LE RÊVE DES TROIS ARBRES
Ez 31, 1-13
(31 août 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ans cet oracle d'Ézéchiel, contre l'Égypte, il y a aujourd'hui la comparaison de l'Égypte avec un arbre, un cèdre. Un cèdre du Liban, immense, aux branchages magnifiques, un cèdre qui dépasse de sa taille tous les autres arbres, un cèdre qui se déploie dans une multitude de surgeons, qui compte des branches très abondantes, très nombreuses, et une certaine beauté. Il y a des racines aussi qui sont à la mesure des branches.
Mais voilà, il n'y a pas d'avenir pour cette construction magnifique, car le Seigneur va agir, et va livrer cet arbre à la méchanceté des nations, cet arbre va être coupé et abandonné. Une construction magnifique, quelque chose qui surpasse toutes les autres nations, mais qui va être coupé pour être réduit à rien. Cela me rappelle une petite comparaison des trois arbres. J'imagine dans cette comparaison, le rêve de trois arbres. Le premier arbre rêve d'être un écrin pour contenir une pierre très précieuse, de grand prix, une sorte d'écrin en bois de cèdre. Le deuxième arbre rêve d'être un totem placé au sommet d'une montagne, une sorte de phare qui domine les nations, vers lequel se tournent toutes les nations. Et le troisième arbre rêve d'être un mât de bateau pour courir les mers et visiter tous les pays du monde.
Et voilà que le rêve est brisé parce que l'arbre est coupé. N'y a-t-il plus d'avenir pour ces arbres ? En est-ce fini de ces rêves magnifiques ? Non, car si l'on suit la logique de l'évangile, il faut passer par une taille, pour parvenir à un rêve plus grand. C'est la logique de la Pâque, c'est la logique de la mort et de la Résurrection.
Le premier arbre, celui qui rêve d'être un écrin pour une pierre précieuse, taillé, il devient une humble mangeoire, pour recevoir l'Enfant qu'une femme, une nuit de Noël, va déposer dans la crèche. Il devient cet écrin magnifique de Bethléem. Il devient cet écrin qui porte plus que le plus beau de tous les diamants.
Le mât qui rêvait d'être un totem, il est taillé et son rêve disparaît puisqu'il devient l'instrument d'un supplice, il devient une croix, sur laquelle gît un homme entouré par deux brigands. Un homme insulté, un homme méprisé, la croix devient ce signe dressé sur l'humble colline du Golgotha vers laquelle se tournent toutes les nations. Et son rêve se réalise à un point infini.
Le troisième arbre rêvait d'être un navire pour courir le monde, et il devient l'humble mât d'une barque, avec des pêcheurs dessus, qui jettent le filet là où on leur dit de jeter le filet, des pêcheurs qui font des pêches miraculeuses après une nuit où ils n'ont rien pris.
Cette petite métaphore des trois arbres nous aide à comprendre que tous nos projets d'orgueil, et l'Égypte symbolise l'orgueil des nations, tous nos projets pharaoniques doivent passer par la taille, doivent passer par l'humilité de l'évangile. Ils doivent être en quelque sorte comme concassés par cette langue de l'évangile, cette parole de l'évangile, pour parvenir au véritable rêve que Dieu a sur nous. Un rêve que nous sommes incapables d'imaginer, mais que le Seigneur accomplit.
AMEN