IL EST IMPOSSIBLE DE PRENDRE DIEU EN DÉFAUT

Jb 9, 14-23

(30 août 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

M

ême si cela est dû au hasard, il y a semble-t-il, un point commun entre la lecture de l'évangile et du livre de Job que nous venons d'écouter. Je la résumerai en une affirmation : on ne peut pas prendre Dieu en défaut. Les sadducéens ont eu la bouche clouée par Jésus, et la fin de cette péricope évangélique nous affirme que "nul n'osait maintenant l'interroger". Il a donc aussi cloué le bec aux pharisiens qui étaient venus poser une question à Jésus, comme le dit le texte, "pour l'embarrasser". Et Jésus, avec la même ironie leur pose un cas d'école, une question sur la filiation du Seigneur, où Il cite l'Écriture et il arrive ainsi à repousser les pharisiens dans leurs propres retranchements.

       Il y a un parallèle avec le livre de Job, parce que Job aussi se pose une question : "Je voudrais me défendre, je choisirai mes arguments, mais en définitive, le puis-je contre Dieu ?" Il y a une chose qui s'opère alors dans l'Écriture, on pense que les justes par leur justice puissent être rétribués selon celle-ci, et que ceux qui sont coupables seront châtiés par le Seigneur. Or, Job conclut en disant que "même l'homme intègre et le méchant il le fait pareillement périr". Job, auparavant s'est interrogé pour savoir s'il pouvait avoir raison, il pense avoir raison, mais il se dit que Dieu ne l'écoutera pas. Il pense avoir fait la justice, mais il se dit que Dieu ne répondra pas à cette justice, parce qu'en somme l'homme n'est rien et même si la raison est juste, Dieu finira par lui montrer qu'il est un homme fragile, blessé, voire même comme il le dit lui-même : "Si je m'estime parfait, il me déclarera pervers".

       Il y a ainsi pour nous une vérité à laquelle nous ne sommes pas assez sensibles. Nous attendons souvent une réponse de Dieu, et un peu à la manière des pharisiens, nous posons des cas d'école ou des questions où nous aimerions montrer au Seigneur que nous nous justifions de ce que nous vivons, de ce que nous faisons. Mais Dieu ne se laisse pas enfermer ni dans notre justice ni dans notre manière de faire, et encore moins celle de penser l'action de Dieu à notre égard. La seule réponse se trouve dans le livre de Job et dans l'évangile d'aujourd'hui. Le Seigneur dit aux pharisiens qui l'interrogent : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ton âme, et tu aimeras le prochain comme toi-même". C'est finalement la seule réponse de Dieu, dans laquelle il s'identifiera à ce que Job dit de lui-même, il ne sait même plus qui il est, s'il est innocent, s'il est bon, ou s'il est méchant. Il vit cette profonde détresse et ce silence face à Dieu. C'est ce qu'accomplira le Seigneur lui-même sur la croix dans le silence de sa mort manifestant ainsi que la seule réponse est bien d'aimer le prochain comme soi-même.

       Nous ne pouvons pas prendre Dieu en défaut, mais c'est lui-même qui accepte d'être pris en défaut en montrant l'extrême fragilité de son amour et en même temps sa toute-puissance, que révèle paradoxalement ce qui l'a manifesté quand il a parlé de l'amour de Dieu et du prochain, et la réponse qu'il nous donne dépasse amplement tout ce que nous pouvons imaginer sur Lui. Il n'est pas au-dessus de nous, mais Il est avec nous sur ce chemin où Il comprend parfaitement le cœur humain, et non seulement Il le comprend mais Il vit aussi la même vie que les hommes.

 

       AMEN