DIEU SAIT TIRER LE BIEN DU MAL
Ex 10, 1-7
(18 septembre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Chardons du Sinaï
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'Ancien Testament ne s'effraie jamais des contradictions ou des paradoxes que sa découverte progressive du mystère de Dieu lui fait pressentir. Elle n'accélère pas sa compréhension et ne tient pas à annoncer des conclusions trop hâtives qui réduiraient à néant les contradictions mêmes qu'elle découvre dans le mystère de Dieu ou de sa relation avec l'homme. Et dans le livre de l'Exode il y a deux propos contradictoires.
Le premier : l'homme est responsable de l'endurcissement de son cœur. C'est là une affirmation centrale de l'Ancien Testament, couronnée par celle de l'Exode et la signification des plaies d'Egypte qui révèle que le mal a pour origine le cœur de l'homme. C'est un point important car on trouve là toute la théologie du péché qui est comme un encroûtement, un endurcissement du cœur et il faut que la grâce vienne rompre cet encroûtement, cet endurcissement pour que l'homme ne s'enferme pas, ne se replie pas sur lui-même. Donc le péché est d'abord la rupture d'une relation, l'empêchement d'une communion, une destruction de la raison même de l'être humain qui est ouvert à l'Etre divin.
Au début du passage d'aujourd'hui nous avons entendu cette phrase : "Va trouver Pharaon car c'est Moi qui ai appesanti son cœur et le cœur de ses serviteurs afin d'opérer mes signes au milieu d'eux" phrase qui semble en contradiction avec le fait que l'homme est responsable entièrement du mal qui le touche ou dont il est victime sur cette terre. Dans le contexte même de l'Exode cela veut dire que ce n'est pas Dieu le responsable du mal mais que le mal, les événements mauvais n'échappent pas à la puissance de Dieu.
Plus loin encore, l'homme est responsable de l'endurcissement de son cœur, mais l'obstination de Pharaon va servir au projet de Dieu. Dieu ne se laisse pas dépasser par un événement mauvais mais, au contraire, par un retournement intérieur, Dieu va utiliser cet événement mauvais pour le transformer en une autre fécondité.
Voilà comment à l'époque de la rédaction de l'Exode on réfléchissait sur le problème de l'origine du mal. Nous pouvons prendre cela tel quel sans aller plus loin, sans le résoudre par la croix du Christ qui est le nœud final qui donnera la solution définitive de cette question. Les événements qui nous attachent à cette terre, les événements qui nous abîment ou nous font pécheurs aux yeux de Dieu gardent toujours une fécondité dans le cœur même de Dieu, même si nous y avons une part de responsabilité. Si ces événements étaient reçus comme tels, étaient autonomes dans la vie du monde, ils nous détruiraient progressivement et moralement nous mourrions sous l'action répétée de ces péchés et du mal. Dieu nous tient la tête hors de l'eau, malgré ces événements mauvais, et redonne à ces événements qui ont perdu leur fertilité première une nouvelle fécondité dans le sens du projet qu'Il a pour nous. Pour Pharaon c'était d'attendre le repentir. En chacun de nous, si nous analysons notre propre vie, c'est d'essayer de comprendre comment Dieu a tourné des situations qui nous amenaient dans des impasses intérieures et leur a donné une fécondité qu'elles ne pouvaient pas avoir par elles-mêmes.
Cela veut dire deux choses. D'abord que Dieu ne contrôle pas à l'avance l'histoire des hommes. Il laisse entièrement libre le déploiement de notre propre histoire mais elle ne lui échappe pas du tout. Il tient une main prévenante et prévoyante en s'arrangeant pour que, quoi qu'il arrive, nous nous retournions quand même vers sa grâce et sa fécondité. C'est cela le mystère profond de la Providence divine. Dieu est suspendu à la qualité ou à l'orientation des événements de notre vie, que ce soit pour nous ou pour la collectivité même de l'humanité.
Demandons au Seigneur de mieux comprendre comment Il pourvoit, dans sa prévenance, à nous orienter, à nous attirer à Lui, comment chacun des événements n'est jamais une impasse mais s'ouvre toujours, même dans le plus grand mystère du mal, à sa Résurrection Car c'est bien cela qu'Il a voulu, que les événements, même les plus terribles pour l'homme que sont la mort et la croix, s'ouvrent finalement sur la lumière de sa Pâque. C'est là notre foi et notre espérance.
AMEN