SANS HONTE AU VISAGE
Ba 2, 6-10
(22 septembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e cœur de l'homme ne peut s'éclairer que de l'intérieur. Seul il est déjà sombre, il n'a pas en lui-même sa propre lumière. Lorsque nous nous regardons les uns les autres nous bénéficions en quelque sorte de ce que Dieu fait briller sur nous et nous lisons, dans le visage de l'autre, cette présence, consentie ou non, peu importe, de Dieu. La face humaine de mon visage, non pas uniquement les traits de mon visage, mais la face humaine de mon visage vient de ce que Dieu l'illumine de l'intérieur, la rend vivante. Cette vie propre de ce qui s'offre à l'autre, par mes sens, mes yeux, ma bouche, est une sorte d'alliance permanente que Dieu a avec nous, assurant ainsi que nous sommes vivants, nous donnant cette vie dont la Bible parle au début de la Genèse et qui fait que nous sommes des êtres vivants posés dans la vie même de Dieu.
Le péché est justement ce qui vient assombrir cette première lumière et ternir, à nos propres yeux d'abord mais aussi aux yeux des autres, cette lumière qui irradiait naturellement notre vie. Et le fait que nous constatons, d'ailleurs plus facilement chez l'autre que chez nous, comment le péché abîme le visage lorsque l'homme se trouve aux prises avec cette honte qui lui fait courber et fermer ce visage.
Et dans la "Prière des Exilés" de Baruch, cette longue prière où le mot honte est prononcé très souvent, les exilés demandent pardon à Dieu et font état de la honte dont ils prennent conscience sur leur propre visage en demandant à Dieu d'enlever cette honte et de le laver. Car ils ont pris conscience que la seule manière de se "retrouver dans les bonnes grâces" de Dieu, de revenir en Israël, de retrouver la terre promise dont ils ont été chassés, c'est de retrouver ce face à face entre le visage de Dieu et le visage de l'homme qui leur permet de retrouver la lumière première qui devait irradier leur visage d'élus et de choisis. C'est pour cela que cette prière, qui s'étend et va se développer, reprend si souvent ce thème de la honte. D'ailleurs elle l'avait inauguré en disant : "Pour nous la honte au visage, comme il en est aujourd'hui, et pour toi, Dieu la justice !"
Derrière cela il y a l'espérance folle du face à face. L'espérance folle que cette lumière qui irradiait le visage de l'homme au premier jour ne s'arrête pas aux éléments de cette terre qui vient en freiner en quelque sorte l'irradiation, mais qu'un jour, tout homme, en voyant Dieu face à face, rayonne si puissamment de la lumière de Dieu que l'homme puisse voir totalement en Dieu tout le mystère qui est maintenant voilé. Et nous sommes promis à ce face à face, comme Moïse sur la montagne, nous sommes promis à ce regard de regard à regard, de vivre dans le regard même de Dieu. Et là nous découvrirons tout le dessein de Dieu, notre propre mystère et surtout l'amour dont nous avons été entourés et qui commence, dès maintenant, à briller de sa propre lumière sur notre visage.
Que cette eucharistie, qui nous donne de façon voilée mais totale, la grâce divine, illumine notre vie intérieure et nous permette de marcher sans honte vers Lui, Lui que nous aimons.
AMEN