L'ESPRIT QUI DONNE VIE

Ez 37, 1-10

(23 septembre 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

L

'Esprit est toujours lié, le souffle est toujours lié déjà dans l'Ancien Testament, à la communication de vie. Cet esprit qui plane sur le chaos initial, cet Esprit qui va participer dans le souffle de Dieu  à cette harmonisation du chaos pour en faire un cosmos. Cet Esprit qui est soufflé par Dieu sur Adam, sur la terre rouge, adama, cet Esprit qui donne vie à cette terre. Cet Esprit qui est lié aussi à certains hommes comme les rois, même les ouvriers du sanctuaire. 

        Cet Esprit qui repose d'une manière singulière sur le Messie, cet Esprit est lié dans le texte que nous avons entendu en première lecture à cette communication de vie. La vision d'Ézéchiel au chapitre trente septième, c'est cet homme qui est conduit par l'Esprit au milieu d'une vallée, une vallée couverte d'ossements desséchés. Et l'Esprit enjoint à cet homme de prophétiser sur ces ossements et les ossements se rapprochent, la chair se tend à nouveau, les nerfs se positionnent, il y a comme une sorte de danse macabre à l'envers ou de reconstruction de l'être, mais il n'y a pas encore de vie. 

       Dans un deuxième temps, le prophète va prophétiser à l'Esprit, ces ossements vont se dresser, et la vie va venir à nouveau saisir ces ossements. C'est une très belle vision d'une résurrection comme annoncée à l'avance. Je crois que ce texte nous apprend quelque chose de fondamental. C'est que la vie, on la reçoit d'un autre, que nous ne sommes pas à nous-mêmes notre immortalité. En nous-mêmes, nous ne pouvons pas trouver les ressources nécessaires pour parvenir à l'immortalité, cette immortalité, on la reçoit de quelqu'un d'autre qui lui, forcément, est immortel. C'est le sens de cette vision. 

       Certes, on peut prolonger son existence dans ses enfants, ses petits enfants, il y a l'effort permanent de l'humanité pour se poursuivre dans les enfants, dans la vie qui est donnée, mais si l'on se poursuit dans ses enfants, dans ses petits enfants, il y a l'irréductible d'une personne qui ne peut plus advenir puisque la mort a fait son œuvre. On peut se poursuivre aussi par une œuvre, on peut se poursuivre comme Mozart, Bach, ou tous les autres se sont poursuivis à travers une œuvre qui est encore jouée, admirée et applaudie. Mais Mozart n'est plus là pour nous l'expliquer, Bach n'est plus là non plus pour jouer. Il y a quelque chose qui est signifié d'une incapacité à survivre par nous-mêmes. 

       C'est peut-être pour cela que saint Paul relie la mort au péché : "le salaire du péché, c'est la mort". Qu'est-ce que le péché ? qu'est-ce qu'être pécheur ? C'est vouloir vivre en autarcie. C'est vouloir être à soi-même son centre, être à soi-même son principe de vie.  A travers la mort, il y a cette incapacité qui est signifiée. Non, nous recevons et c'est déjà le message de ce texte, nous recevons la vie d'un autre. Nous la recevons d'un autre qui forcément est immortel, et nous recevons la vie d'un autre qui, forcément nous aime, parce que seul l'amour qui est cette capacité infinie de don, seul l'amour peut donner la vie. Seul l'amour a assez de force pour ressusciter des morts, seul l'amour a cette capacité en lui de faire advenir à la vie. 

       Déjà est signifiée dans cette vision d'Ézéchiel, la résurrection du Sauveur, de celui qui va recevoir la vie de son Père, de ce corps qui va se laisser imprégner par l'Esprit  Saint pour ressusciter et nous entraîner tous avec lui. C'est peut-être pour cela que le Chris ayant reçu en lui ce principe de vie, par sa résurrection, souffle sur ses apôtres pour leur transmettre cette vie. Dans saint Jean, après la résurrection, le Christ prophétise sur les ossements que nous sommes, pour les faire advenir à la vie, cette vie que nous étions incapables de recevoir par nous-mêmes ou de nous attribuer par nous-mêmes. Il prophétise sur nous pour transmettre cet Esprit de vie, de don. 

 

       AMEN