IL VIENT NOUS VISITER

Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 -15, 47
Dimanche des Rameaux - année B (8 avril 1979)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Jésus visite ses enfants, visite ses créatures, visite ces hommes que nous sommes. Jésus nous visite comme l'Époux qui vient chercher sa fiancée pour ne plus faire avec elle qu'une seule chair. Oui, Jésus vient s'unir au plus profond de nous pour ne plus faire qu'un avec notre humanité rassemblée, pour ne faire qu'un avec chacun d'entre nous.

Mais ces noces que Jésus vient célébrer avec Jérusalem, avec ce peuple que nous sommes, ces noces, le chant vient de nous le redire, ce sont les noces de la croix. Car Jérusalem et nous-mêmes, nous ne savons pas recevoir le Seigneur, nous ne savons pas ouvrir notre cœur à cette merveille qui nous est proposée. Nous ne savons pas reconnaître le temps où nous sommes visités. Vous le savez, en arrivant sur les hauteurs qui entourent Jérusalem, quand toute la ville s'est manifestée à ses yeux dans toute sa splendeur, Jésus a pleuré. Il a pleuré. "Jérusalem ! Jérusalem ! Toi qui tues les prophètes ! Jérusalem ! Combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins ! Jérusalem, tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée !"

Puis, quand descendant de ces collines, Jésus se présente aux portes de la ville, Il est acclamé comme nous venons de le faire aujourd'hui, par la foule agitant des palmes, étendant des vêtements sous ses pieds. Mais ce triomphe de Jésus c'est un triomphe dérisoire, c'est un triomphe de courte durée. Dans quelques heures, dans quelques jours, ces mêmes foules vont l'oublier, l'abandonner, chacun retournant chez soi, par indifférence ou par peur. Ou bien même, chacun retournant son cœur et remplaçant "Hosanna!" par "Crucifie-le !"

Nous aussi, en ce jour, nous sommes rassemblés dans cette église pour acclamer le Seigneur Jésus, nous qui venons, comme les juifs de Jérusalem d'agiter des palmes à son entrée, nous qui venons de laisser jaillir de notre cœur ce cri d'acclamation au Fils de David. Est-ce que le triomphe que nous faisons à Jésus ne risque pas d'être lui aussi de courte durée ? Est-ce que nous n'allons pas l'oublier, demain, tout à l'heure, au mieux peut-être, dans quelques jours ? Est-ce que, dans les actes les plus personnels de notre vie, comme aussi dans les actes publics, est-ce que nous n'allons pas vivre comme si Jésus ne nous visitait pas? comme si Jésus ne venait pas dans notre cœur comme dans sa ville ? Est-ce que nous ne sommes pas, nous aussi, ces foules légères ? Est-ce que jusqu'ici, tout au long de notre vie, nous n'avons pas été ces êtres inattentifs, ces êtres de peu de durée, ces êtres de peu d'amour, ces êtres de peu de pensée, de peu de profondeur ? Dans quelques instants, du triomphe de Jésus, nous allons passer à sa Passion. Nous allons nous retrouver devant sa croix, devant les fouets et la couronne d'épines de ceux qui le bafouent, Ce passage du triomphe des Rameaux à la Passion du Christ est malheureusement le symbole de ce qui se passe trop souvent dans notre vie.

Entrons dans cette Semaine Sainte avec humilité, conscients de notre pauvreté, conscients de notre misère, mais aussi avec une immense espérance car, si nous le voulons, il n'est jamais trop tard. Nous pouvons aujourd'hui ouvrir nos cœurs, laisser le Christ entrer dans nos cœurs comme dans sa ville, Le laisser prendre possession de notre vie. Nous pouvons laisser le Christ illuminer notre existence, la transformer. Il vient nous visiter. Il ne cesse de venir nous visiter. Jamais Il ne renonce à cette proximité, à cette intimité, à cette tendresse qu'Il veut entre Lui et nous. Que nos cœurs, pour une fois, s'ouvrent vraiment.

 

AMEN