LA COLÈRE DE DIEU
Is 9, 17-10, 4
(24 juillet 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e passage du livre d'Isaïe que nous avons entendu en première lecture fait appel à plusieurs reprises, à la colère du Seigneur. Cette colère qui ne s'est pas calmée, qui ne s'arrête pas car sa main reste toujours levée.
Ce sentiment de la colère de Dieu, c'est quelque chose que nous avons beaucoup de peine à comprendre et à accepter, c'est quelque chose qui nous choque qui nous scandalise et qui trouble beaucoup d'hommes croyants ou moins croyants. Comment Dieu qui est bon, comment Dieu qui est miséricordieux, comment Dieu qui veut le bonheur de l'homme peut-Il avoir de tels sentiments de colère ? Comment peut-Il laisser monter de son cœur quelque chose d'aussi impur et d'aussi dur que la colère ?
Je voudrais simplement ce matin vous donner deux ou trois réflexions pour mieux comprendre ce sentiment de la colère de Dieu qui est un sentiment extrêmement réel et très souvent manifesté dans l'Ancien Testament, où il est beaucoup plus souvent question de la colère de Dieu que de celle de l'homme. Peut-être parce que la colère de Dieu est beaucoup plus importante que la nôtre.
Notre colère est quelque chose de condamnable. C'est la manifestation très forte de trouble de sentiments, de méchanceté qui viennent de notre cœur et qui s'en vont sur les autres. C'est quelque chose qui est mauvais. C'est peut-être même, dans certains cas, un péché. Il ne s'agit pas du tout de cela pour Dieu, car de son cœur ne monte rien de mauvais puisqu'Il est Dieu. Or l'Ancien Testament l'atteste très souvent, Dieu se met en colère. Pas simplement en colère de paroles ou de sentiments, pas simplement des colères rentrées mais quelque chose qui se manifeste de façon extrêmement violente pour les hommes, pour certains hommes, pour le peuple choisi d'Israël et aussi pour les nations tout entières. La colère de Dieu s'étend sur tous.
Ce qu'il faut bien saisir, c'est que si cette colère de Dieu engendre, d'après la Bible, des maux, des morts, des difficultés, des troubles, des violences, ce n'est pas à proprement parler cette colère de Dieu qui cause, qui est la cause de ces troubles, de ces punitions, de cette mort qui peut régner sur le peuple ou dans le cœur des hommes. C'est même, j'allais dire, le contraire. C'est dans la mesure où les hommes ne suivent pas les conseils et la voie donnée par Dieu en son amour et en sa miséricorde, c'est dans la mesure où ils choisissent d'autres voies que celles de Dieu, c'est-à-dire les voies de mal, que sur leur vie, sur la vie du peuple et du monde s'étendent ces catastrophes, ces cataclysmes de différents ordres et de différente importance. Or la colère de Dieu est provoquée par ce refus de l'homme d'aimer Dieu et d'aimer les autres. Dieu est amour et Dieu n'est qu'amour. Et il a un amour passionné pour tous les hommes. Et quand ces hommes blessent cet amour, d'une manière ou d'une autre, l'amour de Dieu, le cœur de Dieu est bouleversé le cœur de Dieu est troublé, le cœur de Dieu est blessé et sa colère, c'est l'expression de ce cœur et de ces entrailles bouleversées et renversées, à cause de l'attitude des hommes qui, elle, engendre la mort, la destruction et toutes sortes de cataclysmes. La colère de Dieu, c'est l'excès de son amour quand son amour est blessé, quand son amour est refusé. Et peut-être que nous pouvons comprendre un petit peu cette colère lorsque nous-mêmes nous aimons quelqu'un qui nous a blessé. Nous avons contre lui dans notre cœur des sentiments qui se mélangent avec des choses mauvaises, mais nous avons aussi ce sentiment d'avoir été blessé dans ce que nous avons de meilleur pour l'autre. Et cela nous ne l'acceptons pas. Dieu pas plus que nous, et même beaucoup plus que nous, n'accepte pas cet amour qu'Il nous donne et qui est blessé, qui est détruit, qui est violé par notre façon d'aimer qui est contraire à la sienne. C'est cela qui provoque cette colère de Dieu.
Et si la Bible dit que cette colère de Dieu engendre le mal, la mort, la destruction, ce n'est pas par une sorte de prescience qui empêcherait l'homme d'agir c'est tout simplement parce que, dans son amour, Il a déjà connaissance de ce que l'amour de l'homme va engendrer lorsqu'il n'est pas vécu comme Dieu, Lui, le voudrait. C'est simplement la connaissance de tous les actes libres de l'homme qui peut faire dire a la Bible que Dieu dans sa colère connaît déjà la conséquence de cet amour que l'homme n'a pas, ni pour Lui, ni pour ses frères.
C'est cela l'amour même de Dieu. Et un peu plus loin dans son livre, Isaïe écrit ceci, donnant la parole à Dieu : "Un court instant, le monde est délaissé mais pris d'une immense pitié, je te rassemblerai. Dans un débordement de fureur, un instant, je t'avais caché ma face, mais dans un amour éternel, j'ai eu pitié de toi, dit le Seigneur ton Rédempteur. Dans un amour éternel, j'ai pitié de toi-même si, un instant, tu as vu sur ma face les signes de la colère."
Saint Paul dira aux chrétiens de Thessalonique : "Dieu ne veut pas, Dieu ne nous a pas réservés pour sa colère, mais pour son salut." Et si la main de Dieu reste toujours étendue sur le monde, cette main de Dieu c'est celle du Christ étendu sur la croix, lorsqu'Il a été brisé, dans sa chair et son corps et son cœur, par l'excès d'un amour mal aimé, par l'excès de la colère de l'homme contre l'amour de Dieu. Et, en mourant ainsi, à cause du mal de l'homme, Il a introduit l'humanité, non plus dans sa colère mais dans cet amour éternel que Dieu nous garde pour toujours. Si bien, frères et sœurs que cette colère de Dieu qui est profonde, qui est vraie, ne doit pas être pour nous objet de scandale, ne doit pas être pour nous un obstacle à connaître en profondeur le véritable cœur de Dieu, mais, au contraire, c'est un appel à la conversion. Car, voir Dieu en colère, pressentir à cause de notre péché la colère de Dieu, doit être pour nous une invitation très forte à aimer ce Dieu qui nous aime d'un amour passionné.
AMEN