DE QUI ES-TU LE ROI ?

Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14-27,66
Dimanche des Rameaux - année A (12 avril 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Matthieu 21, 1-11 ???


 

D

e qui es-Tu le Roi, Toi qui T'avances monté sur un ânon, à la porte de Jérusalem acclamé par ces foules qui reconnaissent en Toi que Tu es un prophète et qui T'acclament comme le Fils de David ?

De qui es-Tu le Roi ? de ces gens qui crieront Barabbas alors que Pilate leur demande de choisir entre Celui qu'on nomme le Christ et le criminel Ba­rabbas.

De qui es-Tu le Roi ? de cette femme qui dans un geste d'amour inouï a versé un parfum très pré­cieux sur ta tête et l'a essuyée de ses cheveux.

Ou es-Tu le Roi de celui qui a promis que ja­mais il ne Te reniera et qui T'a renié trois fois et qui s'appelle Pierre ?

De qui es-Tu le Roi, Toi qui Te trouves abaissé, outragé, raillé, élevé sur une croix ? Com­ment peut-on croire que c'est là notre Dieu, que c'est là notre Seigneur, Celui qui ira jusqu'à dire à Dieu Lui-même : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné " ?

De qui es-Tu le Roi ? de ceux qui T'outragent, de ceux qui Te renient ou de ceux qui, dans un mo­ment de liesse, Te cherchent et T'acclament et Te reconnaissent comme Fils de Dieu. Nombreux sont ceux qui, pendant la Passion, vont dire "oui, vraiment Tu étais le Fils de Dieu, c'est le Fils de Dieu", en commençant par le Sanhédrin, les grands prêtres qui, de façon ironique, Lui diront : "Mais dis-le si Tu es le Fils de Dieu". Et Jésus répondra simplement, ayant déjà tout dit : "tu l'as dit". Et une fois encore, Pilate lui dira : "mais que Te reproche-t-on ?" mais là Jésus se taira. Et puis une fois encore sur la croix, un pan­neau indiquera qu'Il est Roi, et un centurion dira après sa mort : "Oui, vraiment Celui-ci est le Fils de Dieu".

Qui le reconnaît dans ce brouhaha, dans ce tumulte à Jérusalem, après la liesse des Rameaux, dans cette grande montée vers la Passion ? qui vrai­ment, du fond du cœur, Te reconnaît comme son Sau­veur ?

De qui es-Tu le Roi ? Pour qui es-Tu venu ? Si ce n'est pour tous ceux-là, que depuis des généra­tions et des siècles, Dieu avait choisis faisant tout pour venir rejoindre l'homme là où il était, dans ses coutumes, dans ses méandres, dans ses expériences, dans sa vie la plus profonde afin de lui dire : "Toi, l'homme, ainsi que le dira saint Augustin, mon fils, Je t'aime, Je hais tes œuvres de péché, mais Je t'aime encore".

Ainsi, frères et sœurs, Il est Roi de celui qui le reconnaît comme Sauveur, Il est Roi de tous ceux qui le reconnaissent comme Seigneur, Il est Roi de ceux qui le reconnaissent à travers la Passion, à tra­vers l'abaissement de notre Dieu sur cette croix, qui le reconnaissent vraiment comme Dieu. En effet, lorsque nous entendons la Passion, nous y voyons comme une succession de tableaux qui suscitent plus ou moins notre émotion, et nous connaissons déjà le terme, mais plus que cela, c'est notre salut réel, total, objec­tif. Ce n'est pas une manifestation d'amour destinée à produire en nous une réaction d'amour : le plus tou­chant exemple voulant nous entraîner à la sainteté, non, Il a emprunté la vie humaine, totalement, afin de nous tirer par la main et de nous conduire par la mort à la lumière de la Résurrection. Ainsi Il est vraiment notre Roi, et Il est vraiment notre Dieu, depuis le dé­but et même dans la Passion, son abaissement est signe de sa divinité, il est signe de son amour trans­cendant voulant sauver les hommes.

Il n'est pas Dieu qu'après sa Passion, Il n'est pas simplement Dieu lorsqu'Il ressuscite, mais Il est Dieu au milieu même des outrages, au milieu des railleries, sous les crachats, sous la flagellation, Il est Dieu sous le péché, sous notre péché, Il est Dieu en notre cœur, là où nous péchons, là aussi où nous ai­mons.

Notre Dieu est un Dieu qui s'est abaissé, et Il a commencé en s incarnant car la plus belle descente de Dieu sur notre terre, c'est bien cette Incarnation qui a été réalisée dans le sein de Marie. C'est là que commence toute cette vie extraordinairement divine de cet Homme appelé Jésus. Jamais, jamais Il ne cesse d'être Dieu. Et s'Il est Dieu, alors Il est vraiment notre Roi, alors nous pouvons l'acclamer : "Oui, hosanna, ô Toi, Fils de David, ô Toi qui incarnes cette volonté du Père de ne jamais abandonner le salut de l'homme et d'aller jusqu'au bout, non pas en Te faisant le complice de ce péché, ni en reniant ce péché, mais en l'épousant afin de le sauver".

"Mon fils, Je t'aime, c'est pour cela que J'ai pris ce chemin qui dépasse de toutes mesures ce que tu as pu imaginer, qui n'est pas là simplement pour t'éveiller au salut, mais Je suis venu te précéder sur ton chemin d'homme afin de faire de toi-même un sauvé, car Je suis ton Dieu, car Je suis ton Roi et Je ne te lâche pas, même raillé lorsque l'on me mettra une couronne d'épines sur la tête et qu'on me mettra dans la main un bâton de roseau, Je suis toujours ton Roi et Je suis toujours ton Dieu. C'est là notre foi et la façon dont nous devons entendre la Passion aujourd'hui, entendre notre Dieu dans cette histoire d'homme, qui nous dit vraiment : toi, l'homme, Je t'aime, tu es mon fils, Je hais tes péchés, mais Je t'en ai sauvé".

 

AMEN