LA FORCE DE LA PAROLE DE DIEU
Jr 15, 10-11 + 16-18 ; Lc 11; 33-36
(3 octobre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Cluny
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rères et sœurs, le passage du livre de Jérémie que nous entendions tout à l'heure et qu'on appelle souvent les "Confessions de Jérémie", est un texte admirable et d'une grande profondeur. En effet, Jérémie a été envoyé par Dieu comme prophète pour annoncer les paroles de Dieu. Or, les paroles que Dieu lui impose de dire sont des paroles de malédiction, qui annoncent la ruine de Jérusalem : "Malheur à moi ma mère, car tu m'as enfanté homme de querelle et de discorde pour tout le pays. Tout le monde me maudit". Un peu plus loin, Jérémie dit encore : "Chaque fois que je dois parler, je dois crier et proclamer violence et dévastation. La parole du Seigneur est pour moi source d'opprobre et de moquerie tout le jour". Voilà que le prophète parce qu'au lieu d'annoncer une fausse sécurité dénonce le péché et annonce la punition que ce péché entraînera, est considéré par tous ses concitoyens comme un traître, comme un vendu à l'ennemi. Il annonce la victoire de l'ennemi quels que soient les efforts pour le repousser.
Devant cette mission qui lui est confiée, Jérémie a envie de reculer. C'est ce que nous avons entendu : "Tu es pour moi un ruisseau trompeur aux eaux décevantes" ose-t-il dire à Dieu. "Maudit le jour où je suis né, le jour où ma mère m'enfanta soit maudit. Pourquoi suis-je sorti du sein ? pour voir tourments et peines et finir mes jours dans la honte ? je me disais, je ne penserai plus au Seigneur, je ne parlerai plus en son nom, je ne dirai plus ses paroles". Voilà donc que le prophète à cause de l'horreur de sa situation est tenté de renoncer à sa vocation, il ne veut plus se tourner vers le peuple pour lui apporter la parole de Dieu, cette parole qui est un appel à la conversion et qui est une menace de persécution. Mais la parole de Dieu est plus forte : "Tu m'as séduit Seigneur, je me suis laissé séduire, tu m'as maîtrisé, et tu es le plus fort. Je ne parlerai plus en son nom disais-je, mais dans mon cœur c'était comme un feu dévorant, enfermé dans mes os, je m'épuisais à le contenir, mais je ne l'ai pas pu." Et encore : "Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais, ta parole était mon ravissement et l'allégresse de mon coeur". Jérémie est resté dans le ravissement de la parole qui lui pénètre le cœur comme un feu dévorant, et c'est ce même prophète qui au nom de ce même Dieu est contraint d'annoncer à ses contemporains le malheur et toute déréliction.
Nous pouvons considérer que la personne de Jérémie et les souffrances qu'il a ainsi subies à cause de sa mission, sont une annonce des souffrances du Christ, qui lui aussi, parce qu'il veut nous sauver, parce qu'il veut nous apporter la paix sera condamné, méprisé et finalement crucifié. Que le Seigneur et que le prophète Jérémie nous aident quand cela sera nécessaire, à supporter toute souffrance à cause du Christ.
AMEN