DIEU SAUVE SON PEUPLE

Ez 2, 1-7

(14 juin 2005)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L

a gloire du Seigneur apparaît à Ézéchiel, et elle lui dit : "Fils d'homme, tiens-toi debout, je vais te parler". L'Esprit rentre dans Ézéchiel et commence à lui récapituler l'histoire d'Israël à travers un mot : la révolte. 

Quelle est donc cette révolte dont l'Esprit parle par la bouche d'Ézéchiel ? A quoi fait-il allusion? La révolte dont il est question dans ce passage nous renvoie à la relation d'enfance qu'Israël a avec Dieu son Père. Notre vie spirituelle est comparable à cette croissance de l'homme qui part du petit bébé et qui passe par l'enfance, fait sa crise d'adolescence et finit par devenir adulte. La vie spirituelle est comparable à cette image de la croissance. Ici, Ézéchiel fait allusion à tout l'épisode du peuple d'Israël qui se comporte comme un petit enfant vis-à-vis de son père dans le désert. La révolte d'Israël vis-à-vis de Dieu correspond à cette manière dont les enfants ont, de geindre, de pleurer et de venir agacer leurs parents. Cette révolte fait allusion à la fois au désir d'indépendance qu'ont les enfants et qui, face aux premiers problèmes, viennent se réfugier dans les bras des parents pour que les parents trouvent la solution aux problèmes des enfants. Israël, comme des enfants vis-à-vis de leurs parents, Israël vient exaspérer Dieu. Il suffit pour s'en rendre compte de reprendre des passages très beaux dans le livre des Juges, où Israël énerve Dieu, les envahisseurs viennent, Israël crie vers son Seigneur, le Seigneur envoie un juge, Israël gagne contre les méchants, mais Israël retombe dans le péché, les envahisseurs reviennent, Israël crie vers Dieu, Dieu envoie un nouveau juge, etc … Israël a l'impression que quoi qu'il fasse, Dieu viendra toujours à son secours, un petit peu comme l'enfant qui pense que de toute manière, il peut compter sur l'amour inébranlable de ses parents, que même s'il est absolument insupportable et qu'il fait les pires turpitudes, il sait que ses parents viendront toujours le chercher au poste de police ou ailleurs. 

       Mais à un moment donné, ça casse, parce que face à Nabuchodonosor, les juifs pensent encore que Dieu va encore les sauver, ce n'est pas si grave que cela. Ce roi vient pour détruire Israël, pour les faire prisonniers, mais de toute façon, de toute éternité Dieu est toujours venu sauver son peuple, donc, pourquoi ne viendrait-Il pas encore les sauver ? Or, il se trouve que cette fois-ci, Dieu ne rentre pas nécessairement dans le jeu d'Israël, car la pédagogie de Dieu n'est pas de venir toujours récupérer les morceaux, et qu'il est peut-être parfois nécessaire pour nous-mêmes que Dieu nous laisse un peu dans nos problèmes, nos doutes. D'une certaine manière l'image que nous avons de Dieu est plate face à ce doute. C'est cela qu'Ézéchiel va devoir faire à ce moment-là. 

       C'est vrai que dans les deux passages que nous avons lu aujourd'hui, que ce soit dans Ézéchiel ou dans l'évangile, sont des passages extrêmement durs. Dieu se montre tellement intraitable qu'on pourrait se demander où est la place du libre arbitre : que vous écoutiez ou que vous n'écoutiez pas, de toute manière, c'est pareil. C'est pareil, parce qu'effectivement, qu'Israël écoute ou n'écoute pas, Israël écoutera bien seulement ce qu'il veut écouter, c'est-à-dire, ce que je disais tout à l'heure : Dieu viendra encore nous sauver, et puis, voilà ! Ce que nous lisons actuellement, c'est un grand tournant dans la théologie d'Israël et dans le rapport du peuple avec Dieu. Ce grand tournant annonce même d'une certaine manière l'évangile et la venue de Dieu parmi les hommes, car l'évangile, exactement comme Dieu qui se révèle à Ézéchiel dans ce passage-là, Ézéchiel annonce le Christ : "Tu leur diras tout ce que j'ai à leur dire, mais de toute manière, ils ne t'écouteront pas. Mais, quoiqu'il arrive, tu tiendras bon et tu durciras ta face". J'ai envie de dire, comme Jésus quelques siècles après qui va durcir sa face devant Jérusalem quelque temps avant son arrestation et sa Passion, déjà Ézéchiel doit faire ce travail en tant que prophète. La grande liberté que Dieu donne à Ézéchiel, annonce la grande liberté de Jésus parmi les hommes, qui ne se laisse jamais prendre au jeu et qui ne faiblit jamais devant les enfantillages des hommes qui le somment de se montrer comme un Dieu "papa gâteau", qui vient là pour régler tous les problèmes. 

       Frères et sœurs, que ce livre d'Ézéchiel qui prépare déjà l'évangile dans cette arrivée d'un Dieu libre parmi les hommes et qui annoncera les paroles qu'on n'écoutera pas (ce qui d'ailleurs est encore le cas actuellement), qu'Ézéchiel soit pour nous l'occasion de nous rappeler que Dieu est un Dieu sauveur mais qui n'est pas là pour nous sauver de nos petites histoires, mais au contraire qu'Il est capable de nous aider dans l'adversité, dans la peur, dans le trouble afin justement de se révéler totalement comme Dieu. 

 

       AMEN