UN DIEU DE CONTE DE FÉES
Jb 1,1-12
(27 juillet 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e livre de Job commence par un récit plein de finesse et de malice voyez plutôt : "Un jour, comme les Fils de Dieu venaient se présenter devant Dieu, le Satan aussi s'avançait parmi eux, et Dieu dit au Satan : d'où viens-tu ?- De rôder sur la terre répondit-il et d'y flâner. Et Dieu reprit : As-tu remarqué mon serviteur Job, il n'a point son pareil sur la terre, un homme intègre et droit, qui craint Dieu et se garde du mal, il persévère dans son intégrité et c'est en vain que tu m'as excité contre lui pour le perdre. Et le Satan de répliquer : peau après peau, tout ce que l'homme possède il l'abandonne pour sauver sa vie, mais étends la main touche à ses os et à sa chair, et je te jure qu'il te maudira en face !"
Frères et sœurs, avez-vous lu Blanche-Neige et les sept nains ? C'est du même tabac, la reine dit à son miroir : "Ne suis-je pas la plus belle ?" Et le miroir honnêtement lui répond : "Oui, tu es la plus belle, mais il y a encore une jeune fille plus belle que toi ...!" Et bien sûr, c'est la fille de son mari. Elle va comme vous le savez, réussir à atteindre sa vie. "Peau pour peau, l'homme sauvera toujours sa vie". Robe de princesse pour robe de princesse, la fille du roi sauvera toujours sa vie ... "mais touche à sa vie alors là tu seras maudit toi, le Seigneur !"
Oui, c'est un conte, Job, mais rien que dans les deux premiers chapitres, après c'est un livre de la Sagesse. Les exégètes ne me contrediront pas puisqu'on se rend bien compte que le Dieu du prologue n'a rien à voir avec le Dieu des discours de la suite. Il y a un Dieu des contes de fées et il y a un Dieu de la théologie qui dit à l'homme qu'Il n'a rien à voir de ce que lui a été fait. Que vient faire un tel discours dans un livre biblique, un conte, quand on le prend au pied de la lettre est à proprement parler, atroce ? Comment se fait-il que les fils de Dieu, on pourrait traduire éventuellement par les anges, que parmi ces anges, le Satan, Lucifer le porteur de la lumière n'est-il pas l'ange de la lumière devant Dieu même s'il l'a renié, que ces anges se présentent devant Dieu et qu'un dialogue s'instaure, où Dieu semble un grand naïf, pour ne pas dire un grand benêt : "Tu as vu mon juste, tu as vu mon serviteur, comme il est bien ". Et l'autre pas dupe : "Tu verras, si tu lui en fais voir un peu plus, j'aimerais bien voir s'il reste juste et reste ton serviteur ?" Il est tentant de penser que hélas Dieu agit ainsi et se laisse prendre au piège du Satan car combien de fois ne posons-nous pas cette question (rassurez-vous je me la pose aussi) : en tant qu'être voulant servir Dieu, l'aimer, faire le bien le mieux possible, être ce que la Bible appelle un juste, se retrouver parfois pris dans de véritables souffrances qui peuvent être mortelles qu'elles atteignent le corps ou pire, qu'elles atteignent l'âme. C'est vrai que du coup, ce conte pourrait être consolant, on pourrait se dire qu'effectivement Dieu se laisse avoir et que le mal est peut-être parfois le plus fort que le bien et même que la source du bien Dieu lui-même.
Frères et sœurs, quelle tristesse dans ces cas-là que la vie chrétienne, quelle tristesse que la vie de foi tout court, quelle que soit la foi, autant être comme dans le livre de la Sagesse, ces impies qui disent : "Triste et courte est notre vie, profitons-en, et martelons celui qui nous fait la leçon, qui croit que par sa vie il nous montre la justice, ou le chemin vers Dieu". Et moi, très honnêtement, si c'est cela, je signe au bas de la page. Mais alors, à quoi sert-il d'être chrétien si notre vie est un conte de fées qui a mal tourné ? La réponse est dans l'évangile que nous avons lu aujourd'hui. Dans le livre de Job, Satan dit :"L'homme voudra toujours sauver sa vie". Et l'évangile répond : "Qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera". Le Satan dit : "Atteins à la chair, au corps, et là, Dieu tu seras maudit !" Et c'est bien l'exemple de Jésus qui annonçant sa passion, la souffrance la plus profonde, dans son corps, aura paradoxalement dans une phrase qui pourrait être comprise comme une malédiction : "Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m'abandonner ?" et être pourtant à ce moment-là le seul signe su Salut et d'une Pâque qui s'accomplit. Je ne crois pas, mais je pourrais être condamné pour ce que je dis (cela me fera des vacances "ecclésiastiques"), je ne crois pas à la valeur rédemptrice de la souffrance, il n'y en a pas, c'est une erreur : souffre et tu gagnes ton Paradis, cela ne peut pas être la volonté de Dieu.
En revanche que dans l'ordre de la foi, nous puissions dire que rien de ce qui existe n'échappe à Dieu, y compris ce qui n'est pas Dieu, la souffrance, la mort et le mal, que même là, Dieu se veut présent à notre vie, c'est tout à fait autre chose, et tellement présent à notre vie qu'Il l'a vécue lui-même et que là où l'on pourrait perdre espérance parce que la souffrance n'a pas de sens, là où on pourrait perdre courage parce que la mort reste un mal, là où on pourrait se replier et se refermer définitivement sur soi parce que le péché nous détruit intérieurement, Jésus nous montre que c'est à ce moment-là que dans la vie de foi, nous pouvons dans un acte de foi, dire que ce n'est pas la dernier mot, ce n'est pas la fin d'un conte de fée qui a mal tourné, mais le chrétien peut dire une certaine espérance. Laquelle ? "Mon Dieu tu m'as abandonné". Et c'est encore un cri de salut. Ou bien : "De la mort, je me relèverai et de mes yeux de chair je verrai Dieu" comme le dit Job.
Oui, cela est très différent. Le chrétien est un homme qui dans ces cas-là sait lire le signe de son salut, c'est-à-dire le signe de la Pâque, comme le dit saint Paul : "Mort, où est ta victoire ?", si j'accepte que dans ma vie, quelles qu'en soient les conditions, cette Pâque se vive et se réalise vraiment et que du péché je passe à la grâce, de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière.
AMEN