JUSTICE ET MISÉRICORDE DE DIEU

Ha 3, 2-6+8

(20 octobre 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Ydes : Habacuq enlevé par l'ange

F

rères et sœurs, le texte du prophète Habacuq que nous lisons depuis quelques jours, peut nous paraître étonnant quant à la violence et à la dureté des termes. La violence de Dieu ne nous laisse pas encore présager la pitié du Seigneur, sa miséricorde, sa tendresse, son pardon pour les péchés et les pécheurs. D'une certaine manière, nous sommes un peu, malgré la beauté des images, rebutés par cette présentation de Dieu, comme le déchaînement d'une colère, d'une fureur, même si cette colère est justifiée par le péché des hommes. Nous avons l'habitude en écoutant Jésus, de savoir que Dieu ne tient pas rigueur aux hommes de leurs fautes, et qu'Il est plein de tendresse et de pardon et de pitié. 

       Pourtant, ce serait une erreur de rayer ces textes, comme s'ils appartenaient à une révélation dépassée, comme s'ils n'avaient pas de signification. Si nous regardons unilatéralement à la miséricorde et à la tendresse de Dieu, nous éliminons une partie du mystère, et finalement, l'importance même de cette miséricorde et de cette tendresse. Dieu avant de pardonner, est d'abord celui qui fait justice. Dieu, avant de réconcilier les pécheurs, est d'abord le Saint devant nous ne sommes que péché et obscurité. Dieu est d'abord le garant de la vérité, de l'équité, c'est celui qui rend aux hommes pour la valeur de ce qu'ils font. Et c'est précisément dans la mesure où Dieu est d'abord ce justicier, où Dieu est d'abord celui qui rétablit l'équilibre en punissant le mal, c'est dans la mesure où le péché est une atteinte à l'équilibre de la création, au projet de Dieu, à son dessein, et que de ce fait, ce péché atteignant ainsi le plan de Dieu est comme une injure faite à ce plan créateur, et c'est cela que veut dire la colère de Dieu, il faut que Dieu soit le garant de l'équilibre du monde, il faut que Dieu soit le garant de la vérité et de la justice et n'est qu'à partir de cette conviction que Dieu est d'abord un juge, que nous pourrons comprendre tout l'immensité de l'action de sa miséricorde. Ce juge juste qui vient pour rétablir le droit, voilà qu'Il va nous révéler en Jésus-Christ que sa justice s'exprime au maximum dans la miséricorde. 

       C'est cela le grand mystère. Ce n'est pas seulement que Dieu soit bon. Nous pourrions à la limite, penser qu'il ne joue pas son rôle et qu'il ne fait pas respecter le droit. Nous pourrions penser que cette miséricorde de Dieu est un peu facile et que finalement elle enlève de la gravité à nos fautes, ce n'est pas si grave que cela, puisque Dieu pardonnera de toute façon parce qu'Il nous aime, et de toute façon, Il nous sortira de nos épreuves, et quoique nous fassions, Dieu nous sauvera quand même. Mais c'est précisément parce que Dieu est celui dont la sainteté est éblouissante, qu'il est d'autant plus extraordinaire de penser qu'il va non pas nous condamner, mais nous sauver, non pas nous punir, mais nous pardonner, non pas nous écraser devant sa juste colère, mais finalement nous arracher nous-même à ce mal qui nous dévore, qui gangrène notre vie. C'est justement cette révélation merveilleuse de Dieu chargé de la justice qui finalement choisit de pardonner, de réconcilier, d'absoudre, d'effacer nos fautes. Plus encore, c'est la révélation de la croix, de prendre sur Lui nos fautes. Le mystère de la miséricorde de Dieu est immense parce qu'il ne supprime pas la nécessité de la justice, mais parce que d'une certaine manière, il l'accomplit d'une façon inattendue et d'autant plus merveilleuse. Dieu n'est pas celui qui fait droit au pécheur contre les justes, Il est celui qui accomplit toute justice en réveillant la justice au fond du cœur du pécheur, en éveillant son pardon au milieu même de nos fautes et de nos péchés. 

       Ne faisons pas l'impasse sur cette révélation fondamentale de la justice de Dieu, mais sur fond de cette justice intransigeante et terrible, comprenons à quel point est immense sa Parole de pardon et de miséricorde qui achève de façon inespérée son dessein de tout réconcilier et de tout ramener jusqu'au salut, non seulement ceux qui ont fait le bien, mais même ceux qui font le mal. Dieu veut pardonner en transformant leur cœur. 

 

       AMEN