LA FOI EN LA PUISSANCE DU CHRIST

Ex 3, 1-12

(17 juillet 1981)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

 

Massif du Sinaï 

J

ésus, envoyé du Père, est venu pour accomplir les Écritures. Il est venu pour donner chair à toutes les figures de la première alliance. En sa personne, Il les reprend toutes, sans pour autant les résumer, mais au contraire, pour les achever, pour les parachever.

Ainsi le Christ est cette montagne de Dieu où tout homme qui le cherche peut, à l'instar de Moïse, le rencontrer. Il est cette montagne de Dieu, puisque sa chair ne se consume pas. Il n'y a pas de purification nécessaire pour Lui, puisqu'Il ne connaît pas de péché. Il est ce buisson ardent où brille la splendeur de la gloire de Dieu sans rien consumer, sans rien détruire de la réalité humaine qu'Il a totalement assumée dans sa chair.

       Il est aussi ce pasteur dont Moïse a été la figure. Ce pasteur qui rassemble les brebis dispersées, ce pasteur qui les soigne, qui les guérit, qui leur ouvre les yeux et le cœur.

       Il nous faut nous approcher du Christ, aujourd'hui, comme Moïse s'est approché de la montagne et du buisson, c'est-à-dire, en se déchaussant, en laissant de côté tout ce qui nous colle à la terre, tout ce qui nous alourdit, tout ce qui nous empêche de marcher à la rencontre de Dieu.

        Et c'est ainsi que ce que le Christ est Lui-même, nous avons à le devenir. Car s'il vient accomplir les figures de l'Ancien Testament, c'est pour que nous aussi, chacun d'entre nous et tous ensemble, nous puissions entrer dans la signification profonde et définitive de ces figures. Nous aussi nous devons devenir buisson ardent. Nous devons devenir montagne de Dieu où est ruminée, où est proclamée, où est contemplée la Parole de Dieu, c'est-à-dire son Nom. Nous sommes ce buisson ardent à l'intérieur duquel doit briller, pour nous d'abord et ensuite pour les autres, la splendeur, la gloire et la miséricorde de Dieu.

       Et c'est cela que signifie la guérison de ces deux aveugles. Ils ont suivi le Christ avec cet entêtement de ceux qui croient et qui ont une foi vive et sans retour, alors que la nôtre, souvent, est teintée d'un goût de revenir en arrière.

       "Seigneur, est-ce que tu peux nous guérir ?" Et curieusement le Seigneur demande : "Est-ce que vous croyez vraiment que Je peux ?" Et eux spontanément lui disent : "Mais oui, Seigneur tu peux!" Il n'y a pas de problème et leur foi en Jésus les guérit et ils deviennent lumineux du visage de Dieu, ils deviennent incandescents de la lumière et du feu du cœur de Dieu. Et malgré eux, j'allais dire, à l'inverse de l'ordre du Seigneur, ils ne peuvent ne pas proclamer et dire ce qui s'est passé en eux. Car la lumière, une fois répandue dans le cœur de quelqu'un, une fois ouvert, et dans ses yeux, ne peut pas ne pas l'éclairer et illuminer les autres.

       Aujourd'hui, nous sommes à la suite de ces aveugles incandescents de la lumière de Dieu, brûlants de son amour pour nous. Nous le sommes personnellement, mais surtout nous le sommes communautairement. Et si le monde a ses regards tournés vers l'Église, si le monde se traîne en bas de la montagne de Dieu, enfoncé, embourbé dans son péché et dans sa mort cependant elle regarde vers le sommet de cette montagne qui est aujourd'hui l'Église, elle regarde vers sa lumière, elle regarde vers son incandescence, elle regarde avec cette envie d'y parvenir, d'y monter. Et souvent, nous nous disons, au fond, notre foi vaut-elle quelque chose pour la conversion, pour l'illumination du monde d'aujourd'hui ? C'est une très mauvaise question parce que c'est une question sans réponse.

       Il ne faut pas demander si oui ou non le monde peut se convertir, il faut simplement que notre foi soit sans arrière-pensée, totale, définitive, sans réticence ni réserve pour Dieu. Et alors, le monde se convertira Jésus-Christ pourra redire au monde : "A cause de la foi, sois sauvé et sois illuminé !"

       Le texte de l'Exode terminait sur ce passage pour bien montrer que Dieu nous a visités sur sa montagne où nous rendons un culte.

       Nous allons maintenant accéder au sommet de la montagne, dans ce culte de l'eucharistie où Il nous partage, une fois encore, son amour et sa tendresse, pour que nous devenions, chaque jour, de plus en plus brûlants de son amour, de plus en plus lumineux de sa tendresse.

 

       AMEN