DOUCEUR ET AMERTUME DE LA PAROLE DE DIEU
Ez 2, 8-3, 3
(15 juin 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, les deux textes que nous venons d'entendre n'ont pas été choisis pour se correspondre l'un à l'autre, et pourtant, il y entre eux une unité profonde.
Commençons par Ézéchiel, c'est une magnifique parabole de notre rapport à la Parole de Dieu. La Parole de Dieu, le livre qui est présenté par le Seigneur à Ézéchiel, nous devons le dévorer, le manger. Nous devons manger cette Parole de Dieu pour que, comme l'aliment qui devient notre propre chair, cette Parole de Dieu transforme de l'intérieur notre propre substance, que nous devenions d'une certaine manière, identiques à cette Parole, qu'elle soit l'être profond de notre vie. C'est pourquoi Ézéchiel va prendre le livre que Dieu lui tend, le manger, s'en nourrir, et nous dit le prophète : ce livre va devenir dans sa bouche doux comme le miel. C'est la joie que nous avons à lire, comprendre, assimiler cette Parole de Dieu qui est la lumière de notre cœur. Pourtant, il y a dans ce texte d'Ézéchiel, une notation qui semble contredire cette douceur du miel que la Parole a dans notre bouche, car il nous est dit qu'avant qu'Ézéchiel dévore cette Parole, Dieu déploie devant lui le livre et il y était écrit : lamentations, gémissements et plaintes. Cette Parole de Dieu n'est donc pas une révélation idyllique qui pourrait nous remplir d'un bonheur sans partage, mystérieusement, cette Parole de Dieu nous annonce des plaintes, des gémissements, des lamentations.
C'est la raison pour laquelle dans l'Apocalypse, saint Jean reprend cette image d'Ézéchiel, car le voyant de l'Apocalypse lui aussi est invité à manger un livre, mais, s'il nous est bien dit comme dans Ézéchiel que ce livre a la douceur du miel dans la bouche, par contre, on ajoute qu'il remplit les entrailles de Jean d'amertume. Il y a donc dans cette Parole de Dieu, à la fois la joie de notre cœur, la révélation du bonheur, et en même temps quelque chose de terrible, quelque chose de grave, qui alors a la saveur de l'amertume.
L'évangile nous éclaire sans doute sur ce point, car, quelle est la révélation qui nous est dite dans cette page d'évangile ? C'est Jésus qui, pour la deuxième fois, va annoncer à ses disciples, et c'est pourquoi Il les prend à part, car cette annonce est grave, mystérieuse et difficile à porter, Il va leur annoncer sa Passion : "Le Fils de l'Homme doit être livré aux mains des hommes et ils le tueront. Mais quand Il aura été tué, le troisième jour, Il ressuscitera". Il y a donc tout à la fois, pleurs, lamentations, gémissements, et puis, cette douceur du miel ensuite qui va envahir notre cœur, car c'est par la mort que le Christ va nous apporter la paix, la joie et le salut. C'est en passant par les épreuves et les souffrances que le Christ nous a donné la vie. C'est le grand mystère de la Pâque du Christ, ce passage par la mort pour aller à la vie et les disciples ne comprennent pas et d'ailleurs, nous non plus. Qui peut comprendre un tel mystère ? Sans cesse nous buterons contre cette difficulté qui nous est difficile à assimiler: c'est en mourant qu'on trouve la vie, le Christ, c'est par sa mort et sa croix qu'Il nous a donné sa résurrection.
Jésus continue en manifestant que ce passage par la souffrance et par la mort qui conduit à la vie, et qu'Il va connaître à Jérusalem, c'est aussi ce qui nous est proposé. A nous aussi, il faut que nous acceptions d'être dépouillés pour que nous puissions entrer dans la gloire de Dieu. Jésus va prendre prétexte de la discussion un peu enfantine, un peu puérile des disciples entre eux : "Qui est le plus grand ?" Jésus leur dit, il ne s'agit pas d'ambition, il ne s'agit pas de promotion, il ne s'agit pas de privilège, il ne s'agit pas d'avoir plus de pouvoir les uns que les autres, dans l'évangile, celui qui veut être le plus grand, doit se faire le plus petit et le dernier. C'est ce que le Christ a voulu en acceptant l'humiliation, l'écrasement, et cette destruction de la croix. Jésus a accepté d'être le dernier, de n'être plus rien, pour être le sauveur. Si vous voulez être le premier dans le Royaume de Dieu, dans l'évangile, il faut accepter d'être le dernier. Et Jésus prendra comme exemple ce petit enfant, qui, à l'époque était négligé, regardé comme ayant peu d'importance, seuls les adultes méritaient qu'on s'occupe d'eux, les enfants étaient quantité négligeable, Il prend cet enfant, Il l'embrasse et Il leur dit : "Si vous voulez m'accueillir, il faut accueillir d'abord les petits, les enfants. Celui qui accueille un enfant en mon nom, c'est moi qu'il accueille et si vous m'accueillez dans mon humiliation et dans ma Pâque, dans ma croix, c'est le Père qui m'a envoyé, que vous accueillez".
Tout le mystère de l'évangile et de la Pâque du Christ nous est ainsi concentré dans ces quelques paroles et nous n'en finirons pas, comme les disciples de nous laisser pénétrer par cette Parole de Dieu qui est à la fois amère, et en même temps pleine de douceur. A nous de comprendre : "Qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende".
AMEN