LÉGALISME ET MISÉRICORDE
Dt 7, 7-15
(26 octobre 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, cette parabole de l'enfant prodigue, vous la connaissez presque par cœur, et vous l'avez entendu commenter bien souvent. Je voudrais simplement vous faire remarquer aujourd'hui que le parallèle qui n'est pas intentionnel que nous propose la liturgie entre cette parabole et le texte du Deutéronome est très éclairant. Il s'agit ici et là de textes fondamentaux, d'une part de l'Ancienne Alliance, et d'autre part, de la Nouvelle Alliance.
On peut dire que toute la Loi de Moïse, toute l'Alliance que Dieu a fait avec Israël, toute cette élection, ce choix d'Israël par le Seigneur se trouve comme résumé dans ce texte du Deutéronome. L'essentiel de cette Alliance c'est : "Dieu garde son amour à ceux qui l'aiment et qui gardent ses commandements, mais il punit en leur propre personne tous ceux qui le haïssent. C'est pour avoir écouté ces commandements, ces coutumes et les avoir mis en pratique, que le Seigneur ton Dieu te gardera". Par conséquent, l'Alliance est claire, Dieu choisit Israël, lui propose son amour. La condition c'est que le peuple lui aussi soit fidèle à la Loi du Seigneur. C'est le principe même de la justice et cela est incontournable. Nous ne pouvons pas prétendre être aimé de Dieu si nous ne tournons pas vers Lui pour écouter sa volonté, en découvrir le sens et nous efforcer de la réaliser.
Pourtant, déjà dans ce texte du Deutéronome nous avons un certain nombre d'indications qui nous invitent à aller plus loin. Dieu n'a pas choisi Israël parce qu'il était le meilleur des peuples, ni parce qu'il était le plus fort et le plus nombreux ou en raison de ses mérites et de ses qualités, mais c'est au contraire, d'une manière parfaitement gratuite. Israël ne méritait pas d'être choisi, ce n'était qu'un petit peuple coincé entre de grandes nations puissantes qui normalement aurait pu être dévoré pas ces pouvoirs discrétionnaires. C'est par grâce que Dieu l'a choisi et le sauve, lui permettant de survivre au milieu de tous ces dangers.
A l'intérieur de ce choix de Dieu pour Israël, se dessine déjà l'idée de la gratuité du choix, l'idée que cette Alliance est bilatérale, et pourtant, Dieu la choisi sans autre raison que son amour gratuit.
Le Nouveau Testament ne nous dit pas qu'on peut être sauvé sans essayer d'aimer Dieu, mais insistant sur cette gratuité de l'amour de Dieu, il nous montre ce fils qui n'a pas su le déceler. Il s'est éloigné de son père pour aller vivre une vie indépendante, une vie de plaisir et même pour cela, il a réclamé par avance sa part d'héritage pour pouvoir jouir de ce bien comme bon lui semble. C'est le résumé de notre expérience du péché, notre péché c'est l'oubli de Dieu, c'est le fait que nous ne lui donnons pas de place dans notre vie et que nous centrons nos désirs sur nos besoins, nos plaisirs. Là, nous découvrons l'insuffisance de l'objet de nos désirs, nous découvrons les délices de ce que nous cherchons, et finalement, nous nous retrouvons dans la pauvreté, le malheur et la misère.
Si nous nous tournons un tant soit peu vers Dieu, non seulement Il nous rend son Alliance, mais Il ne veut même pas entendre l'accusation de nos fautes. Quand le fils vient auprès de son père avec les mots qu'il a préparé : "Je ne suis plus digne d'être appelé ton enfant", le père lui coupe la parole et appelle les serviteurs pour préparer la fête. C'est précisément ce que le fils aîné ne comprend pas, il en reste à la lettre de la loi. "Mon frère n'a pas accompli les commandements, il mériterait d'être puni, et moi qui ai toujours fait ce que tu m'as commandé, tu devrais me récompenser davantage". Le fils aîné a une réaction légaliste de l'alliance entre Dieu et Israël. Il en reste non pas à l'Ancienne Alliance, mais à une interprétation limitative et il en oublie la gratuité qui en était le cœur caché.
Il n'y a qu'une seule voie possible, non seulement d'essayer d'aimer le Seigneur de toutes nos forces, mais il faut surtout nous réjouir de ce que cet amour se répande et que le cœur de ceux qui n'ont pas su aimer soient conquis à leur tour. Ainsi la miséricorde de Dieu peut trouver son bonheur à pardonner, à réconcilier, à rappeler dans la joie.
Frères et sœurs, cela ne veut pas dire que sans conversion nous serons quand même sauvés. L'essentiel n'est pas dans une sorte d'équilibre que Dieu essaierait de rétablir entre nos bonnes actions et une récompense, mais le cœur de tout, c'est cette miséricorde qui est le sentiment le plus profond du cœur de Dieu et qui exprime son secret. Dieu est amour, et Il n'a pas d'autre bonheur que nous voir remplis par cet amour qu'Il veut partager avec nous.
AMEN