LE LINCEUL DE MISÉRICORDE
Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1 -15, 47
imanche des Rameaux - année B (5 avril 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Chaource : Mise au tombeau - Joseph d'Arimathie
Frères et soeurs, à quoi peut-on comparer un chrétien au seuil de la Semaine Sainte, si ce n'est à tout invité pris d'une angoisse soudaine, qui, sachant qu'il est invité à une soirée, ouvre sa garde-robe et se demande ce qu'il va bien pouvoir revêtir de digne pour passer une excellente soirée ? L'image que j'utilise, n'ayez crainte, quelqu'un l'a déjà utilisée avant moi, c'est Jésus, dans la parabole du festin nuptial, quand cet homme invité au festin nuptial se voit jeté hors de la salle des noces, car il n 'avait pas le manteau adéquat pour être accepté lors de cette fête, et il se retrouve rejeté dans le schéol, dans les ténèbres.
Nous sommes au seuil de cette Semaine Sainte, nous allons entendre dans quelques minutes, cette Passion selon saint Marc. Peut-être que nous aussi nous sommes face à notre vie, face à ce que nous sommes, ce que nous avons fait ou aurions dû faire. Nous ouvrons la garde-robe de notre âme et nous y voyons la lâcheté, comme ce drap que ce jeune garçon a préféré laisser dans les mains de ses ennemis pour s'enfuir nu, loin de Jésus. Nous voyons peut-être dans notre garde-robe le vêtement de la colère de ce Grand-prêtre qui, au nom de Dieu appelle tout un peuple à faire mourir un innocent. Nous voyons aussi dans notre cœur le vêtement de la méchanceté, quelquefois gratuite, du plaisir d'humilier, comme ces soldats qui revêtent Jésus le véritable roi de la pourpre royale des hommes, croyant se moquer d'un seul homme alors qu'il est le Fils de Dieu. Peut-être aussi avons-nous revêtu le manteau du vol, comme ces soldats qui, après avoir dévêtu Jésus se partagent leur butin comme des voleurs après avoir fait un "casse" dans une banque. Nous cherchons dans cette garde-robe et effectivement, peut-être que nous trouvons quelques vêtements confortables, comme ces vêtements qui ont été jetés sur le dos de l'ânon, pour que Jésus ressente moins les secousses. Peut-être que nous trouvons aussi quelques vêtements chatoyants que nous aimons jeter sous les pas de Jésus, quand tout va bien. Mais où étaient les vêtements chatoyants et confortables de tous ces hommes et toutes ces femmes une fois que Jésus s'est retrouvé seul face à la justice humaine, face aux soldats, cloué sur la croix ?
Heureusement, tout au fond de cette garde-robe, il y a le vêtement le plus beau, le plus éblouissant, c'est le linge de la miséricorde, celui de Joseph d'Arimathie qui achète un linceul. Quand tout est fini, qu'il n'y a plus d'espoir, et que cet homme, parce que c'est un homme aux yeux de beaucoup de ses contemporains, quand on se dit que plus rien ne peut advenir, et que cet homme finira au shéol comme les autres, cet homme extrait, sort de ce qu'il est, ce simple linceul pour en revêtir Jésus.
Frères et sœurs, ce linceul, il est offert par un homme pour recouvrir le corps de Dieu. Ce linceul tissé par la main des hommes va revêtir le corps de Dieu. Ce linceul sera le seul signe humain dans cette tombe, témoin de la résurrection du Christ. Ce linceul, linge de la miséricorde et de cette charité d'un homme sera transfiguré dans le secret de la nuit, dans la lumière de Pâques.
Bien sûr, il y a des lâchetés, il y a des colères, il y a le vol, il y a le mensonge, il y a tous ces vêtements qui nous embarrassent et qui souvent nous sautent à la figure. Mais je sais, je suis convaincu que dans l'âme de tous et de toutes, il y a quelque part, si on se donne bien la peine de chercher, ce simple linge de miséricorde que nous n'avons qu'à offrir à Dieu lors de cette Semaine Sainte pour l'accompagner sur son chemin.
AMEN