ZACHARIE, PROPHÈTE DE L'ENCOURAGEMENT
Za 1, 7-9 a+10+14+16-17
(19 septembre 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, vous venez de l'entendre, nous commençons aujourd'hui pour quelques semaines, la lecture du prophète Zacharie. Les prophètes sont une institution très originale du peuple d'Israël. Ce sont des hommes qui ne sont ni des prêtres, ni des membres des classes dirigeantes, ils ne sont ni de l'entourage du roi, ni de l'entourage du Temple, ce sont des hommes qui surgissent au milieu du peuple, animés par l'Esprit de Dieu, et qui parlent (c'est le sens même du mot prophète), parlent au nom de Dieu.
Cette institution des prophètes a commencé déjà du temps de David, et même auparavant, puisque Samuel est considéré comme un prophète, Nathan, celui qui vient annoncer à David les paroles du Seigneur, notamment quand il a fait tuer Urie pour épouser Bethsabée. Plus tard, il y aura Élie et Élisée, et l'on en arrivera peu avant l'exil à ce qu'on appelle les prophètes écrivains, ceux qui nous ont laissé dans la Bible, les oracles, plutôt leurs disciples sans doute, qui ont recueilli ces oracles. Il y a là les grands prophètes comme Isaïe, Amos, Osée, qui sont avant l'exil pendant la fin de la royauté d'Israël et de Juda. Et puis, il y a les prophètes de l'exil, Jérémie, celui qui annonce le malheur qui va frapper le peuple, Ézéchiel pendant l'exil, et enfin les prophètes après l'exil. Ce sont les trois derniers prophètes : Aggée, Zacharie et Malachie.
Pour bien comprendre les oracles de Zacharie que nous allons lire, il faut donc nous situer à cette période où les juifs, les israélites, après avoir été en exil à Babylone, grâce au roi Cyrus, roi des Perses qui a conquis Babylone, les israélites sont libérés et peuvent revenir sur leur terre. C'est tout le problème de la reconstruction de Jérusalem, du Temple, du pays, de la nation, reconstruction dont nous parlent les livres d'Esdras et de Néhémie, et qui se recoupent ici avec a prédication de ces prophètes.
Vous l'avez entendu les premiers mots du prophète Zacharie, puisque nous lisons le début de cet oracle, sont pour donner courage à ce petit reste qui revient d'exil après une longue absence, qui revient dans un pays qui entre-temps bien sûr, a été occupé par d'autres, non pas par des troupes de Babylone, mais par des populations plus ou moins en déplacement qui ont pris la place libre. Il faut donc se faire une place au soleil, il faut essayer de reconstituer ce qui a été détruit, et notamment le Temple. C'est pour cela que Zacharie dit : "Au nom du Seigneur, je me tourne de nouveau vers Jérusalem avec pitié, et mon Temple y sera rebâti, et le cordeau sera tendu sur Jérusalem, les villes abonderont encore de biens, le Seigneur consolera encore Sion, Il fera encore choix de Jérusalem". C'est donc comme un nouvel appel de la part de Dieu, un nouveau choix d'Israël, un nouveau choix de Jérusalem, un nouveau choix du Temple. Le Seigneur prend en pitié son peuple qui a été pécheur, et qui pour cela s'est détruit lui-même.
L'exil n'a été que l'accomplissement de cette autodestruction du peuple de Juda et d'Israël à cause de ses péchés, de son éloignement de Dieu, de sa conversion aux idoles, de sa compromission avec les peuples païens. Juda et Israël, les deux royaumes qui déjà par leur division manifestaient leur péché, ces deux royaumes ont voulu être comme les royaumes de la terre, ils ont cherché des alliances avec leurs voisins, avec les puissances qui les entouraient, au lieu de se reposer sur la Parole du Seigneur, ils ont cherché des moyens humains pour survivre, et ils n'ont pas survécu. Leur impiété, leurs crimes, leur débauche, leur goût des richesses, leur manière d'épuiser les pauvres, toutes choses que les prophètes ont dénoncé sans cesse, tout cela n'a abouti qu'à leur propre destruction. Voilà que maintenant, ce peuple purifié en quelque sorte par l'exil, comme un métal qu'on fait passer au feu, purifié par l'exil, ce peuple revient, comme un petit reste, comme un rien du tout, comme quelque chose de négligeable et n'ayant que peu d'espoir en lui-même.
C'est Dieu qui va rebâtir son peuple. Ce ne sera jamais quelque chose d'aussi glorieux que ce qu'étaient les royaumes de David et de Salomon, le peule juif après l'exil sera toujours un petit peuple, et bientôt d'ailleurs, il subira de nouveau l'oppression des voisins, successivement de la Syrie, de l'Égypte, puis des grecs, puis des romains, et quand nous arriverons à l'époque de Jésus, nous verrons bien que la Judée est occupée par les romains. Et cependant, ce peuple, va survivre à travers cette pauvreté, à travers ses épreuves, ne s'appuyant que sur sa confiance en Dieu, dans le Seigneur. C'est cela qui fera ce peuple de pauvres qui accueillera Jésus, dont Marie, Joseph, Siméon, Zacharie sont des exemples, ce qu'on appelle les "pauvres du Seigneur", ces gens qui dans l'humiliation, dans la misère, attendent un salut qui ne peut venir que de Dieu et Jésus sera la réponse espérée à cette attente.
Je crois que l'Église qui est le nouvel Israël, a eu aussi des époques de gloire, comme du temps de David ou de Salomon, et aussi des époques d'épreuves, de pauvreté, et probablement nous sommes dans une période où l'Église ne peut pas être très triomphante. Mais, sachons que pour nous, comme pour Israël, et plus encore puisque nous sommes l'Israël nouveau, il n'y a d'espérance que dans la confiance en Dieu, c'est Lui qui nous sauve et non pas les forces humaines, ni les chars, ni les chevaux.
AMEN