L'UNITÉ DE LA PERSONNE DANS LA MALADIE
Ez 37, 15-19+22+24-28
(26 septembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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rères et sœurs, puisque nous fêtons Côme et Damien, qu'on nous présente comme médecins, que beaucoup de guérisons se sont accomplies sur leur tombe, je voudrais vous parler de la dimension spirituelle de toute maladie, la dimension spirituelle de toute affection qui nous atteint quand notre corps est malade.
Dans le premier texte d'Ézéchiel, on parle de conjoindre deux bois, le bois de Joseph, le bois de Juda, pour les réunir sous un seul chef. Notre existence est en quelque sorte constitué sous un seul chef, la personne que nous formons dans ces deux dimensions de notre corps et de notre esprit, ces deux dimensions que l'on ne peut pas séparer. La preuve qu'on ne peut pas séparer la dimension corporelle de notre dimension spirituelle, c'est la maladie. La maladie montre bien, et les anciens peut-être le saisissaient mieux que nous, parce qu'aujourd'hui on a énormément développé la médecine et c'est très bien, mais c'est moins vrai maintenant, une médecine qui a seulement envisagé le corps de la personne, seulement envisagé le corps comme une mécanique. Je parle des excès d'une certaine médecine qui a simplement voulu envisager le corps comme une mécanique. Aujourd'hui, on ne l'envisage plus de cette façon. Aujourd'hui, on n'envisage plus de traiter une maladie simplement en envisageant le corps comme une mécanique. Aujourd'hui, on envisage davantage la personne tout entière, parce qu'on se rend bien compte de l'importance du moral par exemple dans la guérison, on s'aperçoit de l'importance de l'entourage, du lieu, de la manière dont on donne les soins. Autrefois, on distinguait moins, mais aujourd'hui, peut-être aussi grâce à l'importance des soins palliatifs, qui vous le savez, se développent beaucoup et envisagent la totalité de la personne. Aujourd'hui, on conjoint davantage la dimension corporelle et la dimension spirituelle, on ne les sépare plus avec une frontière très tranchée. Il est bien évident que la maladie a des répercussions spirituelles. La personne se sent diminuée, la personne parfois est confrontée à des tentations, la personne malade est confrontée à des épreuves morales, physiques spirituelles. La personne malade aussi confrontée à des difficultés de communication qui tiennent à sa maladie, à des difficultés d'expression, à des difficultés de traduire exactement ce qu'elle veut, et la personne malade fait aussi l'expérience de sa finitude de sa faiblesse.
Je crois que c'est là que s'intercale très profondément ce que la foi chrétienne peut apporter justement au malade en rejoignant cette dimension spirituelle, cette dimension que l'on ignore de moins en moins. Là s'inscrit très bien la visite aux malades, la communion aux malades, et d'une manière particulière, le sacrement des malades, qui n'est pas un sacrement réservé aux derniers moments, qui n'est pas un sacrement réservé à la mort, à la préparation immédiate de la mort, comme on l'a trop souvent présenté : l'extrême-onction. C'est au contraire un sacrement qui s'inscrit dans la démarche de guérison, de réconfort de la personne, parce que la personne n'est pas simplement un corps, mais qu'elle est une personne qui conjoint en elle-même la dimension corporelle et la dimension spirituelle. Et là, je crois que le sacrement des malades a une réelle efficacité, mais aussi une réelle signification. Si on comprend bien cette articulation qui est parfois difficile à saisir, c'est essentiel pour proposer ce sacrement et pour qu'on n'appelle pas un prêtre quand il est trop tard, parce qu'on a tellement peur de donner ce sacrement qu'on attend que la personne soit décédée pour appeler le prêtre. Cela procède de quelque chose qui n'est pas saisi encore de la compréhension du malade comme un corps et un esprit.
Soyons donc attentifs dans notre entourage, soyons attentifs dans nos relations, autour des personnes qui sont malades. N'hésitons pas à poser justement ces gestes auxquels le Seigneur nous convie, pour être à notre tour, des petits Côme et des petits Damien auprès de nos frères et sœurs malades.
AMEN