LA DIVINE SURPRISE

Jl 2, 23-24 + 26-27 ; Mc 10, 17-22

(18 juin 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le banquet messianique

F

rères et sœurs, la théologie exposée par Joël va façonner toute la théologie des derniers temps dans la théologie chrétienne, à la fois destruction et anéantissement du monde et en même temps renouveau de quelque chose d'inattendu et d'imprévisible qui va surgir. C'est la première fois qu'un prophète développe la fin du monde comme une divine surprise. Cela change radicalement la donne, non seulement dans la première phase de destruction, mais aussi dans la phase de restauration.

D'autres prophètes utiliseront cette théologie. Mais quand ils vont dire que les choses vont aller mieux, ils parlent du culte au temple, et chez Joël, ce n'est pas du tout ce registre-là. Joël est un cas un peu unique, au lieu de dire que tout le monde va redevenir pieux, il dit que cela sera une véritable orgie : "Terre ne crains plus, jubile, sois dans l'allégresse, bêtes des champs ne craignez plus car les landes ont reverdi, les arbres portent des fruits et les figuiers donnent leur richesse". Le redémarrage du jour de Dieu à partir de cet épisode catastrophique des sauterelles, c'est un redémarrage fantastique et il sera une nouvelle régulation climatologique. Quand les sauterelles sont venues, c'était sans doute un moment de sécheresse, mais maintenant, Dieu va donner la pluie d'automne, et celle de printemps comme jadis. Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d'huile fraîche. C'est la première fois qu'on donne une perspective de festin messianique : le jour de Dieu sera un festin messianique.

Cela se termine par : "Vous mangerez tout votre saoul, à satiété, vous louerez le nom du Seigneur qui aura accompli pour vous des merveilles, vous ne connaîtrez plus jamais la honte". Au milieu de ce banquet qui n'a pas lieu au temple, ni à Jérusalem : "Vous saurez que je suis au milieu d'Israël que je suis le Seigneur votre Dieu sans égal. Mon peuple ne connaîtra plus jamais la honte". C'est l'ébauche de ce que sera le jour de Dieu. Ce ne sera pas simplement le jour où Dieu transforme les données de l'histoire, c'est le jour où Dieu est présent, totalement, pleinement parmi son peuple, le peuple n'a plus rien à craindre, il peut boire et manger à satiété et il connaît son Seigneur, il est rempli de la plénitude du bonheur de Dieu.

C'est une médiation sur la fin, non pas de l'histoire au sens de la fin de toute fin, mais une méditation sur l'histoire comme lieu de surgissement d'un jour qui transforme totalement et que l'on appellera plus tard la fin. Mais pour Joël, c'est un jour qui va surgir maintenant. Les auteurs du Nouveau Testament se sont servis de Joël parce qu'il avait une vision beaucoup plus large que le culte au temple pour dire ce qu'était l'arrivée de la présence de Dieu par la résurrection du Christ.

 

AMEN