LA RÉVÉLATION DU NOM
Ex 3, 13-20
(17 août 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vers le Sinaï
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u diras à Pharaon : Le Seigneur est venu à notre rencontre." Cette parole que nous avons lue tout à l'heure est très importante pour comprendre l'essentiel même du mystère de la révélation de Dieu. Depuis quelque temps nous lisons l'Exode, et l'Exode c'est le livre de la Pâque ancienne, de la Pâque des hébreux qui ont été libérés de la maison de servitude en Égypte pour entrer dans l'amour de leur Dieu, dans la terre promise.
Or, la plupart du temps lorsque nous parlons de la Pâque, sans nous en rendre compte, nous la cassons en deux. Nous n'envisageons de la Pâque que l'aspect par lequel Dieu a manifesté de manière éclatante son salut, en prenant parti pour son peuple, en combattant pour lui, en l'arrachant à l'esclavage et en lui donnant la liberté. Or, ceci n'est que la moitié de la Pâque.
Si Dieu n'était pas d'abord venu à la rencontre d'Israël, le miracle de la sortie d'Égypte, du franchissement de la Mer Rouge n'aurait jamais pu avoir lieu. C'est parce que Dieu est venu à la rencontre d'Israël, qu'Israël doit aller à la rencontre de son Dieu, dans le désert pour y sacrifier. C'est parce que Dieu a pris l'initiative de venir au-devant d'Israël que désormais, Dieu peut donner à Israël tous les moyens nécessaires pour qu'il soit libre et qu'il vive pour son Dieu.
Et c'est pourquoi le récit de la révélation du Nom est le premier moment de la Pâque d'Israël. C'est le moment où Dieu se révèle comme "Je suis celui que je suis". Ce passage est essentiel parce qu'il nous dévoile, pour la première fois, qui est vraiment Dieu. Lorsque Dieu apparaît à Moïse, c'est parce qu'Il a été touché dans sa miséricorde par la misère de son peuple. Et c'est pourquoi, Il dit Lui-même à Moise : "J'ai vu la misère de mon peuple !" Toute intervention salvifique de Dieu commence toujours par là. C'est parce que Dieu voit la misère, la détresse des hommes qu'Il va intervenir en leur faveur pour les sauver.
Et comme Dieu ne veut pas intervenir sans que les hommes participent à cette intervention, Il donne un mandat à Moïse : "Va trouver Pharaon, dis lui : Laisse sortir mon peuple !" Moïse ne peut pas accepter un mandat comme celui-ci. Il dit à Dieu : "Mais si je vais devant Pharaon ou si je vais devant mes frères, de la part de qui me présenterais-je ? Quel garant aurai-je de la mission que j'ai reçue? " Et c'est pourquoi il demande à Dieu : "Quel est ton Nom ?"
Lorsque Moise demande à Dieu son nom, il pense obtenir de la part du Seigneur, la révélation de son Nom, de sa carte d'identité. Mais en réalité, et c'est là ce qui est extraordinaire, c'est que Dieu ne peut pas se révéler simplement par un nom. Il ne peut pas se révéler simplement par une voix, car son Nom, sa Parole, c'est Lui-même. Et c'est pourquoi, alors que Moïse s'attendait à avoir une sorte de simple renseignement ou de fiche signalétique, à ce moment-là, Dieu lui répond mais non pas par des paroles, Il lui répond par sa présence. "Je suis, " mon Nom, c'est ma présence devant toi maintenant et au milieu de mon peuple à jamais. Mon Nom divin, c'est que, à tout jamais, moi, Dieu, je m'attache à mon peuple et je serai son Dieu.
Voilà la révélation du Nom. Lorsque nous parlons de Dieu, nous ne parlons pas d'idée. Nous parlons moins encore de mots, même s'il nous faut des mots pour nous exprimer. Lorsque nous parlons de Dieu, nous parlons dans son Nom qui est sa présence qui nous tient, qui nous a créés, qui nous sauve, qui nous accompagne et qui nous conduit vers Lui.
Si nous voulons, à notre tour, à l'exemple de Moïse, connaître le nom de Dieu, il faut d'abord, que nous reconnaissions sa présence en nous et au milieu de nous. Et c'est pourquoi le Seigneur est apparu, ce jour-là, dans un buisson ardent car il voulait manifester par là, que la flamme dans le buisson c'était la présence de Dieu au milieu de son peuple qui était lui-même le buisson.
La présence transcendante et infinie de Dieu dans l'histoire et dans l'existence humaine devrait nous détruire et nous anéantir, car, qui peut tenir devant la face de Dieu surtout lorsqu'Il se manifeste. Et c'est pourquoi elle est comparée, elle est imagée par une flamme, mais en réalité cette flamme ne brûle pas et le buisson continue de verdir et de porter des feuilles et à porter du fruit. Ce buisson, c'est nous. C'est l'Église. C'est nous qui sommes en chemin vers le royaume et c'est pourquoi nous ne devons porter ni bâton ni besace. Nous ne devons pas apporter d'argent en route, car nous sommes simplement un buisson qui porte dans son cœur et dans ses branches la flamme de la présence de Dieu.
AMEN