SATAN, LE PÉCHÉ ET LA MORT
Jb 17, 1+7+11-15
(22 septembre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ob, au fond de son désespoir ne demande qu'une chose, c'est d'habiter le shéol. Le shéol, c'est la conception sémitique de ce que nous appelons l'enfer, ou les enfers, mais nous ne devons pas l'imaginer comme nous le pensons nous-mêmes. Il ne s'agit pas d'un lieu spirituel où les âmes après la résurrection des corps continueraient à vivre dans les tourments, le shéol pour les sémites, c'est très concret, c'est le double-fond du tombeau. "Mon espoir, dit Job, c'est d'habiter le shéol, d'étendre ma couche dans les ténèbres, et je dirai au sépulcre, tu es mon père, et à la vermine, tu es ma mère et ma sœur". Il n'y a pas donc d'autre avenir après la mort que le tombeau, le sépulcre, avec la vermine qui dévore le corps, et puis ce tombeau-là qu'est le shéol et où les choses ne se passent pas bien mieux.
C'est donc une absence d'espérance qui se trouve là dans le cœur de Job et cette analogie entre l'enfer et le tombeau, nous la retrouvons dans le miracle du Gérasénien. Le possédé en qui il y avait une légion de démons, demeurait non pas dans une maison, mais dans les tombes. C'est dire qu'il y a une familiarité, une connivence entre le démon, le mal et la mort, le tombeau. On dit dans la Bible que la mort est le salaire du péché. Ce n'est pas une prise de position sur l'histoire naturelle comme si les espèces animales n'avaient pas connu la mort avant le péché, c'est beaucoup plus profond.
Il y a dans le péché une présence de Satan, une connivence, un connaturalité, une familiarité. Satan est au cœur de tout péché, même ceux qui nous paraissent anodins, simplement parce que nous sommes myopes, parce que le péché, ce n'est pas simplement de manquer à tel ou tel précepte, le péché c'est plus profondément une sorte de refus de la vraie vie, pour s'adonner à la pacotille qui brille, aux apparences de la vie. C'est pourquoi le péché est la racine de la mort spirituelle, et dans la mesure où notre esprit et notre corps sont étroitement unis, de la corporelle aussi. Tout ce qui dégrade, tout ce qui détruit, divise, tout ce qui est réduit en poudre, en poussière, c'est le salaire du péché, c'est le résultat du péché. Le péché est en nous une force de destruction, parce qu'il n'y a de vie que dans la communion, dans le don de soi, et le péché qui nous replie et nous referme sur nous-mêmes est déjà le commencement de la mort. C'est le commencement de ce processus de durcissement intérieur, de cette rigidité cadavérique et c'est pourquoi Satan fréquente la mort, il nous y conduit et nous y habitue, petit à petit notre cœur, notre esprit meurent peu à peu à travers notre péché et un jour, cette sorte d'absence de vie et de vitalité, atteindra aussi notre corps.
Mais ce qui chez Job était apparemment inéluctable comme une sorte de fin incontournable, voilà que Jésus vient en briser le maléfice en expulsant une légion de démons du démoniaque gérasénien. Si les porcs envahis par les démons se précipitent dans la mer, c'est aussi un symbole, puisqu'ils ont supplié Jésus de ne pas les envoyer dans l'abîme. Or ce lac de Génésareth qui a une profondeur suffisante pour qu'on s'y noie, est donc une sorte d'image symbolique de cet abîme, exactement comme le tombeau est l'anti-chambre du shéol, le tombeau spirituel, exactement comme la mort corporelle est la surface visible de la mort intérieure, Jésus est vainqueur de Satan, donc du mal, don de ces puissances de mort capables de nous rendre insensibles, durs, de nous couper de toute possibilité de dynamisme de vie. Jésus en est vainqueur, parce qu'Il est la Vie qu'Il est le Dieu des vivants et non pas des morts comme Il le proclamera Lui-même.
Il faut que dépassant l'expérience de Job qui est pourtant aussi la nôtre quand nous sommes confrontés à la mort, dépassant ces évidences premières, nous adhérions par le plus profond de notre foi à cette force de Vie qui dépasse ce que nous pouvons expérimenter, qui dépasse ce que nous pouvons constater, mais qui nous est acquise, promise, donnée par Jésus. Nous sommes les enfants de la Vie, parce que Dieu est la Vie, et si nous suivons le Christ à travers la mort et les évènements et le mal, nous parviendrons à la vie éternelle. C'est ce que Jésus nous a promis, c'est ce qu'il nous a dit, c'est l'enjeu même de notre foi.
AMEN