JUSTIFICATION DE LA GUERRE
Ex 17, 8-16
(6 septembre 2006)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Sombres prévisions ?
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V |
ous savez frères et sœurs que le texte de l'Ancien Testament a été souvent comparé par les Pères de l'Église à un coffre-fort ou à un labyrinthe dans lequel il y a de nombreuses portes, de nombreuses serrures et qu'il faut trouver les bonnes clés pour les bonnes portes et les bonnes serrures. Je vous ai proposé déjà depuis quelque temps, une clé de lecture qui consiste à interpréter le livre de l'Exode comme une sorte de traité de constitutions politiques, comme une république, comme un pays, une royauté ont normalement une constitution, ici on peut dire que l'Exode est une sorte d'élaboration d'une constitution pour Israël. Je vous ai expliqué qu'avant même de recevoir la Loi fondamentale qui va être donnée au Sinaï, il y a tout un ensemble d'étapes, d'implication politiques qui consistent à déshabituer Israël de ses mœurs politiques et sociales qu'il avait acquises en Égypte, pour le préparer à une nouvelle législation, à un nouveau mode de vie.
Ici, aujourd'hui, avant une étape décisive qui sera sans doute lue demain, c'est-à-dire la rencontre avec Jethro, le beau-père de Moïse qui est un sage législateur qui a inspiré Moïse, ici nous avons un petit épisode qui est inséré là de façon un peu étrange, parce que de fait, les récits de guerre sont réservés pour après le don de la Loi. Or, précisément, l'auteur sacré a tenu à insérer un petit épisode, la guerre contre les Amalécites qui était une peuplade comme il y avait Edom, Amon, Moab, etc … il y avait Amaleck, qui étaient de la région et qui n'ont pas dû voir d'un très bon œil une horde de bédouins s'installer à proximité du territoire. Cela donne lieu à une bagarre, une contestation, un combat. Vous remarquerez d'ailleurs que dans cette affaire, ce n'est pas encore la conquête pour la terre. La légitimation de ce combat, ce n'est pas de recevoir en mains, la terre que Dieu a promise. Israël a toujours eu des prétentions territoriales un petit peu vastes et parfois plus grands yeux que grand ventre, mais en général il n'a pas revendiqué le désert du Néguev, il n'y est jamais vraiment arrivé Donc, ici, c'est vraiment de la légitime défense. Israël est attaqué par Amaleck, et il est obligé de réagir.
C'est très éducatif du point de vue de la constitution politique, car précisément ici, ce n'est pas le chef du peuple qui va aller au combat. Il y a une différentiation qui va s'accentuer encore plus au fur et à mesure : Moïse a un rôle "pour" le combat, mais non pas "dans" le combat. Il délègue à Josué, et c'est donc là une sorte de figure que le chef spirituel, le législateur n'a pas à participer d'une certaine violence pour imposer la sauvegarde du peuple. Il y aura donc, et c'est en cela que le texte est intéressant, il y aura donc une sorte de partage des compétences. Josué sera le chef militaire, délégué par Moïse, avec des hommes délégués et choisis par Josué. Moïse aura un rôle précis dans ce combat, qui est un combat pour la survie, il ne faut pas l'oublier, c'est la prière et l'intercession. Et pour montrer qu'Israël d'une certaine manière ne possède pas en lui la force, parce c'est cela le sens de ce combat contre les Amalécites, si Josué et ses hommes choisis combattait sans la prière de Moïse symbolisée précisément par l'homme aux bras étendus, il perdrait. Chaque fois que Moïse est obligé de baisser les bras au sens littéral et figuré, effectivement, la bataille fléchit du côté des israélites qui sont perdants. C'est seulement quand Moïse reprend la véritable posture de la prière, aidé par Ur et Aaron, les figures sacerdotales, qu'à ce moment-là la victoire reprend.
Autrement dit, c'est aussi un très beau traité de politique. A certains moments, Israël est obligé d'avoir recours à la violence, ici pour se défendre contre la horde des Amalécites qui l'attaquent. Mais quand il est obligé d'avoir recours à la violence, cette force de la guerre est nécessairement soumise, contrôlée et comme habitée et soutenue d'abord par la prière. Ce n'est pas, contrairement à ce qu'on a parfois dit, que le pouvoir spirituel est inféodé aux guerriers et au pouvoir temporel, c'est le contraire. L'exercice même de la force pour défendre son identité est soumise au fait que le chef du peuple préserve d'abord l'identité spirituelle. Et donc, à ce moment-là, l'identité spirituelle est le fondement de tout ce qui peut se passer au niveau de la guerre et de l'autodéfense. Il est certain que ce n'est pas un principe qui aura toujours été appliqué dans l'histoire d'Israël. Mais cela n'empêche que c'est la théorie profonde.
Et je vous signale, petite parenthèse, c'est ce qui a légitimé au Moyen-Age, la fameuse théorie de la" guerre juste". A guerre juste, ce n'est pas de justifier la guerre, c'est de dire qu'à certains moments quand on est obligé de passe à l'autodéfense et d'utiliser la force, ce n'est légitime que pour de véritables valeurs humaines tout à fait reconnaissables. C'est tout autre chose. Contrairement à ce qu'on pense, on a tendance à caricaturer la théologie traditionnelle catholique, je ne sais pas si aujourd'hui Benoît XVI défendrait la guerre juste, je ne suis pas du tout sûr qu'il le ferait, s'il pouvait encore y avoir une théologie de la guerre juste, en tout cas ce qu'elle a voulu dire au Moyen-Age, c'est précisément d'empêcher que la violence ou la force militaire ne puisse s'exercer, que légitimer ou ne fonctionnant que par ses propres moyens, ses propres motifs, ou ses propres justifications. C'est l'impossibilité de justifier la guerre par la guerre. C'est donc beaucoup plus négatif qu'on ne le pense, ce n'est pas un encouragement à la guerre, ce n'est pas une légitimation de la guerre, mais c'est de dire qu'à certains moments, quand des valeurs spirituelles fondamentales sont en cause, il est nécessaire d'abord par le soutien de la dimension spirituelle, de peut-être passer à l'exercice de la force militaire.
C'est assez subtil, c'est assez délicat, cela ne justifie pas toutes les guerres. C'est pour cela aussi qu'à la fin de ce récit de la guerre contre Amaleck, il y a deux choses. Premièrement, la mention dans la Bible où Dieu dit à Moïse : "consigne les événements", c'est à ce propos-là qu'on garde le souvenir d'un acte qui a eu une portée spécifique et importante pour la vie d'Israël, il a été sauvé par le combat de Josué contre Amaleck. Et la deuxième chose, c'est qu'on ne garde pas le souvenir du combat pour le combat, mais on bâtit un autel qui porte le nom de Yavhé Nisit, c'est-à-dire : Dieu est ma bannière, ce qui me permet d'aller au combat, pour bien dire que ce n'est pas la force miliaire humaine elle-même qui se justifie, mais que c'est parce que Dieu protège l'identité du peuple, qu'il peut y avoir à certains moments dans les exigences, le droit à la défense.
AMEN