LE SIGNE
Ex 7, 6-13 ; Mt 12, 22-32
(8 juillet 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ans l’un et l’autre texte que nous avons entendu, il y a un point commun, c’est le signe. En effet, le bâton qui se change en serpent devant pharaon, doit être le signe que Moïse et Aaron sont bien pour pharaon, les envoyés de Dieu.
Ainsi, le signe doit correspondre à la parole qui accompagne ce geste. Jésus guérit un muet, un aveugle, c’est un grand miracle qu’il fait, et cela doit servir de signe, le signe que le Royaume de Dieu est au milieu de ceux qui constatent le miracle et la guérison. Or, les pharisiens disent que c’est au nom de Béelzéboul, c’est-à-dire le prince des démons, que Jésus fait cela.
Cela pose pour nous la question suivante : quelle est la valeur que nous apportons aux signes ? Quelle est la matière, quel est le sens, quel est le poids des signes que nous recevons ou que nous donnons dans la vie ? Dans le premier comme dans le second texte, non seulement on rend insignifiants les signes, pharaon dit : je peux faire la même chose, et ses sorciers transforment aussi les bâtons en serpents, et dans le second cas, les pharisiens mystifient, travestissent et vont contre la vérité du signe. Ils ne veulent pas le reconnaître et donc, ils portent une fausse accusation.
Dans la vie de foi pourtant, la foi n’est pas une idée en soi qui se transmet à notre pensée, mais elle passe justement par la réalité des signes, signes que Dieu nous fait, et signes que nous posons. C’est ainsi que le Christ en instituant l’eucharistie nous laisse le signe du don de sa vie : "C’est mon corps livré, c’est mon sang versé". Célébrer l’eucharistie devient pour nous non seulement le signe de cette communion avec Dieu, mais de cette communion les uns avec les autres, parce que nous recevons un même pain, et que comme le dit saint Paul, nous formons un même corps. Ainsi, l’Église et la foi fonctionnent par des signes et prier aujourd’hui pour les défunts qui nous ont quitté tout récemment, prier pour ceux qui ont connu un deuil, c’est poser des signes de communion. Pour les chrétiens, le signe a beaucoup de valeur. Certainement que notre monde rend justement signifiant ou ne fait pas attention à la portée du signe, ou que les signes sont galvaudés, ou qu’aucun signe aujourd’hui n’a plus de rapport avec telle ou telle identité, ou telle ou telle vérité.
Dans ce régime de la perte des signes, du contre-sens des signes, la foi chrétienne veut garder ce fait que le signe est associé à une réalité. Il renvoie et il dit, il manifeste ce qui est réellement présent. Il est vrai que même dans notre vie ordinaire, nous pouvons avoir tendance à penser qu’il suffit que l’autre sache une bonne fois pour toutes, éventuellement qu’on l’aime et qu’on l’aime bien, ou que nous pensons telle ou telle chose de lui, et que nos ne posions plus de signes dans la relation. C’est vrai aussi dans la relation sociale, où poser les signes de ce qui apparaît comme de piètres civilités sont pourtant ce qui constitue une vraie communion. La politesse ni la civilité ne devraient être dépassées et se dire par les signes, même s’ils apparaissent modestes.
Dans notre monde et dans notre aujourd’hui, poser les signes de cette eucharistie, de cette célébration, poser ensuite les signes de notre communion fraternelle en recevant le corps du Christ et en échangeant le geste de la paix, tout cela manifeste qu’il y a un vrai appel à vivre la communion, un vrai appel à être enfants de lumière, un vrai appel à être chrétiens en ce monde, c’est-à-dire choisis pour manifester la présence de Dieu. Cette présence se dit dans des signes si humbles, qui vont du pain, du vin, à un geste de la main. C’est pourtant cela que Dieu nous donne pour nous dire son amour et sa présence.
AMEN