LE CŒUR DE JESUS

Ez 34, 11-16

(15 juin 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, dans l'Ancien Testament, nous trouvons déjà cette image du cœur de Dieu pour signifier que malgré l'immense distance qui nous sépare de celui qui est notre Créateur, la source infinie de toutes choses, ce Dieu qui nous a créés est un Père et son cœur, c'est cet amour, cette tendresse qu'il a pour nous. Déjà le prophète Ézéchiel montrait avec quelle attention Dieu se penche sur chacun de nous, pour guérir celui qui est malade, pour panser celui qui est blessé, pour prendre soin de celui qui est bien-portant. 

       Le cœur de Dieu, c'est donc ce cœur paternel, plein de douceur, cet amour plein d'attention pour chacun d'entre nous dont le prophète Osée que nous lisions  hier soir aux Vigiles, disait : "Je me penchais sur eux pour leur apprendre à marcher, je les prenais dans mes bras, je les tenais tout contre ma joue, je les attachais à moi avec des liens d'amour". Ce Dieu de tendresse  a été conduit par son amour pour nous jusqu'à l'extrême, jusqu'à venir à notre rencontre, se faire l'un de nous, se faire homme comme nous, c'est l'Incarnation du Fils de Dieu qui est devenu Jésus le Christ. 

       Cet amour de Dieu, ce cœur de Dieu rempli de douceur et de miséricorde à notre égard, a traduit cet amour infini, cet amour divin, en un amour humain. C'est cela la fête du cœur de Jésus. C'est un cœur d'homme qui est en même temps le cœur de Dieu, un amour infiniment proche qui a en lui toute la vitalité, toute l'infinie tendresse et miséricorde du cœur de Dieu. S'approcher de Jésus, c'est découvrir en lui tout le mystère de ce Dieu d'amour qui nous a créé par amour, qui veut nous sauver et nous reconduire dans la joie de cet amour. Car ce cœur d'homme qui bat au rythme du cœur de Dieu a conduit Jésus à nous donner jusqu'à sa vie, et il "n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". C'est pourquoi ce cœur de Jésus, rempli de l'amour de Dieu, qui nous le manifeste et nous le traduit, ce cœur de Jésus l'a conduit jusqu'à la croix, jusqu'à tout donner pour nous, sa vie, sa mort, sa résurrection. Car "l'amour est fort comme la mort ", nous le chantions tout à l'heure, et si Jésus accepté de mourir sur la croix par amour pour nous, cet amour plus fort que la mort l'a ressuscité. 

       Fêter le cœur de Jésus, c'est fêter ce don infini de Jésus sur la croix, c'est fêter aussi cette victoire de l'amour. Nous croyons en l'amour parce que Dieu est amour et par conséquent, nous ne croyons pas que la force, la violence, la haine, l'injustice, la jalousie puissent  l'emporter, même si notre monde est traversé par ces haines et ces violences, nous croyons que le dernier mot appartient à l'amour, et que si la violence a pu mettre à mort Jésus sur la croix, il est ressuscité et son amour est vainqueur. Nous croyons que cet amour se manifeste dans le sang qu'il a versé pour nous, et ce sang qu'il nous donne à boire dans l'eucharistie, que cet amour se manifeste par cette eau qui a jailli de son côté transpercé, qui est l'eau du baptême qui nous redonne vie, santé, guérison, nous croyons que l'amour de Dieu pour nous vient en notre propre cœur nous rendre à notre tour, capables d'aimer. C'est pourquoi fêter le cœur de Jésus, c'est fêter aussi notre propre cœur dans la mesure où il est guéri et rendu capable d'un amour sinon aussi infini que celui de Dieu, du moins, d'un amour de même nature que celui que Dieu répand sur nous. Il le répand sur nous non seulement pour nous sauver, mais pour nous faire sauveurs à notre tour, pour que cet amour que Dieu a pour nous rejaillisse de notre propre cœur et comme le dit saint Jean dans sa première épître, pour que nous découvrions la présence de Dieu dans l'amour que nous avons  pour nos frères, car si nous aimons nos frères, nous vivons de l'amour même de Dieu qui se répand dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous est donné. 

       Frères et sœurs, que cette fête du cœur de Jésus soit donc une invitation à entrer dans cette grande marche de l'amour à laquelle nous sommes conviés, que nous soyons intimement convaincus que seul l'amour compte et que rien, ni la mort, ni la vie, ni les puissances, ni les ténèbres, ni les persécutions, rien ne peut l'emporter sur l'amour, car Jésus nous a donné là ce qui est au-dessus toutes choses et qui pourra restaurer notre monde malgré toutes ses épreuves et malgré tous ses péchés. 

 

       AMEN