L'EXERCICE DU POUVOIR
Dn 6, 17-28 ; Mc 10, 13-16
(15 juin 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Arles : Daniel dans la fosse aux lions
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rères et sœurs, hier en expliquant le festin de Balthazar, je vous ai dit que ce petit livre de Daniel en apparence un peu merveilleux, un enchaînement d'histoires presque comme des contes de fées était en réalité une méditation, un traité politique sur les conditions de la liberté religieuse. En effet, les juifs et l'auteur qui écrit ce livre sous le nom de Daniel essaient de réfléchir, à une époque où ils sont opprimés et oppressés par les souverains d'Antioche, essaient de réfléchir pour savoir comment on peut vivre sa foi religieuse dans un contexte d'oppression politique. Le récit de Balthazar nous expliquait comment quand le roi touchait à la liberté religieuse, c'était le châtiment divin qui se déchaînait contre lui parce qu'il empêchait les juifs de réaliser leur véritable vocation, de peuple voué à la louange de Dieu.
Mais il y a parfois des problèmes plus compliqués que cela. Le récit de Daniel dans la fosse aux lions est précisément un récit assez subtil. La problématique est celle-ci. Quand l'autorité politique avance un décret qui touche à la liberté religieuse, est-ce que cela vient du roi ou est-ce que cela vient d'ailleurs ? C'est l'astuce de ce petit récit de Daniel dans la fosse aux lions. Le roi qui est Darius, un Perse, et les Perses ont toujours été considérés comme favorables (ce n'est pas comme avec l'Iran aujourd'hui), les Perses étaient considérés comme favorables à la restauration d'Israël et ici, on explique clairement que Darius, le souverain Perse était ami de Daniel et donc favorable à la religion juive. Seulement, il est arrivé de qui devait arriver. Une intrigue de courtisans qui voulant viser la liberté que prenait Daniel du point de vue de sa religion, demande au roi de signer un décret sans savoir ce qu'il va faire. Cela me rappelle l'histoire d'un cardinal italien, qui à propos d'une condamnation idiote dit pour s'excuser : autrefois quand j'étais jeune j'écrivais les lettres et je ne les signais pas, maintenant, que je suis cardinal je signe les lettres et je ne les lis pas ! C'est à peu près cela le roi Darius, c'est effectivement quelqu'un qui normalement est ami de Daniel et voudrait son bien et le bien de la religion juive qu'il représente, mais simplement, les courtisans, l'administration font tout pour mettre les bâtons dans les roues et pour opprimer Daniel.
Ce petit récit a sans doute son utilité pour les juifs de l'époque, sans doute vers les années 160-150, pour leur dire : attention, lorsqu'un décret ou lorsque des coutumes sont imposés, cela ne vient pas nécessairement de l'autorité supérieure. Cela peut venir simplement des intermédiaires et des administratifs.
Je ne pense pas que les empires perses soient meilleurs que notre pauvre pays par son administration défaillante, mais c'est un regard assez lucide sur les conditions de l'exercice du pouvoir. Il n'est pas dit que le pouvoir veuille explicitement la ruine de la religion d'Israël, elle peut venir d'ailleurs. Donc, il faut lire ce texte avec un brin d'humour : les mécaniques entre les rapports du pouvoir politique et le pouvoir religieux sont beaucoup plus complexes que nous pourrions l'imaginer. Il peut arriver à certains moments que le roi n'en sache rien. Et c'est tellement vrai que le pauvre roi, au moment où il se sent coincé quand les gens lui disent : tu as fait la loi, donc tu dois obéir toi-même à ta loi, en réalité, Darius va jeûner, ne dort pas de la nuit en pensant que Daniel va être déchiqueté par les lions. C'est pour cela que le lendemain, il opère le juste châtiment nécessaire : ceux qui ont monté le complot contre Daniel vont devenir la nourriture des lions.
Nous ne sommes plus dans la fosse aux lions. Je pense qu'aujourd'hui il y a un pouvoir quand même un peu régulateur à travers la presse qui empêche l'arbitraire soit du pouvoir au plus haut sommet, soit des interférences administratives. C'est vrai quand même que cela nous invite à regarder avec un certain esprit critique ce qui à certains moments peut être vécu comme une oppression ou une limite dans la liberté religieuse, et qui peut venir de plusieurs endroits, non pas uniquement du pouvoir politique, mais tout simplement de l'organisation de la société.
AMEN