LE FILS DE L'HOMME QUAND IL VIENDRA
Dn 10, 16-19
(27 octobre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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a vision du livre de Daniel que nous venons d'entendre est la conclusion de la célèbre vision du Fils de l'Homme, de ce personnage mystérieux que Daniel voit alors qu'il est encore en captivité à Babylone sous le roi Cyrus, dont la tradition a retenu surtout qu'il était un roi libérateur qui avait permis à Israël exilé de revenir sur sa terre, à Jérusalem pour y retrouver son unité et son existence nationale.
Cette vision affirme simplement la présence d'un "fils d'homme." Qu'est-ce que cela signifie ? C'est sans doute un des textes prophétiques qui annonce le plus profondément le mystère de l'Incarnation. A travers toute cette vision, c'est la destinée d'Israël qui est en cause. Israël est perdu, la captivité en est le symbole. Le peuple est dispersé, il n'a plus qu'un représentant qui n'est qu'un prophète. D'ailleurs il n'y a plus ni roi, ni prêtre. Il est apparemment démuni de tout, mais ce n'est pas du prophète lui-même que vient le secours, c'est de la vision du Fils de l'Homme. Cela veut dire que, au cœur même de ce désarroi, Dieu vient, prend racine, se manifeste et sauve. A travers simplement la vision qui est un monde céleste, l'irruption de l'étranger à l'intérieur du monde familier dans lequel se déroule l'existence des déportés, c'est le mystère même de L'Incarnation qui est ainsi évoqué.
Pour nous, aujourd'hui, c'est la même chose. Nous vivons dans ce même pays ce mystère de déportation, car nous sommes loin de Dieu à cause de notre péché, dans ce pays de dispersion car nous n'avons pas encore en nous-mêmes, dans notre propre histoire, dans nos communautés chrétiennes, la parfaite unité que le Christ veut pour son Église. Et au cœur même de cela, il y a toujours la vision du Fils de l'Homme, comme Celui qui vient. Or il est significatif que la conclusion de cette vision nous montre un prophète complètement désemparé. Lui qui a reçu la clé de la situation d'Israël dont il est le témoin, c'est-à-dire une situation en apparence désespérée mais déjà secrètement portée par la présence du Fils de l'Homme au cœur même de l'histoire, lui-même avoue que son cœur est dans l'angoisse et qu'il ne sait plus ce qu'il doit faire.
La présence du Fils de l'Homme au cœur même de la destinée de son peuple ne donne pas au prophète une sorte de supériorité. Au contraire, elle manifeste qu'il est totalement solidaire de la détresse de ses frères et qu'il partage leur dénuement radical. Mais, et c'est là le sens de la vision que nous venons de lire, à ce moment-là, pour Daniel la vision se manifeste et lui dit simplement : "Ne crains point, homme des prédilections ou homme de désir ! Paix à toi, prends force et prends courage !" Ceci est extraordinaire. La force du prophète ne viendra pas de lui-même. Il n'a pas été simplement réconforté psychologiquement, mais la force du prophète vient de sa vision.
C'est aussi le mystère même de notre propre existence. Nous sommes le peuple des témoins, de ceux qui croient à la vision du Fils de l'Homme, non pas comme une vision éthérée, mais comme Dieu venu dans la chair. Mais ce n'est pas pour autant que, humainement, nous serions plus courageux ou plus forts que les autres. Malheur à nous si nous allons puiser notre force ailleurs que dans celle que la vision veut nous donner et qui s'appelle la grâce. Si donc la vision du Fils de l'Homme a comme cet appendice et ce supplément, après s'être manifestée comme le cœur de l'histoire, c'est pour manifester au prophète et pour nous manifester à nous que, quelle que soit notre place dans l'Église, à nous qui, par grâce, avons reçu depuis notre baptême la vision du Fils de l'Homme, c'est-à-dire cette certitude dans la foi que le Christ mort et ressuscité habite le cœur même de nos histoires et l'histoire de chacun de nos frères, il faut qu'au cœur même de cette certitude et de cette conviction la force que nous avons de la proclamer et d'en vivre ne vienne pas de nous comme si la foi chrétienne était comme une sorte de supplément de force humaine, mais tout simplement que nous acceptions que la puissance de la grâce agisse en nous et que notre propre force ne vienne que de Dieu seul, par son Fils Jésus-Christ, le Fils de l'Homme.
AMEN