LE PARDON DE DIEU EST TOUJOURS RENOUVELÉ
Ex 34, 1-9
(6 octobre 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Accacia
|
F |
rères et sœurs, les textes de ce jour nous parlent de pardon et de miséricorde. Tout d'abord le texte de l'Exode qui ne se comprend bien que si nous nous référons à ce qui a été lu il y a quelques jours. Tandis que Moïse était sur la montagne pour recevoir de Dieu les tables de la loi, les dix commandements, le peuple, découragé, cherchant un salut qui se voit, qu'on puisse toucher, a demandé à Aaron de lui faire une image de Dieu. C'est l'épisode du veau d'or. Moïse descendant de la montagne portant en mains les tables de la Loi écrites de la main même de Dieu a été bouleversé par ce manque de foi du peuple qui en quelques jours, s'était détourné de Dieu qui avait appelé Moïse sur la montagne. Dans une sainte colère, Moïse a brisé les tables de la Loi, estimant que le peuple n'était pas capable ni digne de suivre les commandements de Dieu.
Nous voyons aujourd'hui que malgré cette apostasie du peuple, malgré ce drame du veau d'or qui va marquer toute l'histoire d'Israël, Dieu pardonne. Dieu proclame qu'il est le Dieu de tendresse, et pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité, qu'il garde sa grâce à des milliers, qu'il tolère la faute, la transgression, le péché. Même s'ils demandent punition, pénitence et châtiment ceux qui ont ainsi péché, Dieu pardonne.
Cette miséricorde de Dieu va se traduire dans le fait qu'il va écrire à nouveau les commandements sur de nouvelles tables que Moïse aura à son tour préparé à nouveau. Ainsi, cette Alliance que le peuple avait refusée avant même de la connaître, Dieu va la rétablir malgré le péché, malgré la faute et l'apostasie. Moïse devant cette merveilleuse miséricorde de Dieu va dire au Seigneur : "Si nous avons trouvé grâce à tes yeux, que mon Seigneur veuille bien marcher au milieu de nous. Bien que ce peuple soit un peuple à la nuque raide, pardonne nos fautes et fais de nous ton héritage".
Dès le départ donc, Israël est infidèle et avant même d'avoir reçu les dix commandements, il les a déjà transgressés puisque le premier commandement c'était : "Tu adoreras Dieu seul". Et le deuxième : "Tu ne te feras pas d'images de ce Dieu, tu n'en feras pas une idole". Bien que le peuple ait ainsi été désobéissant à la Loi, Dieu renouvelle son Alliance. Dieu accepte de marcher au milieu de son peuple pécheur sans crainte d'être contaminé par son péché, mais pardonnant, pardonnant sans cesse. L'histoire d'Israël ne sera que l'histoire de ses infidélités successives et du pardon sans cesse renouvelé de Dieu. Même si les infidélités d'Israël entraînent ce que nous pouvons appeler une punition ou une pénitence, mais qui en réalité est la conséquence même du péché, ce sera l'exil, ce sera l'éloignement de Jérusalem, ce sera la pauvreté de ce peuple ainsi déporté au milieu de peuples étrangers, cependant, Dieu ne renoncera jamais à son Alliance, et devant le péché d'Israël, Dieu aura cette suprême manifestation de sa miséricorde, il viendra en personne au milieu de son peuple et c'est l'Incarnation du verbe de Dieu, de Jésus dans le sein de Marie.
L'évangile prend en quelque sorte le relais de ce texte de l'Exode. Une femme au milieu de la foule, émerveillée par les paroles de Jésus s'écrie : "Bienheureuse les entrailles qui t'ont porté". Bienheureuse cette femme qui a eu dans son sein un enfant tel que toi, même si cette femme au milieu de la foule ne pouvait pas comprendre que Jésus était pleinement Fils de Dieu, cependant, elle était éblouie par ses paroles et par sa présence. Jésus va devant le cri de cette femme, résumer toute l'histoire d'Israël. Toute cette histoire, c'est celle de cette infidélité. Même la génération qui voit Jésus et qui devrait se convertir, va se révéler être une génération mauvaise, qui ne comprend pas, qui ne veut pas comprendre; Jésus dit qu'un seul signe de la vérité de son message sera donné à cette génération mauvaise, et ce signe, c'est le signe de Jonas. Vous vous souvenez que dans le livre de Jonas, on nous raconte que le prophète qui était envoyé aux nations païennes ninivites pour y prêcher la pénitence, ce prophète Jonas refusant d'apporter le salut à des païens, a voulu s'éloigner de la mission que Dieu lui avait donnée, et il s'est enfui à l'autre bout du monde. Devant la tempête qui s'élevait, on a cherché qui était coupable d'une telle tempête qui menaçait le navire. Le sort est tombé sur Jonas qui a avoué sa faute, il a été jeté à la mer, il est tombé dans les abîmes où il est resté trois jours et trois nuits. C'est l'épisode légendaire de ce poisson, cette baleine qui a avalé Jonas et qui est venu le déposer précisément aux abords de la ville de Ninive pour bien lui manifester qu'il devait être fidèle à sa mission.
Le signe de Jonas selon les évangiles est interprété de diverses façons. Chez saint Matthieu, c'est très exactement parce que les trois jours et les trois nuits passés par Jonas dans l'abîme de la mer, dans le ventre du monstre, ces trois jours et trois nuits évoquent par avance les trois jours et les trois nuits passés par Jésus dans le tombeau, dans la mort. C'est donc l'annonce de sa Passion. Le seul signe que Jésus donnera de sa divinité, c'est-à-dire de l'infinie miséricorde de Dieu, c'est qu'il acceptera de mourir et d'être enseveli et de passer trois jours et trois nuits dans l'abîme avant de ressusciter.
Ici, saint Luc interprète un peu différemment le signe de Jonas. Il prend le signe de Jonas comme la prédication adressée aux ninivites et qui a entraîné la pénitence des ninivites. Jésus dit à ses auditeurs : vous n'êtes même pas comme ces païens de Ninive, qui devant la prédication, le signe divin de la prédication de Jonas, ont fait pénitence, vous, vous ne faites pas pénitence, vous ne vous repentez pas, vous n'entrez pas dans votre cœur. Et montrant la suite de l'histoire d'Israël, il prend un autre exemple : la reine du midi (entendez la reine d'Ethiopie), est venue écouter la sagesse de Salomon, et vous, vous n'êtes pas capables d'écouter le nouveau Salomon, le Fils de Dieu qui parle au milieu de vous.
C'est donc un appel à la pénitence, un appel à la conversion, un appel au renouvellement de l'Alliance puisque comme nous l'avons vu dans le livre de l'Exode, Dieu ne renonce jamais à nous sauver, malgré nos fautes, malgré nos péchés, malgré nos infidélités, si nous acceptons de retourner notre cœur, c'est cela le sens de la conversion, comme les ninivites ont retourné leur cœur à la prédication de Jonas, comme la reine d'Ethiopie a retourné son coeur en voyant la sagesse de Salomon, si nous acceptons de retourner notre cœur et de nous convertir, Dieu est tout prêt à reprendre avec nous cette Alliance que pourtant nous ne cessons de transgresser.
Frères et sœurs, que cette eucharistie nous invite à la conversion du cœur et que le don qui va nous être fait de la présence vivante du Christ dans son Corps et dans son Sang nous appelle à cette transformation de notre attitude qui permettra à Dieu de nous sauver.
AMEN