MOÏSE ET PlERRE

Ex 3, 1-6

(1er août 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Farret : Moïse au Sinaï 

L

'Écriture de ce jour campe pour nous deux des principaux personnages de l'histoire du salut, l'un Moïse et l'autre Pierre. Et il y a dans ces évènements soit de Moïse dans son approche du buisson ardent, soit de Pierre dans son approche du Christ, des points communs qui sont pour nous un enseignement, un chemin pour notre vie de foi aujourd'hui. Si les évènements et les personnages sont de l'histoire passée, inscrits dans une réalité chronologique, parce que c'est l'histoire du salut, parce que c'est la rencontre de Dieu et de chaque homme, ces évènements sont aussi contemporains, pour le moins en tout cas où nous sommes appelés à les vivre de façon identique.

       Moïse aborde le phénomène du buisson par une question. "Pourquoi ça brûle et pourquoi ça ne tombe pas en cendres ?" Pierre, avec les autres disciples, aborde le phénomène de Jésus sur les eaux de façon également interrogative : "C'est un fantôme !" C'est le premier point que je souligne. La rencontre de Dieu est d'abord une question c'est-à-dire l'ouverture de son esprit, de sa conscience, de tout son être, à un évènement qui sera toujours pour tous les hommes d'abord une question et non pas une conviction et non pas une évidence. "Pourquoi le buisson ne se consume pas ?" et Pierre qui dit :"Mais c'est un fantôme !" Tous les saints et tous les spirituels le savent, l'expérience de Dieu c'est d'abord une rencontre déroutante. Il faut changer de route. C'est pourquoi d'ailleurs "Moïse fait un détour" pour voir ce qui se passe. Et c'est pourquoi Pierre va apprendre à approcher du Christ d'une façon spirituelle et miraculeuse.

       Moïse est un réchappé des eaux. Lorsqu'il est né, pour le garder en vie, sa famille l'a caché dans un panier qui a vogué dans le Nil. Cette expérience est déjà une annonce que, pour rester en vie, en vie divine, tout homme devra passer par l'épreuve de l'eau. C'est pourquoi d'ailleurs Moïse sera le chef, le guide du peuple qui traversera la mer Rouge en signe annonciateur de la Pâque de Jésus. Et c'est aussi cette expérience du salut par l'eau que Pierre va faire dans cette rencontre avec un Christ un peu encore fantomatique mais qui a pourtant sa confiance : "Si c'est Toi, fais-moi venir vers Toi !" et Jésus dit : "Viens". Pierre saute de la barque dans la mer et il commence à couler. Alors Jésus lui tendra la main. C'est exactement cela que signifie l'icône de chaque dimanche, lorsque le Christ ressuscitant du tombeau tend la main pour en sortir non seulement Adam mais tous les fils d'Adam qui écouteront la Parole du Seigneur.

       Et troisième point, tant pour Moïse que pour Pierre, il y a dans l'expérience de Dieu, après la question, après l'acceptation d'une expérience déroutante, surnaturelle, il y a la Révélation. Dieu dit à Moïse : "Je suis le Dieu des Pères !" et Moïse se prosternera et adorera Dieu dans le signe du voile cachant son visage. De même, Pierre et les apôtres s'écrieront : "Vraiment, Tu es le Fils de Dieu !" Ainsi la certitude de la foi, la conviction de la foi, la proclamation de la foi, l'adoration du mystère révélé, c'est à la fois l'aboutissement d'une démarche de foi et c'est en même temps le commencement d'une autre démarche de foi. Saint Paul dit : "Nous allons de la foi à la foi !"

        Cette démarche de la foi aussi bien pour Moïse que pour Pierre c'est aussi exactement la nôtre. Dieu ne sera jamais une évidence, en tout cas je l'espère pour chacun d'entre nous. Dieu sera donc toujours une question c'est-à-dire un dynamisme, une recherche, un être qui jamais ne comblera notre désir spirituel ou intellectuel mais un être qui fera que nous le désirerons toujours jusqu'à accepter de faire un détour dans notre vie, d'enlever nos chaussures ce qui n'est pas très sécurisant quand il s'agit de marcher, ou de sauter dans la mer, ce qui l'est encore moins, même si on est un bon pêcheur comme saint Pierre qui savait sûrement nager. C'est bizarre, mais ce jour-là, il n'a pas su. L'expérience humaine, si elle est nécessaire, n'est pas suffisante. Dans la foi, il faut toujours cette présence mystérieuse de Dieu à travers le buisson ou à travers la présence du Christ là où naturellement on ne l'attend pas. Et puis il y a toujours cette proclamation de la foi : "Tu es le Fils du Dieu vivant !" qui s'accompagne de l'adoration. C'est la même chose, c'est la reconnaissance par l'homme que Dieu est tout et que Dieu désormais suffit à sa vie et que Dieu est le "Dieu des pères" c'est-à-dire un Dieu créateur et un Dieu sauveur.

       Que ces deux personnages soient le message toujours si actuel et que pour nous, ils intercèdent auprès de ce Dieu qu'ils contemplent, l'un sans voile et l'autre sans crainte et sans peur. Que Moïse et Pierre nous aident à vivre comme eux dans une foi jamais satisfaite, dans une foi pleine d'audace malgré les doutes et toujours dans la proclamation du mystère de Dieu qui est présent à travers notre vie surtout de façon déroutante et qui nous conduit vers ce bonheur qui sera de vivre avec eux dans la contemplation éternelle.

       AMEN