PERSONNALITÉ DE JÉRÉMIE

Jr 2, 1-13 ; Mt 20, 17-28

(23 août 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jérémie, le prophète courageux

F

rères et sœurs, nous avons commencé depuis quelques jours, et nous allons pendant un certain temps, continuer à lire des passages du livre du prophète Jérémie. Il est peut-être bon que nous nous familiarisions avec la personnalité de ce prophète parce que c'est sans doute le plus grand des prophètes de l'Ancien Testament. Je voudrais vous dire en quelques mots pourquoi, quitte à ce que plus tard, nous essayons de voir texte après texte comment le génie de Jérémie va se traduire.

Tout d'abord une première chose. Jérémie qui est né vers 650 avant Jésus-Christ a commencé un ministère prophétique plutôt heureux. Vers les années 630-315 à peu près, un jeune roi vient à la tête de la maison de David, c'est Josias. C'est un roi pieux, un peu un saint Louis, un homme très courageux et qui a conscience de la nécessité d'une réforme religieuse de son peuple. Cette transformation, ce bouleversement spirituel va se traduire par le fait qu'on promulguera ce texte connu par ailleurs, qu'on appelle le Deutéronome, qui représente une sorte de sursaut spirituel, un réveil comme le diraient les protestants, de la conscience religieuse en Israël. C'était devenu un peu décadent, ce n'était plus très conforme aux préceptes principaux de la Loi de Moïse, et il y a tout un effort à la fois de réflexion, de méditation, d'Écriture, auquel participera étroitement le prophète Jérémie.

Autrement dit, la première partie du ministère de Jérémie (il reçoit sa vocation quand il a vingt-quatre ans à peu près), de vingt-quatre à trente-cinq ans à peu près, c'est le côté plutôt euphorique, même si Jérémie ne mâche pas ses mots. Le texte que nous avons lu ce matin fait partie de ceux-là. Il fait partie de ces textes dans lesquels Jérémie dit : "Israël vous n'avez pas obéi à la Loi". Ce n'est pas encore le désespoir, c'est le fait que le peuple a été infidèle, mais il y a possibilité de repentir. Simplement et vous l'avez remarqué, Jérémie fait observer la chose suivante : "Regardez les autres peuples, ils restent fidèles à leurs dieux, mais ce sont des faux dieux. Regardez Quitim, regardez Qédar, ils ont gardé leurs mêmes dieux. Vous avez choisi des idoles, eux ils avaient le faux et ils sont restés avec le faux, vous aviez le vrai et vous avez choisi des idoles". Jérémie mesure quand même ce qu'a été l'infidélité d'Israël. Il n'est pas encore question de châtiment, mais il dit : rendez-vous compte du paradoxe. Vous avez la chance de connaître le Dieu véritable, et vous êtes pire que les autres, les autres avec du faux, ils sont restés fidèles et vous vous n'êtes mêmes pas fidèles.

La deuxième chose sur laquelle je voudrais attirer votre attention et qui va nous suivre pendant toute cette lecture et qui est plus dramatique, c'est qu'à partir des années 615 jusque vers 585, la date où probablement Jérémie est mort, là, c'est l'ébranlement total du Proche-Orient. Je crois qu'on pourrait le comparer, toutes proportions gardées, à ce qui se passe actuellement dans le monde arabe, c'est-à-dire une sorte de bouleversement, d'effondrement d'un monde qui jusqu'ici, allait sembler aller de soi et qui tout à coup se retrouve dans une situation absolument inouïe. Jusque-là, au Proche-Orient, c'était l'équilibre des forces : en Assyrie, Ninive était l'équivalent de Moscou et de l'Union Soviétique. Les Égyptiens de l'autre côté, étaient l'équivalent des Américains. Ils assuraient tant bien que mal, avec de temps en temps quelques étripages, ils assuraient l'équilibre de ce monde-là.

Or, Ninive s'effondre un peu comme Moscou, et il faut remettre en piste tout un équilibre, pas seulement politique mais un équilibre international de vie entre les peuples et d'intégration d'un nouveau mode de vie. Israël va être littéralement dans la tenaille entre le côté oriental, la plaine de Mésopotamie, qui est en plein bouillonnement et en pleine expansion politique. C'est le début de Nabuchodonosor qui est une sorte d'Hitler aux petits pieds, et d'autre part, des Égyptiens qui sont un peu en fin de race. Ce déséquilibre va durer à peu près deux siècles. Israël en fera les frais, il sera conquis par le pouvoir de Nabuchodonosor, déporté, et la géographie du pays transformée.

Jérémie, et c'est pour cela que c'est si grand, sera au cœur même de la crise. Il importera de voir comment ce pauvre homme chargé d'une mission impossible va essayer de faire face à cette crise et d'aider ses concitoyens à y faire face. Ce livre est tellement passionnant à cause de cela. La difficulté évidemment, c'est que tous les oracles et toutes les paroles de Jérémie et aussi de ses disciples ont été un peu mélangés, brouillés et l'ordre du livre n'est plus tout à fait ce qu'il devait être au début quand on a collationné tous les textes.

En fait, c'est quand même très intéressant de voir, Jérémie propose un nouvel art de vivre avec Dieu. C'est cela qu'il faudra que nous essayons de voir au fur et à mesure que nous entrerons dans la lecture et dans l'approfondissement de ce livre de Jérémie.

 

AMEN