IMAGE DE LA RÉDEMPTION

Ex 12, 21-27

(6 septembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Agneau pascal 

F

rères et sœurs, aujourd’hui le récit du livre de l’Exode qui nous rapporte en détail toute la Pâque  de la sortie d’Égypte, comment les fils d’Israël ont été délivrés par la main toute puissante du Seigneur. Quand nous pensons à cette première Pâque, nous sommes surtout attentifs au sacrifice de l’agneau pascal, et au repas pascal précurseur de l’eucharistie, qu’ont pris les Hébreux avant de quitter l’Égypte pour traverser la Mer Rouge, et être ainsi délivrés de l’oppression de pharaon, symbole du mal et des puissances du mal. 

       Aujourd’hui, il est fait état d’un autre aspect de cette Pâque, qui nous est peut-être un peu moins familier mais qui est d’une très grande importance également. Après avoir immolé l’agneau pascal et avant d’en manger la chair rôtie au feu, les Hébreux ont reçu de Dieu par l’intermédiaire de Moïse, l’ordre d’accomplir un autre rite, c’est-à-dire de prendre le sang de l’agneau pascal pour en oindre les linteaux et les montants de leurs portes, afin qu’ils soient épargnés quand se déchaînera la dixième plaie d’Égypte, celle de la mort de tous les premiers-nés du peuple et du bétail. D’une manière un peu mythologique, on nous raconte que l’ange exterminateur chargé d’immoler les premiers-nés, quand il verra le sang de l’agneau sur les portes des maisons des Hébreux, sautera leurs maisons au lieu d’y pénétrer pour exterminer leurs premiers-nés, il passera outre. C’est ce mot même, le fait de "sauter" qui est à l’origine de ce mot "Pâque". La Pâque avant d’être le passage à travers la Mer Rouge, c’est le fait que l’exterminateur a sauté les maisons des Hébreux. 

       Cette prescription assez étrange est importante parce qu’elle a une signification prophétique. Le sang de l’agneau, c’est l’annonce du Sang du Christ qui est le véritable Agneau Pascal. De même que le sang de l’agneau immolé en Égypte a préservé de la mort et du malheur les maisons des Hébreux, bien davantage encore le sang du véritable Agneau Pascal, de Jésus, nous préserve tous, nous qui sommes l’Israël nouveau, du mal, du péché, et de la mort spirituelle. C’est l’idée même de Rédemption qui est ici annoncée. Rédemption, cela veut dire : rachat. Dans la mentalité ancienne le sang de l’agneau pascal a servi de rançon, de rachat, d’équivalence au sang des premiers-nés des Hébreux qui n’a pas été répandu. Quoiqu’il en soit de la mentalité primitive qui domine ce récit, ce qui nous intéresse c’est de comprendre que c’est cela même qui s’accomplit et qui se réalise dans le sacrifice de la croix. Quand le Christ offre son corps et son sang, son corps pour être mangé comme la chair de l’Agneau pascal, et son sang pour être répandu en rémission des péchés quand Jésus donc s’offre sur la croix, il nous rachète. C’est ce que nous appelons la Rédemption. Cette mort spirituelle, cette destruction de notre être profond que notre péché avait entraîné et qui aurait dû normalement en être la conséquence, non pas comme on le dit trop facilement, parce que Dieu nous punirait, mais parce que le mal est actif et que le mal de notre péché prolifère en nous et produit la mort, cette mort spirituelle donc, que nos péchés devraient entraîner, Jésus la prend sur lui. Il nous rachète au sens où il paie notre rançon à notre place. Au lieu que notre péché produise la mort en nous, il va produire la mort en lui, et Jésus assume le poids de nos péchés en acceptant de prendre sur lui les conséquences de notre péché, c’est-à-dire cette usure, cette dégradation de notre être qui est le résultat de nos fautes et de notre refus d’aimer. 

       Ainsi donc, le Christ est le véritable Agneau Pascal, il est celui dont le sang nous protège, et non  seulement nous protège, mais prend le relais de cette dégradation de nous-mêmes qui serait la conséquence normale de notre péché. C’est dans ce sens que Jésus nous sauve, non pas simplement en effaçant nos péchés, comme on le dit trop facilement, ou en ne tenant pas compte de nos péchés. Il en tient tellement compte qu’il le prend sur lui et qu’il en meurt, car les conséquences du mal ne peuvent pas être évitées, seulement Jésus a voulu au lieu de nous les laisser porter pour notre malheur et notre perte, il a voulu les prendre sur lui pour sa perte, mais une perte dont il est vainqueur car la puissance d’amour de Dieu est plus forte que le péché, elle est plus forte que le mal, elle est plus forte que la mort, et c’est cela la résurrection du Christ. 

       Rendons grâce au Seigneur pour cette immense miséricorde qui fait que non seulement il nous pardonne nos péchés mais qu’il les prend sur lui, et qu’il en prend les conséquences, et que son amour éteint notre dette. 

 

        AMEN