voulons entrer en contact avec Dieu et essayer de l'entendre et écouter sa voix. Il faut d'abord adorer, c'est-à-dire se sentir dépassé et envahi par quelque chose d'infiniment plus grand que nous et, toute réalité, à plus forte raison Dieu Lui-même, est infiniment plus grand que nous.
Frères et sœurs, ne considérons pas le sens du mystère comme une échappatoire, comme une manière de nous débarrasser des problèmes, mais c'est la première clé pour ouvrir les questions que nous nous posons, et surtout leurs réponses, c'est la clé fondamentale, il faut que nous ayons le sens que nous sommes de toutes parts plongés et nous-mêmes pétris par le mystère.
AMEN