DIEU FACE AU MAL

Jb 16, 11-22

(20 septembre 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

N

ous poursuivons la lecture du livre de Job, immense question qui est posée dans chacun de ses poèmes, dans chacune de ses phrases, dans chacun de ses mots, dans chacune de ses intonations, la question de l'existence du mal et d'un Dieu qui est face au mal. Quelle idée Job se fait-il de Dieu? Job n'est pas juif ... mais quelle est l'idée qu'il s'en fait de ce Dieu auquel il s'adresse, avec sa clameur immense qui monte jusqu'au ciel et qui se tient comme un défenseur auprès de Dieu. C'est plus commode de répondre à cette question que de répondre à une question qui serait beaucoup puis intéressante, qui consisterait à savoir quelle idée Dieu se fait-il de Job.

       Mais Job quelle idée se fait-il de Dieu ? Sans doute une idée assez moderne, contemporaine, l'idée que l'homme du vingtième siècle se fait de Dieu aujourd'hui. Quand Job s'adresse à Dieu, il lui parle comme à un ami, quelqu'un, il ne s'adresse pas au Dieu du catéchisme d'autrefois, Dieu infiniment parfait, pur esprit, mais très lointain. Il ne s'adresse pas à un Dieu monarque, un Dieu pharaon, très loin dans son ciel, il ne s'adresse pas à un Dieu inspiré de certains courants de philosophies grecques, d'une scolastique un peu décadente qui a tellement éloigné Dieu qu'il fallait chercher de multiples raisons pour se rapprocher de quelqu'un qui était tellement loin. Non, il s'adresse à Dieu d'une façon extrêmement rapide, comme un raccourci, et il pose la question directement.

       Cette question elle a été posée par ceux qui étaient hier soir sous les inondations, cette question de l'image de Dieu, et de Dieu face au mal, cette question s'est posée dans notre siècle qui fut un siècle formidable, seulement, il y a eu des malentendus. Cette question elle est posée, et il y a deux hommes auxquels je voudrais rendre hommage, ces deux hommes ont profité de tout le renouveau biblique et patristique, ont ajusté cette image de Dieu, et nous leur sommes redevables.

       Le premier, c'est François Varillon, et le deuxième, c'est Maurice Zundel. François Varillon c'est un jésuite lyonnais, et les titres de ses livres parlent d'eux-mêmes : "L'humilité de Dieu, La pauvreté de Dieu, La souffrance de Dieu" Voilà que tout d'un coup, Dieu descend de son piédestal, et est infiniment proche. Après il y a d'autres questions qui se posent... ses livres nous partagent un Dieu proche de l'homme, un Dieu qui participe aussi à la vie de l'homme.

       L'autre, c'est Maurice Zundel, un prêtre suisse qui a cette insistance très particulière dans toute son œuvre sur le lavement des pieds. Voilà l'image qu'il donne de Dieu, c'est un Dieu qui est à genoux et qui nous lave les pieds, un Dieu serviteur auquel on peut s'adresser. C'est peut-être cette image-là qui est celle de Job qui pressent combien Dieu se rapproche de l'homme, et Job en parlant à Dieu de façon extrêmement directe, comme à quelqu'un qui peut le comprendre, est finalement assez proche de cette image de Dieu que nous avons aujourd'hui.

       AMEN