LA VILLE
Jr 22, 13-19
(5 octobre 1998)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Jérusalem : Vieille ville
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érusalem, aimée de Dieu". Dieu a commencé à chanter son amour des villes, il y a très longtemps. Il n'a pas voulu que l'homme reste dans les champs, à l'extérieur, il n'a pas voulu non plus que l'homme s'enferme et que ses villes se suffisent, comme Babel, ou que ses villes soient si prétentieuses qu'elles veuillent percer le ciel, en dominer la terre. La ville est une déformation et nous avons maintenant à la fin du vingtième siècle, une déformation plus grande encore dans ces mégapoles qui dépassent ce que les hommes pouvaient imaginer en volume, en nombre d'habitants.
Pourtant, la ville est un lieu de civilisation que Dieu a voulu susciter, en commençant par chanter son amour pour la ville de Jérusalem, et l'on peut imaginer dans le regard de Jésus, son amour pour la ville de Jérusalem, pour ses foules, en ce sens que cette foule crée une vie.
Qu'est-ce qu'une ville ? Un lieu qu'on invente pour y vivre ensemble. Qu'est-ce qu'une ville ? C'est un lieu où l'on invente des édifices pour nous rassembler, c'est un lieu où l'on invente des places, c'est un lieu où l'on a inventé l'architecture, les édifices, les espaces, les cours, on a inventé des lieux où les hommes doivent apprendre à vivre ensemble. C'est une des plus belles œuvres que l'homme s'est donné de vivre en ville, dans une cité.
Et si Jérusalem est à la fois ce lieu de rassemblement, ce lieu d'ouverture au ciel, Jérusalem céleste est celle qui sera illuminée comme de l'intérieur par Dieu qui vient en elle. Normalement, la ville est un lieu qui vise l'intérieur, parce que les hommes y sont rassemblés pour prendre davantage conscience qu'ils attendent leur pasteur et leur maître.
Dans la ville, mais surtout dans les églises au cœur des villes, les églises signifient cette présence et cette attente de Dieu. C'est le sens de notre communauté. Elle signifie qu'au cœur même de notre ville, dans l'intimité de ce lieu où nous sommes encore plus rassemblés, comme si nous étions le cœur du peuple qui attend sans le savoir, mais nous savons que nous attendons notre maître. Et les cloches sonnent dans les villes, rassemblent ceux qui par disponibilité, par choix, se veulent être le cœur de la ville, préparant la route à celui qui va venir.
La ville, c'est un peu magique, désespéré, désespérant, mais inventif. C'est dans les villes que l'on sent la vie des uns et des autres. Et vous savez comme moi, que les français, particulièrement, aiment à se rassembler sur les cours, ou aux terrasses des cafés, parce qu'on voit ainsi les autres. C'est une grande définition d'un anglais qui disait : en France, il y a 50% des français qui regardent passer l'autre 50%! Un anglais qui avait beaucoup de sens d'observation.
Qu'est-ce qu'on regarde ? On regarde ce grouillement, si indifférent, si noyé, qui se trouve un ensemble, mais si loin les uns des autres, et qui pourtant sont unis pas un lien de solidarité humaine plus fort qu'eux. L'Église a repris ce germe des églises plantées dans les villes qui sont l'âme secrète où se tisse le ferment de l'humanité, par le levain qui est la présence de Dieu.
C'est pourquoi, Dieu depuis longtemps chante les villes, à commencer par Jérusalem, qui est la ville, la ville sainte, et nous avons déjà reçu la carton d'invitation pour y entrer : par le baptême nous sommes citoyens de Jérusalem. En étant présents à cette eucharistie, nous allons renouveler notre appartenance à Jérusalem, la ville sainte, la ville de Dieu.
AMEN