PAS D'AUTRE SIGNE !
Jon 4, 1-11
(27 octobre 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mozac : le grand plongeon !
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I |
l ne sera pas donné à cette génération d'autre signe que le signe de Jonas". Nous venons d'entendre ces jours-ci la lecture du livre de Jonas. C'est une sorte de petit roman prophétique, avec beaucoup de péripéties, de choses inattendues, l'histoire d'un juif qui croit vraiment à l'élection du peuple juif et qui, tout à coup, reçoit de Dieu la mission d'aller annoncer aux Ninivites la nécessité de se convertir. En bon juif, il considère que les affaires des païens ne le regardent pas et en plus il trouve que c'est dangereux, dangereux pour sa vie car, annoncer la Parole de Dieu n'est pas toujours de tout repos et parce que c'est un peu fatigant.
Ninive est une grande ville puisqu'il faut trois jours pour la parcourir. Jonas a très vite résolu le problème, il considère que ce n'est pas à lui de le faire et au lieu d'aller en direction de Ninive, il s'enfuit loin de Dieu, il prend le bateau et s'en va vers l'Occident, vers Tarsis, c'est l'Espagne. C'est alors que se situe l'événement que nous connaissons bien et que l'on identifie généralement au signe de Jonas. Le Seigneur n'est pas content de la désobéissance de Jonas. Il pense qu'il exagère et il va lui montrer que lorsqu'il donne une mission à quelqu'un, il entend que cette mission soit remplie, surtout quand il s'agit d'annoncer la miséricorde de Dieu et la nécessité de se repentir. Par conséquent, le bateau est pris dans une tempête et les matelots, à qui Jonas a raconté son histoire, parce qu'il a un tout petit peu mauvaise conscience, les matelots décident de le jeter à la mer. Jonas n'est pas détruit car, s'il était détruit à qui pourrait-on confier la mission ? Il est sauvé par un gros poisson qui l'avale, le garde durant trois jours et trois nuits dans son ventre, puis va le vomir sur la grève à proximité de Ninive. Jonas a compris que ce n'était pas le moment de se dérober et il s'en va annoncer la Parole de Dieu à travers la ville. Il prêche la conversion et la repentance et, chose étonnante les païens se convertissent. Immédiatement le roi pense qu'effectivement ils ont été pécheurs et qu'il faut prendre des mesures.
C'est très émouvant car, à Ninive, c'est là une différence entre les païens et les juifs, non seulement les hommes font pénitence, mais aussi tous les animaux. Tout le bétail, les vaches, les cochons, tout le monde fait pénitence et vit sous le sac et la cendre. Voyant cela Dieu a pitié et fait miséricorde. Or Jonas s'est retiré sur une petite colline voisine de la ville et il attende que le feu vengeur du ciel tombe sur les Ninivites, sur ces païens qui l'ont bien mérité puisqu'ils ne connaissent pas le Dieu unique. Et chose curieuse, il n'arrive rien. Alors Jonas se plaint à Dieu : "Pourquoi as-tu tant de miséricorde avec ces païens ? Nous, nous en avons vu d'autres. Tu nous as envoyés en exil mais avec ces païens, tu es beaucoup plus gentil qu'avec ton peuple choisi." Alors, Dieu se met tout à fait en colère car il considère que la réaction de Jonas n'est pas normale. C'est une réaction de jalousie entre frère et sœur : "Il a eu plus que moi !" Comme c'est le désert, Dieu fait pousser un arbuste, un ricin. C'est un arbuste qui pousse très très vite et donne une huile qui n'est pas très bonne. Ce ricin ombrage Jonas pour qu'il ne prenne pas un coup de soleil. C'est une prévenance, une délicatesse de la part de Dieu. Et Jonas, ravi, considère cela comme un dû.
Pour lui faire comprendre que tout est donné et que rien n'est dû, Dieu met un ver dans le ricin qui se dessèche complètement et disparaît presqu'aussi vite qu'il n'est apparu. Alors Jonas râle encore. Il dit à Dieu : "C'est insupportable. Tu m'avais donné un ricin et j'y tenais beaucoup car c'était mon abri contre le soleil du désert et voilà que tu me l'as détruit !" Et Dieu lui dit :"Tu te plains, mais tu es extraordinairement incohérent. Tu te plains que je ne fais pas miséricorde au ricin ni à toi-même mais quand il y a des milliers de gens à Ninive, tu te plains parce que je devrais les tuer ? Alors, il y deux poids et deux mesures ? Où est la miséricorde de Dieu ?"
C'est exactement cela le signe de Jonas. C'est : "Où est la miséricorde de Dieu ?" Est-ce qu'elle est simplement dans nos désirs, dans nos petites catégories, dans notre manière de concevoir les choses et de dire : "Celui-là, on n'a qu'à le supprimer parce que c'est un affreux païen, tandis que moi j'ai droit a tous les égards, a toutes les miséricordes, et à tous les ombrages des ricins de l'univers pour passer mon temps en contemplation au désert en attendant de voir la destruction des Ninivites !" Au fond ce que signifie le "signe de Jonas" c'est qu'à partir du moment où Dieu envoie sa Parole pour faire agir sa miséricorde dans le monde, pour pardonner, pour inciter à la conversion et à la pénitence, il n'y a pas de dureté de cœur qui doive résister.
Jonas, il a résisté au moment où il était appelé. Ensuite, Dieu l'a récupéré par le gros poisson. Ensuite, il a encore fait des manières parce qu'il n'était pas content que les Ninivites soient sauvés par sa prédication. Et à ce moment-là Dieu lui a fait encore comprendre qu'Il n'était que miséricorde. Et c'est précisément cela que le Christ disait au milieu de cette génération. Au fond, c'était des espèces de Jonas qu'Il avait autour de Lui, et qui ne comprenaient pas leur rôle, leur fonction et leur mission. Si le peuple juif a été choisi, c'était pour être le héraut de la miséricorde de Dieu. Et si le Christ était au milieu d'eux c'était pour annoncer que cette miséricorde de Dieu irait jusqu'au bout. Et c'est cela qu'ils n'ont pas voulu entendre, c'est cela qu'ils n'ont pas voulu comprendre.
C'est pourquoi le signe de Jonas c'est d'abord le signe de la miséricorde qui est proposé au milieu d'un peuple et quoi qu'il arrive même si l'on met à mort le Fils de l'Homme, même s'il est enfermé dans la terre comme Jonas dans le ventre du monstre. En réalité, la proposition d'amour et de miséricorde re-surgira de la mort. La miséricorde, et le projet de conversion que Dieu a pour chaque homme, re-surgira au matin de Pâques. C'est cela le signe de Jonas. C'est le signe que la proposition de la miséricorde de Dieu ne se laisse démonter par rien.
C'est cela même que nous devons essayer, de plus en plus, de comprendre dans notre propre vie. Car, nous avons à être pour nous-mêmes d'abord, des témoins inlassables de la miséricorde de Dieu qui sans cesse nous appelle, sans cesse veut que nous changions notre cœur. Et, à travers cet effort de conversion permanente, que nous soyons aussi, au milieu de ceux qui ne croient pas, qui n'en ont jamais entendu parler des témoins de cette miséricorde de Dieu. Et, qui sait, ils se convertiront peut-être plus facilement que nous.
AMEN