ESPOIRS HUMAINS ET ESPÉRANCE
Jb 14, 13-20
(19 septembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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a lecture du livre de Job est toujours une lecture étonnante, tant pour le texte que l'on vient d'écouter, que de correspondre à ce que nous vivons ou à l'impression que nous ressentons dans ce qui nous arrive, des évènements qui tissent notre vie. Le discours de Job est désespéré, dans une phase plus que dépressive : il préfère et souhaite la mort, et il reproche à son propre corps, à sa vie d'exister. Il demande à Dieu, comme on le retrouvera dans le prophète Osée, s'Il ne peut pas l'oublier quelque temps dans le shéol, ne plus suivre ses pas, ne plus compter et épier tous ses mouvements, et qu'Il revienne un temps après pour l'appeler et lui Job, lui répondrait. Il voudrait revoir l'œuvre de ses mains, et Job termine sa prière en disant : "Comme une montagne finit pas s'écrouler, ou que le rocher peut changer de place, ou l'eau par user les pierres, l'averse par emporter les terres, ainsi l'espoir de l'homme Tu l'anéantis." Si on en restait à la lettre de ce texte, ce serait terrible, parce que non seulement Job, mais nous le savons, pour telle ou telle personne que nous connaissons, ou pour en avoir fait l'expérience nous-mêmes, nous pouvons avoir ce sentiment profond que même ce qui semblait le plus solide, le plus ancré, même cela est anéanti. C'est une expérience de désespoir très profond.
Si le texte et l'expérience de Job vont si loin, c'est aussi le signe d'une autre réalité, car dans sa demande, il espère que Dieu se souviendra de lui. Il espère pourrait-on dire, une nouvelle Alliance, même s'il conduit au désert, ce désert peut devenir pour lui un temps de fiançailles. Il y a une nette différence entre l'espérance et les espoirs humains. Pour avoir l'espérance il faut se raccrocher d'abord à des espoirs humains, et même lorsque nos espoirs humains disparaissent, il n'en reste pas moins vrai que l'espérance elle, dépasse très largement et très au-delà de tout espoir humain.
Cela signifie que dans notre vie, pour agir tous les jours, pour faire quelque chose, pour bâtir un monde, pour participer à la construction d'une société, ou pour vivre, tout simplement, l'homme a besoin d'espoir. Il a besoin d'un point, d'un sens où fixer son attention et qui le pousse en avant, et le faire agir dans une sorte de dynamisme. Mais si cet espoir ou ce sens humain viennent à s'écrouler, que reste-t-il ? Rien ! C'est là que même les montagnes peuvent s'écrouler et les rochers finir par se déplacer. En revanche, l'espérance chrétienne, c'est d'avoir ce sens ultime, cet au-delà qui fait que même quand tout s'effondre il reste comme une ancre accrochée dans la vie, dans le Royaume de Dieu, dans la présence de Dieu. Cette espérance chrétienne sera alors le véritable ressort de toute vie, les uns étant seulement des objectifs terrestres, l'espérance allant plus loin, en passant par cette terre, arriver jusqu'au Royaume de Dieu. L'expérience peut être douloureuse, elle vérifie la véritable espérance, mais elle est le sens authentique de notre foi, de notre espérance, et de notre action qu'on appellera la charité.
AMEN